LIVRE II
rent et transmirent aux imitateurs étrangers que se rapporte la popularité d’Ogier. Ces continuations sont empreintes d'un esprit si différent de celui de l'épopée carolingienne primitive, et ont d’ailleurs si peu de lien avec Charlemagne, que nous n’en tiendrons pas compte dans cette élude *; nous accorderons une attention d’autant plus grande à l’antique tradition, qui mérite, avec celle des Quatre Fils Aimon, le premier rang dans la série qui nous occupe pour le moment.
Nous avons vu plus haut (p. 297) qu’Ogier était cité par Turpin, qui ajoute: « On chante encore aujourd’hui de lui, qu’il fit d’innombrables merveilles. » Ces merveilles ne peuvent se rapporter qu’à sa guerre avec Charlemagne, la première partie de son histoire (voy. ci-dessus, p. 249 et suiv.) n’ayant qu'un rapport peu intime avec la suite et ne lui ayant sans doute été, soudée que postérieurement. Mais il y a de plus anciennes mentions d’Ogier, et le récit du moine de Saint-Gall où il figure peut assurément être regardé comme le premier fragment de son histoire poétique *. La chanson de Roland le mentionne plus d’une fois (str. LIX, v. 749 ; str. CCXXII, v. 3033, etc.) sous le nom d’Ogier de Dane- , marche; bien qu’il ne fasse pas partie des douze pairs, c’est lui qui semble le plus important personnage de l’armée française après Roland ; il commande l’avant-garde tandis que celui-ci est à la tète de l’arrière-garde. U y a peu de chansons de gestes où il ne soit nommé *, ce qui prouve l’ancienneté et la popularité de son histoire. Son nom était devenu proverbial comme synonyme de vaillant guerrier*, et un petit récit latin de sa fin pieuse, la Conversio Othgerii militis, remonte au onzième siècle. Albéric des Trois-Fontaines en parle deux fois : sous l’année 733, mentionnant, d’après des historiens authentiques, le Franc Autcarius, il ajoute : « C’est lui que dans la chanson ou appelle Lohier l’orgueilleux ( Lotharius superbus, F 28, v° A) ; » une autre fois il le
* Sur l’histoire féerique d'Ogier le Danois, voy. Dunlop, Crûsse, Ferrario, Gorres, etc.
* Nous rapporterons plus bas tout ce
passage, qui est surtout intéressant par le tableau qu'il retrace de Charlemagne à la tête de son armée Nous ne pou-
vons étudier ici les sources de la légende d'Ogier et son rapport avec l’histoire ; ce serait un travail intéressant, mais de di-
mensions nécessairement trop considérables.
* Nous citerons Aspremonl, Jean de Lanson, Fierabras , Gui de Bourgogne, etc. Dans Renaud de Montnuban , il joue un rôle asser important, et il est l'objet de reprei lies curieux pour l'histoire de la légende.
* Voyes du Méril, Uni. de la Poésie Scandinave, p. 377.