‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 165 sur 246 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

tantinople et en France à l'occasion de ces miracles remplit le reste de la légende latine'. Nous avons dit ailleurs la vogue dont elle a joui parmi les clercs, et le caractère, le but et la valeur qu’il convient de lui reconnaître

Mais, indépendamment de la forme monastique qui lui fut donnée, le voyage de Charlemagne à Jérusalem était une croyance généralement reçue. Nous l'avons déjà vue dans Benoît de Sainte André au dixième siècle. Au onzième, divers chroniqueurs la répètent’, et elle était tout-à-fait enracinée à l’époque delà première croisade : on ne la considéra que comme la seconde, Charlemagne .ayant fait la première, et d’après un contemporain « une grande partie des Francs entra en Hongrie, et suivit la route que Charles, empereur merveilleux, avait fait construire longtemps auparavant jusqu’à Constantinople ’. » Nous avons déjà dit qu'aux douzième et treizième siècles personne ne révoque plus ce fait en doute, et que tous les compilateurs de chroniques se le transmettent religieusement ’.

La poésie française contient beaucoup moins d’allusions à ce récit qu’on ne le croit généralement. Roland énumère en mourant, parmi les conquêtes qu’il a faites pour son oncle,

Costcntinnohle, dont il ont la fiance.

(Str. CLXX1V, v. 2329.)

mais cet exploit n’est raconté nulle part. La Karlnmagnùs- Saga nous donne seule un récit qui peut se rapporter à cette allusion; nous avons dit ailleurs que la première branche de cette compilation était le plus souvent d'accord avec 1 eHo/and, et pouvait en plus d’un cas lui servir de commentaire. Voici ce que contiennent les paragraphes 49 et .'>0 : Charles a fait vœu, à la naissance de son lils Lohier, de visiter le saint tombeau. 11 accomplit son pèlerinage et revient par Constantinople: il secourt le roi des Grecs, que menacent les Sarrasins. 11 fait prisonnier le roi païen

* Sauf les chapitres consacrés à raconter leur translation à Saint-Denis par Charles le Chauve.

* Ci. liv. I, ch. in.

* Voy. par exemple Pcrtz, SS., t. V, p. 18; t‘. XII, p. î'6.

4 Tudebode, dans du Chesne, t. IV, p. 771.

‘ Nous ne les énumérons pas. Nous

mentionnerons, parce qu'ils touchent de plus près à l'histoire poétique, Philippe Mousket (v. 10(122 et buiv.), le Karl Mc inet ( P* 328-336 ) et David Aubert (ch. 24-30) ; ce dernier l’a orné d'additions romanesques de son invention et à sa manière. Le récit de Jacques d'Acqui (Mot i. hist. Patr., SS., III, col. I50Ï-2) est très-vague.

LES RECITS

Miran, qui obtient la paix en s’obligeant à payer au roi grec un tribut annuel de 1 ,300 marcs d’or, dix mulets et sept chameaux. Le roi grec s’offre alors à devenir le vassal de Charlemagne; celuici le refuse, mais lui demande plusieurs reliques. Il obtient entre autres le saint suaire et la pointe de la lance qui perça le cêté de Jésus-Christ; revenu en France, il envoie ces reliques dans différentes villes; il garde la pointe de la sainte lance et la fait incruster dans le pommeau de son épée, qu’il nomme depuis Joyeuse, et à partir de ce jour tous les barons qui combattent sous ses ordres crient, du nom de l’épée, Montjoie '.

Ce qui nous porte à croire que ce récit est essentiellement celui que connaissait la Chanson de Roland, c'est que le trait qui le termine se retrouve dans d’autres vers de ce poème; il y est dit de même que la pointe de la sainte lance était encastrée dans le pommeau de Joyeuse, et que le cri de Montjoie venait de là *. Ür il semble qu’on n’a pas dû supposer que Charlemagne ait eu cette relique ailleurs qu’en Orient; donc la coïncidence des deux textes sur ce point donne à penser qu'ils s’accordaient aussi sur le reste. Le résumé de la Karlamagnùs-Saga est tout ce qui a été conservé du poème français, le Yoynye à Constantinople.

Tel devait être en effet le titre de cette chanson ; car le pèlerinage aux lieux saints n’est qu’un épisode, et l'auteur ne fait pas conquérir la Palestine à Charlemagne. Au reste nous n’avons rencontré dans aucun ancien monument le souvenir d’un poème sur la conquête de la Terre-Sainte, et nous ne pensons pas qu’il en ait existé un au douzième siècle. Le fabliau épique de Charlemagne à Constantinople, dont nous allons nous occuper tout-àl'heure, parle bien d’une visite aux lieux saints, mais non d’une conquête, et toutes les allusions que les textes des douzième et treizième siècles font à ce fabuleux exploit de Charlemagne se rapportent à la légende latine \ Plus tard, à l’époque de la décadence complète des chansons de gestes, un poème fut composé sur ce sujet; mais il porte tous les caractères d’une pure invention. Ce poGme est évidemment né du mélange volontaire de la matière des

1 RM. de l'École des chartes, l. I., unité multas ecclcsias dotavit, scribere p. 102. nequeo (c. xxi).» Nous ne pensonsdonc

8 Vov. ci-dessous, p. 372. pas comme M. Barlsch ( Veb. Karl., p. 49),

* Entre autres celle de Turpin : « Qua- que ce passage indique des traditions politer dominicain sepulchrum adiit , et pulaires, encore moins une chanson de qualiter lignum dominicumsecum attulit, gestes française.

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