LIVRE II
Philippe Mousket de son côté nous dit, en parlant des vassaux qui se révoltèrent contre Charlemagne : « L’histoire nomme d’abord Doon, que Charles assiégea dans Nanteuil, et auquel il envoya comme messager Bertrand, le fils de Naime de Bavière (v. 8429 et suiv.). » Ces différents passages donnent un résumé de la guerre contre Doon, sans nous en apprendre les causes. Rebelle aux ordres que l’empereur lui envoie par Bertrand, il est assiégé dans Nanteuil vaincu par la lâcheté d’alliés sarrasins qui prennent la fuite, et chassé en Pouille. D’après Renaud de Montaaban, il rentra en France du gré de Charles, par [ effort de ses .amis; mais, suivant le poëme d 'Aye d'Avignon (p. 81 et suiv.), l’empereur ne voulut jamais consentir à son retour. Le pofime de Doon de Nanteuil n’existe plus, ou au moins n’a encore été signalé nulle part; il devait être fort ancien, mais la rédaction que le président Fauchet avait lue et dont il cite quelques vers (tom. II, p. S62 et suiv.) ne parait pas remonter plus haut que le quatorzième siècle.
3° Garnier de Nanteuil. La guerre de ce fils de Doon contre Charlemagne est un des épisodes de la chanson N Aye d Avignon; elle est mentionnée par Albéric des Trois-Fontaines * et Philippe Mousket (v. 8436 et suiv.)5. Ce récit, dont le héros est fils de Doon, est une fiction sans grand intérêt et sans fondement traditionnel qui ne nous arrêtera pas.
4° Guide Nanteuil. C’est une suite de Garnier de Nanteuil. Le fils de Garnier guerroie Charles comme son père et son grand-père. Bien que cette chanson ne soit ainsi que de troisième formation, elle est déjà, connue d’Albéric et de Philippe Mousket (v. 10008 et suiv.) ‘.
5° Beuve d’Aigremont. L’histoire des guerres de Charlemagne contre ce frère de Doon de Nanteuil et de Girard de Roussillon forme l’introduction et la première partie de Renaud de Montaitban. Voici ce que nous en apprend ce poème. A une cour plé—
* Sans doute Nanteuil-le-Haudauin, en Champagne.
* Voy. aussi Gaufrai, v. 85.
* Tristan de Nanteuil, immense et bixarre poème du quatorzième siècle, termine la série des romans de cette famille. U n’a même plus le ton des chansons de gestes, et porte 1 chaque page la marque
d'un roman d’aventures. Il a toutefois un certain prix par le nombre d’allusions qu’il contient ; mais ces quelques renseignements utiles sont noyés dans un océan d’aventures sans fin, sans intérêt et sans esprit (ms. Bibl. Impér. fr. 7553‘). Tristan est le fils de Gui, et par conséquent l'arrière- petit-fils de Doon, et contemporain de Charlemagne.
LES KÉC1TS.
nière que tient l’empereur, il remarque l’absence de Beuve d' Aigremont, qui lui garde rancune de sa guerre avec Doon et Girard. Charles s’indigne de cette négligence.
Monta cl faudcstacil k’il ni ot ditmoré.
Et tenoit .1. verge; en haut avoit parlé;
La noise fait laissier ens el palais listé.
Il se plaint amèrement de Beuve et menace Aigremont d’un siège si le duc ne s’excuse pas de son insolence. Aimon de Dordogne, troisième frère de Beuve, seul présenté la cour, essaye en vain de le justifier; l’empereur reçoit très-mal son plaidoyer et envoie au baron récalcitrant des messagers porteurs de paroles hautaines. Pour toute réponse à l’orateur, Beuve lui fait voler la tète d’un coup d’épée ; les autres ramènent son cadavre à Paris. L’empereur veut aussitôt commencer la guerre, mais ses barons l'engagent à essayer encore d’une ambassade, et, sur le conseil de Naime de Bavière, c’est Lohier, le fils même de Charlemagne, qui est désigné pour la conduire. Charles se refuse d’abord à lui confier cette périlleuse mission ; mais, ici comme dans plusieurs autres poèmes, il ne peut pas grand’chose contre la volonté des barons quand ils sont d’accord, et il est obligé de se résigner à laisser partir son fils. Lejeune prince, qui n’ignore pas les dangers qu'il va courir, se plaît à les provoquer par une attitude superbe et insultante en face de Beuve; il termine son discours menaçant en tirant son épée contre le duc. Un combat s’ensuit, et les envoyés de Charlemagne lui rapportent encore un cadavre, celui de son propre fils. L’empereur se livre à des regrets touchants et commence aussitôt la guerre. Il vient assiéger Aigremont, et, malgré le secours que lui prête Girard son frère, Beuve est enfin contraint, nu-pieds et en langes, d’implorer la paix de son souverain. Charles, toutefois, ne pardonnait pas la mort de Lohier, et quand les traîtres de la race de Ganelon assassinent, quelque temps après, L’euve d’Aigremont, il ne cherche pas à punir un crime auquel il n’était pas tout à fait étranger.
Ce récit, qui était sans doute originairement un poème à part, ne se retrouve plus maintenant que dans les différents romans qui ont pour sujet la guerre de Charlemagne contre les fils d’Aimon, neveux de Beuve; il en est, comme nous l’avons dit, l’introduction nécessaire.