LIVRE
murs de notre >ille, est celle-là mesme que nous appelions la fontaine de Charlemagne, qui est le nom qu'on luy donna de/ le moment de sa miraculeuse naissance, et qu’elle doit conserver éternellement »
Nous avons déjà signalé et nous rapporterons encore plus d’un miracle fait par Charlemagne et les textes même postérieurs lui en attribuent encore. Mais là aussi il faut distinguer deux périodes après les plus anciens monument' : dans la première, le miracle est encore sérieux, mais il est parfois bizarre (par exemple dans Basin et dans Charlemagne à Constantinople) ; dans la .'Oconde, et surtout dans la poésie italienne, il n’est plus qu’une machine poétique assez banale et souvent même une parodie. Toutefois il faut reconnaître que la protection divine, manifestée par des prodiges, qui entoure Charlemagne, protection que son titre de saint justifiait à partir du douzième siècle, est un trait qui s’est maintenu as-cz fidèlement dans toute son histoire poétique et qui y contraste parfois singulièrement avec le rôle qu’on lui fait jouer.
A côté des miracles que Dieu fait pour Charles, se placent naturellement les songes prophétiques que lui attribuent plusieurs anciens textes. Nous remarquerons surtout ceux qui se trouvent dans la Chanson de Roland cl dans la première branche A'O'jier, l’un des poèmes où la personne de Charlemagne est conçue avec le plus de fidélité à l’ancienne tradition. Ces songes se ressemblent en deux points : ils se rapportent toujours à des dangers courus par les plus chers amis de l’empereur, et ont le plus souvent pour personnages des animaux féroces ou des oiseaux de proh' qui combattent. Voici ceux qui se trouvent dans Roland ; les premiers annoncent la mort des douze pairs et la trahison de Ganelon :
tarins se dort, li cmpcrcres riches;
Sunjat qu'il eret as greignurs porz de Sizer,
1 Bpssp, f/r.< romtesde Carc., p. î>6.
* Nous en mentionnerons ici deux qui se trouvent dans la traduction sainton- ^caise deTurpin du rus. 121, et qui sont assez naïvement comiques « F. puis ti s’en vinc en lYireqorc a une fintaine arberpier, e troxj ilot e un bon home, e si li manda Kirles au bon home que si il avoil vin, qu’il l'en donasl f e li bons
hom dist qu’il n’avoit vin, c tramist li de l’eve, e iço fu li mieudre vin dau monde (F* 2 v* B). » Un autre consiste en ce que C harles, en se levant un matin, trouve sa lance verdoyante et Hernie (mais sans le sens que Turpin donne à un miracle analogue), ce qui ne la rendait guère, semble-t-il, plus propre à sa destination (Id.,ib.).
Entre scs poinz teneit s'hanste fraisnine ;
Gucncs li quens l'ad desur lui saisie,
Par tel air l'a trustée et brandie Qu'envers le cel en volent les esclices.
Caries se dort qu'il ne s csveillet mie.
(Str. LVIl ).
Après iceste, altre avisiun sunjat :
Qu il en France ert à sa capcle ad Ais ;
El destre bras li morst uns urs si mais ;
Devers Ardeue vit venir un leupart,
Sun cors demeuie mult Uerement asalt;
D'onz de la sale uns vcltrcs avalai,
Que vint à Carie les galops e les salz,
La destre oreille al premer urs trenchat,
Ireement se cnmbat al lepart.
Dient Franceis que grant bataille i ad,
Mais il ne sevent li quels d’f.ls la veintrat :
Caries se dort, mie ne s'esveillat.
{Str. LVUI.)
Les deux autres sont placés après la mort de Roland; il est remarqué expressément que c’est Dieu, par l'intermédiaire de Gabriel, qui les envoie à Charlemagne.
Li angles est tute nuit à sun chief;
Par avisiun li ad anunciet Une bataille ki encuntre lui ert :
Senefiance l'eu demustrat niull gref.
(Str. CLXXXVII. )
Le premier de ces songes a trait à la bataille où Charles doit tuer Baligant; il voit d’abord un ouragan épouvantable, qui jette le désordre et l'effroi dans son armée ; puis des monstres de toute espèce, serpents, dragons, ours, léopards, griffons, s’élancent sur ses chevaliers, qui l'appellent à leur secours :