‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 156 sur 246 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

nent de l’assassiner : ils s’introduisent dans sa chambre, le poignard à la main. « Mais quant il* approchèrent de l’empereur et ilz regardèrent sa face qui estoit moult grant et fiere et espouventable, ilz orent tel paour qu’ilz ne luy osèrent adeser. Et les coulteaux dont ilz le vouloient occire boutèrent ou fourre de la couche où gisoit Richer, et s’en allèrent. » Les traîtres accusent ensuite Richer de conspirer la mort de Charlemagne et font découvrir les couteaux cachés dans son lit : l’empereur veut le faire pendre, mais on décide que Richer combattra en champ clos a\ec Guion son accusateur. La veille du combat, Guiou essaye d’assassiner Richer dans l’église où il veille. Richard se défend avec courage et succès contre une troupe nombreuse ; l’empereur, à qui on rapporte qu’il tue tous les chevaliers de son camp, vient l’assiéger. Richer et Bertrand son frère soutiennent contre Charles une longue guerre, avec toutes les péripéties ordinaires des chansons de gestes de la seconde époque. Convaincu enfin de l’innocencedes fils de N aime, l’empereur les laisse aller et va assiéger je traître Guion à Moutaspre. Naime revient, sur ces entrefaites, de Palestine : il exige le combat de Richer et Bertrand contre Guion et Alori; ces deux derniers sont vaincus, avouent leurs trahisons et sont pendus ; Richer épouse la fille d’Anséis, roi de Cologne.

14° Girard de Frotte. Ce personnage, obscur actuellement, est un des plus célèbres de- premiers poèmes. U joue dans Aspremont un rôle très-remarquable. Quand Charlemagne lui envoie Turpin pour lui demander de prendre part à l’expédition contre Agoland, Girard refuse avec hauteur; il n’est pas le vassal de Charles, contre lequel il a longtemps guerroyé ; il est plus puissant que lui et méprise ses ordres. Cependant, sur les sages remontrances de sa femme, il consent à secourir les chrétiens et va rejoindre Charles en Aspremont ; seulement il a son armée à lui, qu’il commande à sa guise, et à laquelle on doit en grande partie la victoire. Lors de son arrivée au camp , Charles s’avance à sa rencontre, et il se passe alors une scène caractéristique : Girard, par un mouvement presque instinctif, se baisse pour ramasser le manteau de Charles qui s’était détaché de son épaule; Turpin, témoin de ce mouvement, le constate par un acte sur parchemin, en due forme, qui doit servir plus tard à établir que Girard a fait hommage à l’empereur. On ne parle plus de cet incident, mais il est clair qu’il devait avoir une suite. Nous croyons qu’elle se retrouve

LES RÉCITS

en substance dans le livre Vil (inédit) des Reali di Francia, qui ne finit pas, comme notre poème, avec la défaite d’Agoland. Après un long épisode, peut-être peu ancien, où une invasion des Sarrasins dans les terres de Girard est repoussée par lui à l’aide de Charlemagne, la question posée parla charte de Turpin devient l’occasion d'une guerre terrible entre l'empereur et Girard, qui est assiégé dans Vienne, sa capitale. Furieux de quelques défaites, Girard brise le crucifix, va en Espagne, où il renie sa foi, et revient en France avec une immense armée de Sarrasins. Cette fois l’empereur se sent tout à fait dans son droit : les païens sont battus'; Roland tue Clairon, le neveu de Girard; enfin les propres enfants de celui-ci l’enferment dans une tour de pierreoù il meurt, et livrent Vienne à Charlemagne *.

15° Girard de Vienne. Une sorte de variante de l’histoire de Girard de Fratte remplit cinq chapitres delà première branche de la Karlatnagnùs-Saga. Girard est ici appelé de Vienne, du nom de sa capitale, où Charlemagne l’assiège pendant sept ans. La cause de la guerre est simplement l’insolence de Girard, qui a fait au roi mille offenses et a refusé de comparaître devant sa cour. Les deux principaux héros de ce poème sont Roland, le neveu de l’empereur, qui fait ses premières armes devant Vienne, et Olivier, neveu de Girard, qui défend la ville contre les Français’. On convient de décider la victoire par un combat singulier entre ces deux jeunes guerriers ; mais Lambert, chevalier français fait prisonnier par Girard, lui conseille de terminer plutôt la guerre en donnant à Roland la sœur d’Olivier, Aude, et en demandant merci à Charlemagne. Girard et Charles acceptent cet arrangement. Le lendemain, comme les deux champions sont sur le point d’en venir aux mains, Charles s'avance entre eux et les désarme ; ils se jurent fraternité et deviennent compagnons , et Roland promet d’épouser la belle Aude, si Dieu lui prête vie.

Le poème français qui racontait ces événements n’existe plus ;

1 Cf. ci-dessus, p. 299, l'armée païenne qui secourt Girard de Roussillon et Doon de Nanteuil et s'enfuit lors de la bataille.

’ Le roman de Gérard (f Euphrate (Paris, 1545), qui se donne pour mis en prose d'après « un vieil roman wallon en vers, » repose sans doute uniquement sur l'invention du prosateur. Contant

d'Orvillc, qui en a donné un rajeunissement en deux volumes i n-8' (Paris, 1183), a encore greffé ses imaginations sur les premières : tout cela est sans valeur.

8 Dans le Girard de Fratte des Reali, Olivier figure déjà, mais comme petitlils de Girard.

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