LIVRE II
ans, le roi sarrasin Mascabré envahit la France ; Charles, vieux et malade, regrette qu’Ogier soit mort ; il se réjouit quand il apprend qu’il est encore en vie. Ûgier sort de son cachot, sans mettre aucune condition à sa réconciliation avec l’empereur ; il prend le commandement de l’armée, tue Mascabré, puis demande à l’empereur la permission de retourner en Danemark, où la mort de son père vient de l’appeler au trône
11 semble que ce récit, surtout par le caractère qu’il donne à Chariot, soit le développement plus naturel de la première branche, les En fonces Oijt'er; il faudrait cependant remplacer par une longue guerre la résignation trop soumise d’Ogier. Les branches Il-V de la chanson de gestes française auront mêlé à cette légende primitive, outre l’histoire de la guerre de Lombardie, qui appartient sans doute à une autre tradition, celle de l’Ogier ou Osigier, que Metellus de Tcgemsee rapporte dans ses Quirinalia. Au reste Metellus lui-même ne fait que suivre la prose de Wemherde Tegernsce, qui écrivait en 1158 ’, et qui, comme lui, rapporte cette aventure au temps de Pépin. Voici le récit de Wernher : « Parmi les parents de Pépin étaient deux princes élevés au-dessus des autres, dont l'un était Adalbert, premier comte de Bavière, et l’autre Otkar, duc des Bourguignons, que la race des chanteurs appelle depuis longtemps Osigier. Il donna son fils à élever dans le palais... Le fils du duc joue avec le fils du roi, et, plus habile que lui, le vainc avec une tour ; le fils du roi, comme un vrai fils de roi, s’irrite, et, lançant furieusement le roc’, il en perce la tempe du vainqueur... L’enfant mourut et fut enterré en secret. A cause du père et de l’oncle, le roi cache et fait cacher la chose, et, ne s’y fiant pas encore, il invite les frères à sa cour. Là, gardant toujours le secret, il délibère pendant trois jours avec ses grands... Le lendemain, après le conseil, le roi lance au duc un de ces hameçons dialectiques, dont l’antécédent passe facilement, pour que le conséquent transperce le cœur d’une pointe secrète. Ainsi le roi demande au duc de juger, en droit royal et ducal, ce qu'il faut faire d’une chose qui ne peut se réparer : le duc répond que, quoi que ce soit, il faut la laisser là et n'y plus songer. Tous les grands interrogés successivement, répondent : Il nous plaît
' Pedersen’s Strifler, V, 120-123. 18*9, II, p. 283 et sniv.
* Vov. là-dessus Th. Mayer, dans VAr- s Hochus, ancien noui de la tour au jeu c/iitr fir iiterreichuche GachichtsqueUen, d'échecs, d’où roquer.
LES RÉCITS
ainsi. Cette proposition admise, le roi, parlant du fils, ferme la Messure qu’il ouvre dans le père, de telle sorte qu’il pleure en dedans la mort de sa progéniture, sans pouvoir à cause d’elle rien faire au dehors. Lui-même a jugé sur le meurtre de son fils, et sans lui laisser le temps de respirer, le roi lui demande le serment solennel de ne rien entreprendre d'autre, et, législateur, d’exécuter sa propre loi1. » La légende d’Ogier est, on le voit, une de celles dont les sources sont les plus nombreuses et les plus anciennes, et dont, par conséquent la forme primitive est la plus difficile à retrouver.
On trouvera ailleurs ' la liste des imitations étrangères de ce roman ; elles reposent en général sur le texte qui se réclame de Raimbert. Nous ne signalerons que le roman espagnol du marquis de Mantoue, qui ne semble pas d’abord se rattacher à Ogier, mais qui raconte les mêmes aventures que les siennes s. On sait que ce guerrier est resté très-populaire jusqu’à nos jours et qu’il a laissé son nom à un des valets de nos jeux de cartes ‘. Une suite très-postérieure de son histoire est celle de son fils Meurvin *, qui a été traduite en italien ’, et ne présente que des aventures sans intérêt, dans le goftt fantastique du quinzième siècle. Nous devons aussi regarder comme dérivant du poème d ' Ogier celui qui est consacré à son père Gaufrai \ C’est une production du quatorzième siècle, placée entre Doon de Maience qu’elle continue et Ogier le Danois qu’elle prépare ; ce qui y est dit du père d’Ogier ne s’appuie sur aucune tradition, et l’ouvrage en général n’est précieux que par le nombre des allusions qu’il renferme et comme un des résultats du travail cyclique des derniers chantres de gestes.
8° Doon de Mayence. Nous avons déjà eu occasion de parler de la tendance cyclique de ce poëme (voy. ci-dessus, p. 77); bien qu’il ne soit pas antérieur au quatorzième siècle , et que dans la plus
’ Mayer, /. p. 327.
* Voy. Grasse, p. 340-344.
* Voy. liv. I, ch. x, p. 210.
4 On prétend en Champagne retrouver dans le refrain d’une chanson d'enfants, Oger! Oger / Oger! le cri des jeunes crens réclamant Oifier ; mais c’est d’autant plus douteux que dans d’autres provinces le refrain de celte ronde (la Marguerite) est : Oh! gai y oh ! gai, oh! gai, comme celui de beaucoup d’autres.
1 Voy. Grasse, p. 344, Dunlop-Liobrecht, p. 142.
6 Voy. Ferrario, t. III, p. 320-329. Les trois romans de Doon de Mayence, Ogier et Meurvin ont été réunis sous le titre de La Fleur des Batailles (voy. Brunet et ci-dessous Y Appendice, n° III) et traduits en italien : Il F tore délia Cavalleria, etc.
y Son nom est Gaufrey dans le poème publié : c’est une question de dialecte.