LIVRE II
homme divin, lui demande pardon et lui fait même hommage de son empire. Celui-ci revient en France, et, en considération de la joie qu’il a eue à visiter le saint sépulcre et à en rapporter des reliques, pardonne à la reine son imprudence.
Il est évident que l’auteur de ce poème a simplement cherché à donner un récit badin d’événements accrédités dans la tradition; il n’a maintenu que les points essentiels qu’elle lui fournissait : à savoir que Charles était allé à Jérusalem et qu'il avait reçu la fiance de Constantinople ; mais il les a amenés et commentés d’une façon toute personnelle. Son récit, bien qu’il ne nous en soit resté qu’un texte, a dû jouir d’une assez grande popularité; en effet il a été mis en prose par l’auteur bien postérieur de. Galien le Rhétoré ce Galien est le fils d’Olivier et de la belle Jacqueline, et le récit du voyage de Charlemagne et des gabs des douze pairs sert d’introduction naturelle à ses aventures. Dès le treizième siècle, le compilateur de la Karlamagnùs-Saga en avait inséré dans son ouvrage la traduction islandaise *.
La pointe d’immoralité et d’impiété de ce conte a tenté les écrivains du dix-huitième siècle, peu soucieux en général du moyen âge *. La Chaussée * et Marie-Joseph Chénier 1 * * 4 en ont fait cha> un une imitation ; celle de ce dernier, bien qu’elle ne rende pas le ton naïf et l’ironie modérée de l’original, est écrite avec esprit et peut passer pour un de ses meilleurs contes.
1 Voyez sur ce roman Dunlop-Liebrecht, p. 133, Schmidt, Brunet, Grasse, etc. Sur le nom singulier de BAi'ïorcdonné à Galien, le prologue de quelques éditions dit : « Le dit roman est appelé Gallien Restauré îl cause qu’il restaura toute la Chrcstienté après la mort des douze pairs de France ; » mais cette étymologie, qui ne se trouve pas dans l’édition princeps, est plus que douteuse, et pèche par
le sens autant que par la forme. Ce roman médiocre a été écrit au temps des Rhcto rident du quinzième siècle ; on ne par-
lait alors que de rhétorique, entendant
surtout par là le beau style, et il est fort
probable que l’auteur du Galien l’a appelé rhétoré pour indiquer qu’il l’avait écrit selon ton petit entendement (suivant la formule consacrée de l’époque) en belle prose oratoire.
* VU, p. 467-483. On pourrait tirer parti de cette traduction ircs-fidele pour une nouvelle édition du Churlemogne.
9 Us ne connaissaient *ce récit que par le Galien Rhétoré et n’ont traité naturellement que la scène des gala.
* Œuvres, Paris, 1777 , in-12, t. V, suppl., p. 66-71.
4 CEuvres, Paris, 1820, in-8°, t. UC, p. 239-283 . Cf. t. IV, p. 150 et suiv.