‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 160 sur 246 · LES H ECUS · texte numérisé non relu

LES H ECUS

Voici, d’après les traditions recueillies par la chronique monastique, comment les Français parvinrent à pénétrer cependant en Italie. « Les Francs ne pouvaient trouver aucun passage; il leur arrivait tous les jours de nouvelles troupes, le plus souvent mille hommes, parfois deux mille ; mais les Lombards, du liant de leurs fortilications, les tenaient en respect. Désier avait un fils nommé Adelgise (Algisus), brave et vigoureux dès son enfance. Il avait l’usage, en temps de guerre, de porter, étant à cheval, un bâton de fer et d’en écraser les ennemis. Jour et nuit il observait les Francs, et quand il les voyait reposer, s’élançant soudainement avec les siens, il les frappait à droite et à gauche et en faisait un

grand carnage Les choses duraient ainsi depuis plusieurs

jours, quand un jongleur, Lombard de nation, vint trouver Charles et se mil à chanter, au milieu des Francs, une chanson qu’il avait composée pour la circonstance; et cette chanson disait : « Quelle récompense donnera-t-on à celui qui conduira Charles en Italie, et par un chemin où il n’y aura ni lance levée, ni écu frappé, ni perte d’aucune sorte? » Ces mots était arrives aux oreilles de Charles ; il l’appela, et lui promit de lui donner, après

la victoire, tout ce qu’il demanderait ’ Le roi, ayant donc fait

sonner la trompette et rassemblé toute son armée, partit, suivant ledit jongleur ; et le jongleur, laissant tous les chemins, conduisit le roi et son armée par la saillie très-étroite d’une montagne, et on appelle encore aujourd’hui ce sentier la Route des Francs \ Et quand ils furent descendus de cette montagne et arrivés dans la plaine, iis s’armèrent et se préparèrent à marcher contre Désier; celui-ci croyait toujours avoir Charles devant lui, tandis qu’il s’avançait rapidement par derrière. Quand il apprit cette nouvelle, il monta à cheval et s’enfuit à Pavie ’. »

Jacques d’Acqui ne sait rien du jongleur ; les loges, suivant lui, furent emportées à la pointe de l’épée par cinq mille jeunes gens, l’élite de l’armée française, auxquels on avait promis de grandes récompenses. Mais, en revanche, il n'accorde pas cette fuite de Didier sans coup férir, et cette conquête si facile de la Lombardie, que rapporte la chronique de Novalese, d’accord ici

1 La récompense (|U’Ü demanda est S. Aruisiatr , parle aussi de la srmita rapportée plus loin par le chroniqueur, Karoli, tatit dura (Pertz, SS., IX, 228); écho d’une tradition locale. c'est sans doute le même chemin que

1 Au onzième siècle, le moine Gott- celui dont il s'agit dans notre chronique, schalk, auteur de la Translation de * Pertz, SS., VII, 10t.

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