‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 140 sur 246 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

tique, ne mérite pas de nous arrêter. Les Danois avaient conservé, non sans quelque raison, un souvenir assez glorieux de leur guerre contre le grand empereur : les Annales Ryenses, ouvrage du treizième siècle, racontent que Godefroi, roi de Danemark, vainquit Charlemagne, et, non content de le repousser de ses États, le chassa de la Saxe qu’il avait conquise *.

La guerre de Bavière est rappelée dans un vers de Roland ’, un passage de Turpin (ch. 2) et un autre du Coronement Loeys{\. 17); un passage de Girard d’Amiens s peut servir à faire pressentir ce qu’était la chanson de gestes qui la racontait. Tassilon ou Cnssile y était représenté comme l’oncle de Naime, qu'il avait injustement dépouillé, et que Charlemagne rétablit dans ses États. Mais dans le pays môme cette guerre avait laissé de profonds souvenirs, dont nous retrouvons la trace dans les derniers chapitres de la chronique de Weihenstephan *. Tassilon ( Dessello ) est ici le fils du roi des Lombards, Désier ‘, et est battu avec lui une première fois, puis par Roland une seconde fois (ch. 7 et 8). La même chronique, complétée ici par la tradition populaire, voulait que ce fût à Ratisbonne qu’un ange avait apporté à Charles l’épée Dtirandal (Trunckhart) et le cor Olifant pour les donner à Roland. Au même endroit il les avait inaugurés par une grande victoire ; les morts furent enterrés dans le Siegberg (montagne de la victoire). Tous les ans, au 28 janvier, le peuple célébrait l’anniversaire de cette journée *.

Les guerres contre les Slaves, dont le nom seul (Esclavons) se retrouve dans les poèmes conservés, contre la Hongrie et les Bulgares, sont encore bien connues de Roland'', mais' ignorées dans les chansons de gestes postérieures *. En Allemagne, la guerre de Hongrie laissa des souvenirs plus durables, et c’est à cette guerre

> Pertz, SS., t. XVI, p. 397.

» SUr. CLXXIV, v. 2327.

* Liv. II ; voy. l’analyse donnée à Y Appendice, n° IV.

4 Voy. sur la date et l'origine de ce document, Y Appendice, n° XIII.

5 II était en réalité son gendre.

• Chr. 'Weihcnst., ch. Il, et Holland, Geschichte rfer altdeulschen Üichtkunst in Bayem, p. 27, note 1. D’après Massmann, Kaiserrhmnik, 111, 1030, il y a à Londres (Ms. llarl., 3971, quinziéme siècle) an poème allemand sur ce sujet.

1 Str. CLXXIV, v. 2328 : E Buguerie e treslute Paillante (Pologne, et non Poaille ; cf. les rapprochements dans l’édition de M. Muller; Buguerie, au lieu de Barguigne, est une très-bonne correction de cet éditeur, nécessaire au sensc* au vers). La Chron. de Weihenstephan dit de même que Roland conquit la Bohême, la Pologne et la Hongrie.

• Le moine de Saint-Gai) contient sur ces guerres, et principalement sur celle contre les Avares, plusieurs récits déjà légendaires.

LES RÉCITS

que se rattache une des plus curieuses légendes du cycle carolingien, que nous aurons occasion de rapporter ailleurs

Il est extrêmement probable qu’il existait très-anciennement une chanson de gestes qui racontait la conquête de l’Angleterre et de l’Irlande par Charlemagne. Turpin (ch. 2) énumère l’Angleterre parmi les pays soumis à l’empereur. Il en est question deux fois dans Roland, et chaque fois avec une circonstance peu claire pour nous. Blancandin dit, en parlant de Charles (str. XXIX, v. 372) :

Vers Engleterc passât il la mer salse.

Ad oes saint Pere en cunquut le chevage '.

Et quand Roland meurt, il nomme la Grande-Bretagne parmi les pays qu’if a conquis pour son oncle Charlemagne :

J a l'un cunqnis Escoce, Guale, Islande *,

E Engleterrc, que il tcneit sa cambre.

Dans Aspremont, on compte parmi les vassaux de Charles Caroer d’Angleterre, affranchi jadis par lui delà tyrannie danoise (vov. flist. lin., t. XXII, p. 302); de môme dans Renaud de Montauban Kanu d’Angleterre ligure parmi les sujets de l’empereur (voy. par exemple p. 140, v, 17; p. 143, v, 15). Philippe Mousket mentionne aussi la conquête de l'Angleterre (v. 4642), et ce qui prouve bien que cette tradition était universellement admise, c’est qu’on la trouve même dans le prologue d’un poème anglais, imité à la vérité du français \ Le poète latin Gilles de Paris, qui dans son Carolinus est généralement fidèle à l’histoire, dit aussi en parlant de Charlemagne :

« Nec timide ostensis vastata Rritannia tergis Insultare potest *, nam pars fit et ipsa triumphi :

Gallicus hic potuit plus Roma et Cæsare magno 6. »

Cependant il ne nous est parvenu sur ce sujet non-seulement aucun poème, mais pas un seul récit qui nous permette de retrouver la tradition T.

* Au ch. vin de ce livre.

' Voy. sur ce vers l'Appendice, n° XIV.

9 M. Francisque Michel , dans son Glossaire à la Chanson de Roland , s. v. Islande, montre que ce met désigné en général dans les chansons de gestes la Zélande ; mais ici il est très-probable, d'après sa position, qu’il signifio l'Irlande.

* Rouland and Vemagu, dans Ellis, Early metriad romances (éd. Halliweü), p. 346. Sur ce poème, cf. p. 156.

* C'est une allusion au vers où Lucain dit de César : Terrila guasitis ostendit terga Britannis ( Phars ., Il, 471).

* Ms. Bibl. Irap. Ut. 6191, f» 18 r».

Ml y a dans le roman en prose de

Tristan une curieuse allusion à ce récit

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