LA LÉGENDE DE CHARLEMAGNE DANS L’ÉGLISE
Les services rendus par Charlemagne à l'Église de Rome, la piété naïve qu’il mêlait à des actions souvent répréhensibles, et qui le portait même à des exercices de dévotion qui nous semblent parfois singuliers le zèle qu'il mit, par politique autant que par religion , à propager le christianisme chez les Germains encore idolâtres, sa guerre contre les Sarrasins, tout le désignait au'souvenir affectueux du clergé qu'il avait réorganisé. Aussi son nom fut-il de bonne heure en vénération parmi les moines et les prêtres. Le moine de Saint-Gall consacre déjà tout son premier livre à rassembler sur son compte des historiettes pieuses, et nous raconte deux ou trois prodiges que Dieu fit en sa faveur. Les couvents se transmirent longtemps sur lui des anecdotes édifiantes, qui, dès la fin du neuvième siècle, sortent souvent de la réalité pour entrer dans le domaine de la légende ’. 11 est quelquefois difficile de distinguer, parmi les contes que nous trouvons généralement admis par la suite, ceux qui émanent de la tradition populaire et ceux qui sont sortis de l’Église ; on peut cependant arriver à le discerner nettement pour le plus grand nombre. Les moines qui écrivaient les chroniques ou les vies des saints fermaient en général l'oreille à tous les récits extérieurs qui manquaient dans les originaux latins qu’ils copiaient ou abrégeaient; une légende chantée par les jongleurs était le plus souvent pour eux un objet de mépris ou du moins de méfiance, et ils ne lui ouvraient pas l'accès de leurs compilations. Celles des fables relatives à Charlemagne qu’ont unanimement adoptées les chroniques latines, peuvent donc être regardées comme étrangères à la grande tradition poétique profane, et nous remarquons en effet qu’elles ne se trou-
1 Voyex, par exemple, dans le moi- l'office suivant une bonne méthode, ne de Saint-Gall la peine qu'ii se don- 1 Nous en rapportons plusieurs dans naît pour chanter et faire chanter à notre second livre.