LIVRE II
Martel qu’il soutient pendantde longues années une lutte terrible.
Les trouvères de langue d’oïl, obéissant de bonne heure à une tendance cyclique, substituèrent, dans leurs poèmes sur Girard, Charlemagne à Charles Martel. 11 est probable que leur récit différait sensiblement de celui des troubadours, tout en en conservant les traits essentiels. Du reste, le texte provençal, dont on possède un long fragment français, fut sans doute plus populaire, môme dans le nord de la France, que la rédaction française ; du moins Adenès (Berte, II) et Philippe Mousket (v. IBIS et suiv.) rapportent à Charles-Martel la longue et célèbre guerre contre Girard dont la bataille de Valbeton était le plus fameux événement. Mais l’existence ' d’un pofirae français assez différent, et d’une date reculée, bien que moins ancien que le provençal, est attestée par le début du Renaud de Montaubau L’auteur de la rédaction de ce poôme qu'on a publiée était un de ces arrangeurs du treizième siècle dont le travail persistant et successif arriva à composer les trois gestes.
C’est certainement pour satisfaire une idée cyclique qu’il a rattaché Girart à la famille des quatre fils Aimon, mais les faits qu’il rappelle sommairement se trouvaient sans aucun doute dans des chansons antérieures. Charlemagne dit, en parlant deBeuve d’Aigremont :
li me het por son frère (Doon), que je bien sai et voi.
Oui je toii Nanteuil, s'abati le bofoi ;
Girars de Rossillon en guerroia vers moi;
Chaitif l'en fis fuir parmi lo .-ablonoiz.
Plus loin, le messager de l'empereur dit aussi à Beuve :
Membre tus de Doon, vo frere le guerrier;
Entre lui et Girard qui moult s'avoient chier
Assés le guerroieront au fer et à l’acier. . .
Fuir les en covint et le pats vuidier.
Par l'esfors des amis les fist il repairicr;
Par la proiero d'eus n’en quLst autre loicr.
L’auteur encore postérieur de Gaufrai, qui est bien plus avancé
1 L'allusion du Garni (t. I, p. 140) ne clc, cite quelques rers d'un fragment *e rapporte à aucun des récits connus, qu'il croit appartenir 1 nn Girard fran- M. Mignard, dans son Introduction au fais; mais ils font sans douta partie Gérard de Roussillon du quatoriième siè- d’une branche des Lorrains.
LES RÉCITS
dans la voie cyclique, mentionne également, parmi les douze fils de Doon de Mayence, Girard de Roussillon,
A qui Gst mult de paine l'emperéor Kallon,
Et l'encacba enrez de son mestre roion,
Puis fu il Carbonnier et yendi le carbon.
Et puis recuuquist il par forchc Roussillon.
On ne peut douter que les anciennes chansons françaises rappelées dans Renaud ne montrassent Girard faisant la A terre à Charlemagne d’accord avec son frère Doon; le provençal ne connaît pas ce frère, à. l’occasion duquel, suivant Renaud, la guerre se serait engagée, tandis que dans Giratz de Rossilho elle a une tout autre origine C’est tout ce que nous pouvons dire du Girard de Roussillon français.
2" Doon de Nanteuil, Aux citations que nous venons de faire il faut joindre ceÜe-ci, tirée du môme poCme de Renaud de Montauban. Charles se plaint de Beuve,
Qui por l'amer Doon m’a si cueilli en hé Ne me daigne servir, çou est la vérité,
Por çou que le chaçai en Puillc le régné;
Là l’alai jou requerra, n’i pot estre trouvé.
Plus loin, l’envoyé de Charlemagne dit à Doon qu’il le défie,
Por tant que tu aidas à Doon l’aduré,
Quant li rois fu à siégé à Nanteuil la cité.
On apprend quelques nouveaux détails plus loin : on dit en parlant de Charles : ^
Quant prist guerre à Doon par son cntiscement. Il le vint asseoir sans nul detircment,
A lui se combati sous Nanteuil voirement.
Là le vainqui li rois, jel sai à ’essient;
Mais ce fu par l’esfors d’une paienc gent.
Qui tournèrent en fuie con traitor pullent.
• Un récit analogue à celui du poème provençal se trouve dans Girnrt de Viane; il est possible qu’il soit aussi le modèle
de celui qui nous est fait dans Garin des premières causes de la guerre entre Pépin et les Loberains.