‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 154 sur 246 · SI · texte numérisé non relu

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penche hors du lit pour ne pas saigner sur les draps, et Charles recueille le sang dans son gant droit. Cependant Basin, sorti de sa cachette, endort tous les gens du château par sa sorcellerie, arrive près du lit de Rainfroi, lui prend son épée et part avec Magnus. Charles, revenu chez Thierri, convoque ses amis les plus sûrs et leur découvre le complot tramé contre lui. L’un d’eux s’étonne qu’il se fie autant au larron Basin ; mais Naime lui répond que c’est un homme courtois et habile, auquel Charles, après Dieu, doit son salut, et qui est maintenant devenu son homme. Après divers événements, Charles, le jour de son couronnement, fait, arrêter et exécuter tous les traîtres, et Basin reçoit, en récompense de ses services, le comté et la femme de Rainfroi (I, 1-2.”,.)

On voit que cette version n’est ni celle qu’a connue l’original du poème flamand, ni celle à laquelle se rapporte l 'allusion du Renaud. Elle se rapproche plus de cette dernière en ce qu’elle place, comme elle, l’événement au début du règne de Charlemagne , qu’elle ne siqipo.se aucune relation antérieure entre lui et Basin , qu’elle parle aussi de douze conjurés, et enfin qu’elle désigne de même le jour de Noël comme celui où le meurtre de Charles devait avoir lieu. Mais elle en diffère en plusieurs points : elle appelle Rainfroi et non Gérin le conjuré dont les paroles sont surprises ; elle place la conjuration avant et non après le couronnement de l’empereur; enfin et surtout, contrairement aussi à l’original du poème flamand, elle fait surprendre la conversation du comte avec sa femme paf Charles lui-même et non par Basin.

Il existait donc, au commencement du treizième siècle, trois versions de cette singulière légende : 1° celle qu’ont connue Philippe Mousket et Jehan de Lanson, et qu’a sans doute suivie le traducteur néerlandais 1 ; 2° celle dont nous possédons la traduction islandaise ; 3° celle à laquelle fait allusion le Renaud de Montauban. Il est impossible de décider laquelle de ces trois versions est la plus ancienne ; toutefois il est fort probable que le trait de l’hostilité ancienne de Charlemagne et de Basin est étranger à la tradition primitive, et appartient aux arrangeurs de la seconde époque. Il est, en tous cas, très-vraisemblable que c’est sous cette forme que la légende se conserva le plus longtemps ; et c’est sans

1 Le irait commun de cea trois textes tous entre Charles et Basin, cf. ci-dessus, est l’ancienne hostilité qu’ils supposent p. 318,

doute cette version qui se trouvait dans les deux manuscrits de la bibliothèque des ducs de Bourgogne, qui ont pour titre : le nommant Basin '.

10° Jehan de Lanson. Nous ne nous arrêterons pas longuement à ce poème, qui n’est pas fondé sur une tradition et qui ne semble pas avoir joui d’une grande popularité. Philippe Mousket est le seul auteur un peu ancien qui y fasse allusion (v. 4636-7). Jehan de Lanson est le parent de Ganelon, de GrifTon d’Hautefeuille, d’Hardré, d’Alori, de toute, la race des traîtres; il possède tout le sud de l’Italie, et ses domaines s’étendent môme jusqu’au Maroc. Sa guerre avec Charles a pour principal élément original la lutte de sorcelleries et de tours d’adresse qui s’établit entre le larron Basin et l’enchanteur Malaquin, partisan du duc Jehan. Parmi les divers épisodes de cette guerre, qui se passe tout entière dans l’Italie méridionale, nous remarquerons seulement celui qu’indiquent les vers suivants :

Et si priât Jehans Charte, mais il nel quenut mic,

En la forcstde Loques en une praeric.

(Ms. Bibl. impér. 8203, P 15 V.)

Le poème se termine par la victoire délinitive de Charlemagne et des douze pairs, que Ganelon et Jehan avaient juré de faire périr; Jehan est ramené en France, et condamné à Unir ses jours en prison’.

Il” Buon de Bordeaux'. Ce héros, fils du duc Séguin, n’a pas eu, à proprement parler, de guerre avec Charlemagne ; mais sa querelle avec lui est la cause du lointain voyage qu’il fait en Orient et de ses merveilleuses aventures avec Obéron et Esclarmonde. A son retour, il est jeté en prison par un frère perfide qui l’accuse devant l'empereur : il avait promis de ne pas remettre les pieds dans ses possessions avant d’avoir rendu compte à Charles de sa périlleuse mission ; son frère, qui l’a surpris, chargé de fers et conduit de force à Bordeaux, prétend qu’il a forfait à son serment; et Charlemagne lui en veut tellement d’avoir donné,

• thhhoth. protypogrvphùiue, n»* 1343 dans les anciennes chansons de gestes,

et 1794. nées an sein de l'aristocratie issue des

* Voyea l’analyse pins détaillé» de ce Francs, il n’y a que des noms d'origine poème dans l 'Histoire liUérnirt, t. XXII, germanique.

p. 569-583. Le nom de Jehan suffisait à * Publié par MM. Guessard et Grandmarquer la date récente de ce poème ; maison. Paris, Franck, 1860.

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