LIVRE
tains, les Gascons, les Pannoniens, les Avares, les Alnmans, les Lombards, tous ces peuples, dont on ne peut calculer le nombre, il les envoya devant lui. Et tous ces peuples passèrent par la terre des Grecs, en telle sorte qu’ils ne tinrent aucun compte de leur puissance. Ils louèrent et remercièrent Dieu, qui guide dans le bon chemin Charles, le serviteur de Pierre prince des apôtres. Quand Aaron, le roi des Perses, qui, à l’exception des Indes, possédait presque tout l'Orient, eut appris cela, il conclut avec lui une telle amitié et concorde, qu’il préférait sa faveur à l’amitié de tons les rois et princes du monde, et ne croyait devoir qu’à lui seul des honneurs et des présents. Quand Charles fut arrivé au très-saint tombeau de notre Seigneur et Rédempteur Jésus-Christ et à l’endroit de sa résurrection, il orna le saint emplacement d'or et de pierres précieuses, et y planta une bannière d’or d'une grandeur merveilleuse; et non-seulement il orna tous les saints lieux, mais Aaron consentit à ce que la crèche et le tombeau du Seigneur fussent mis en sa puissance comme il l'avait désiré. Que d’étoffes et de parfums, que de trésors et do merveilles de l’Orient apportat-il au roi Charles! De là partit donc le sage Charles, et arriva avec le roi Aaron jusqu’à Alexandrie; et les Francs et les Arabes vivaient joyeusement ensemble, comme s’ils eussent été de même race. Et le roi Aaron prit amicalement congé du grand Charles et retourna dans son royaume. Mais le roi pieux et vaillant alla vers Constantinople. Nicéphore, Michel, Léon, craignaient qu’il ne voulût leur enlever leur royaume. Quand le roi apprit leur crainte, il fit avec eux paix et ferme alliance, en telle manière qu’il ne pouvait s'élever entre les Francs et les Grecs aucun prétexte à discorde.... Bientôt après l’empereur rentra en Italie avec beaucoup de présents qu’il avait, reçus de l’empereur de Constantinople, entre autres une partie du corps de saint André... Il vint au mont Soracte dans le couvent de Saint-André, et, sur la prière du pape, il laissa en ce lieu une partie des reliques du saint; mais nous ne savons pas dans quel endroit de l’église elles se trouvent. Ensuite le roi, riche de victoires et d’honneurs, retourna dans la terre des Francs '. »
« LWe que Charlemagne, allant en troisième siècle dans Godefroi de Viterbe Orient, avait | tassé par l'Itdie méridio- (seulement, comme il suit la lég^ennalp et la Sicile, était restée populaire de latine, il ne fait venir Charlcmadans ces pays, puisqu'on la retrouve au gne qu à son retour per Siaitam , Cal «-
LKS RÉCITS.
Dans le courant du onzième siècle, comme nous l’avons dit plus haut1, un anonyme composa sur cette môme donnée une légende latine qui depuis le douzième siècle jusqu’à la Renaissance fut acceptée par la plupart des historiens. En voici le résumé ’ : Charlemagne reçoit un jour des lettres de Jean, patriarche de Jérusalem, que les Sarrasins viennent d’en chasser, et de l’empereur grec Constantin, qui, impuissant par lui-même à reconquérir la ville sainte, supplie le puissant souverain d'Occident. Charles se sent ému de compassion pour les souffrances des chrétiens d’Orient; il rassemble une armée immense ’ et se met en marche. Après de nombreuses journées, les Français arrivent dans une forêt qui s'étend au loin aux alentours, et bientôt ils ne sa\ent plus retrouver leur route au milieu des voies qui se croisent en tous sens. Dans ce pénible embarras, au moment où l’empereur chante le psaume ’.Deduc me, Domine, in semita manda torum tuorum, un oiseau apparaît à ses yeux, qui prononce à plusieurs reprises ces mots : «Que dis-tu, Franc? Que dis-tu, Franc? » et s’élance devant l'armée ‘. Charlemagne, plein de confiance en Dieu, ordonne à ses guerriers de suivre le guide qu'il leur envoie, et en effet ils atteignent sans encombre l’extrémité dû la forêt. Ils arrivent à Constantinople, où on les reçoit avec transport. Puis l'auteur nous dit, sans plus de détails, que Charlemagne conquit toute la Syrie et prit Jérusalem. Revenu à Constantinople, l’empereur Constantin veut lui prouver sa reconnaissance par les plus riches présents, et les fait étaler sur le chemin de l'armée française; mais Charlemagne ordonne à ses gens de ne rien prendre, et ne demande à l’empereur que des reliques, entre autres la couronne d’épines et les saints clous. Le récit de tous lés miracles qui s’opèrent à Cons-
briam et Apuliam. D’après lui (col. :
Moqs ibi »Ut mapnw*, qui dicitur eue Rolandu» Aller 0;i*enuf! simili ratiune vocandu* :
Hac mecuoranda traces coasutuere duces.
1 Liv. I, ch. in, p. 55.
* On trouve une traduction ancienne et une en français moderne dans Moland, Origines littéraires de la France, p. 109 et suiv., 886 et suiv.
3 L’empereur convoque tous les guerriers valides, « car tuit Cuisent elicrtain que qui demurroit il seroit sers de son ebief, et ses oirs après lui a tos jors, de quatre deuiers douant (Moland, p. 388). »
Cf. ch. iv, §2, et les quulre deniers p. 307.
4 L’auteur ajoute : « Et les pèlerins racontent qu'encore maintenant il y a de tels oiseaux dans ce pays, qui prononcent les mêmes paroles, à la merveille de tous. » Ce trait est donc fondé sur les récils des pèlerins ; et, comme le «lit M. Moland (/. I. p. 388), il y a dans les roots: <« Franc, que. dis? que dis, Franc?» une intention d’nnom «topée qui disparaît en latin et indique bien un récit roman comme original Mais le caractère même de ce récit dénote une légende orale et non tfue chanson de gestes.