I.IVRE II
Les poëtes français du quatorzième siècle, les auteurs de Gaufroi et de Doon de Maience, par exemple, placent sans scrupule dans le nord ou l’est de l’Europe des aventures et des conquêtes qu'ils inventent au bénéfice de Charlemagne, ou plutôt de ses guerriers. Nous ne nous arrêterons pas à ces fictions sans intérêt.
§ IV. — Im Conquête de la Bretagne.
La conquête de la Bretagne est rappelée dans la chanson de Roland (str. CLXXIV, v. 2322), dans Turpin (c. 2) et dans le Corouement Loeys (v. 18). Philippe Mousket la mentionne aussi (v. 4639), mais sans aucun détail. 11 ne paraît pas qu’on se soit représenté alors les Bretons comme des Sarrasins; Turpin (ch. 11) range parmi les pairs un Ârastagnus, roi des Bretons, et quelques manuscrits 1 ajoutent : « II y avait cependant à cette époque en Bretagne un autre roi, dont on ne parle pas pour le moment. » C’est sans doute une allusion à Salomon, souvent mentionné en effet dans les chansons de gestes comme l’un des vassaux ou des pairs de Charlemagne.
Il existe un poème sur la Conquête de la Bretagne, qui est sans doute l’œuvre tout à fait personnelle d’un jongleur breton du treizième siècle. L’intérêt de son travail est dans quelques traditions locales qu’il a recueillies, et dont plusieurs sont curieuses, mais pour la plupart étrangères à notre sujet. L’auteur a choisi le cadre le plus ordinaire et le plus banal des chansons de gestes où les Sarrasins sont vaincus : un émir musulman, Aquin, envahit la Bretagne et en est chassé par Charlemagne et les Français ’. Ce récit est certainement très-différent de celui que devait connaître la tradition du temps de Roland, et n’a pas de base dans le souvenir populaire. On en trouvera dans l’histoire littéraire une analyse rapide, mais suffisante ’.
(voy. Wolf, ùb Raoul de Houdenc, Wien, * C’est ainsi du moins que le poème 1865, in- 4°), p. 40, et cl. p. 33. devait se terminer; car le seul manus-
1 Voyer notre dissertation latine De crit qu’on en possède est incomplet. Pseudo-Tui'pino , § IV. * Tome XXII, p. 402-410.