‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 180 sur 246 · I.i reis en ad e dolur e pitet · texte numérisé non relu

I.i reis en ad e dolur e pitet

Aler i volt, mais il ad dosturber :

Devers un gualt uns granz leong li vent,

Mult par ert pesmes e orguillus c fiers ;

Sun cors nieisme i asalt c requert:

Prrncnt s'à braz ambesdous por loitier;

Mais ço ne set quels abat ne quels chiel ;

Li einpercre ne s'est mie csveillet.

(Str. CLXXXVII, v. 2547 etsuiv.).

L’autre songe est le symbole de ce qui se passera plus tard it

Aix, du jugement de Ganelon que ses parents font acquitter, puis de son combat avec Tiiierri ; celui-ci est représenté par un limier (veltre) qui combat Ganelon désigné par un ours (str. GLXXX1X).

Dans O'jier, le songe envoyé à Charlemagne se rapporte aux dangers que son 01s Chariot court pendant que l'empereur dort ; il a eu l'idée de faire une sortie nocturne contre les Sarrasins, et est lui-même tombé dans une embuscade :

Diex ! c‘or nel set Karles de saint Denise,

Oui se dorniuit dedens son tref de Sire ! line avision ot veüe et coisie.

Que il estait es plains de Romenie •

Si iert Câlins et Ogiers li noliiles Et li dux Naimes à la barbe flurie :

Entr'aus avoient une besle aquellie,

Mult fu lassée, sempres l'eussent prise,

Quant trois lion mervillous li saillirent,

Qui Kallumaine e son (il envaîrent;

Callot l'enfant li abaliront prime,

E puis Nanxm a la barbe florie.

Quant Ogiers vint à la ciere hardie :

Deus en a mort à la spée b.rbie,

Li tiers s’enfuit parmi la desertie.

Les poèmes postérieurs ne nous offrent plus de ces songes prophétiques. Charlemagne n’y joue pas un rôle assez actif pour que ce qui lui arrive soit raconté en détail, et surtout y a trop peu d’importance pour qu'on envisage les événements de son point de vue personnel.

Notons encore quelques traits de la physionomie ou des habitudes de Charlemagne dans les p ëmes. On le voit souvent se déguiser pour surprendre ou épier ses ennemis. Ainsi dans Turpin (1. IX) il se déguise en messager pour venir parler à Agoland, le connaître ot examiner son camp : « 11 changea ses riches vêtements, déposa sa lance, et rejetant son écu derrière son dos, comme c’est l’usage des messagers en guerre, il entra dans la ville avec un seul soldat. » Dans Doon de Maience, il pénètre aussi à la cour de Yangibeaul de Saxe, non-seulement travesti, mais vieilli artistement :

O le ray ot un mestre qui le fist tresmuer.

Et pabr et cangier et vicl homme sembler,

Les cheveux canuir et la barbe mesler,

LES RECITS

Et la chicre fronehir, les espaules combrer.

Et la barbe canuc à son menton glucr,

N'ot pas XX et V ans; mes bien cuidast jurer Plus de .C. en eüst qui l'en veïst aler.

(V. 7417 et suiv.)

De infime dans Gui de Bourgogne, voulant s’introduire dans la ville de Luiserne, l'empereur a recours à la môme ruse ; il appelle un pèlerin ou paumier:

Entre lui et le roi sont andui despoillié;

Karles vesti la guige, mist le chapel el chicf;

Les housiaus a lié desi au roi du pié,

L'escherpe cordowanc a à son col lacié ;

Il a pris le hordnn grant et gros et antier.

Karles se regarda, si vit blanchir scs pies;

En sa main tint li rois .1. quenivet d'acier :

En plus de XXV leus en fait le sanc glacier.

Après les a boutes en .1. tas de fumier ;

Moult par furent hideus quant les en a sachiez.

(V. (284 et suiv.)

Or cscoutcz dou roi com s'rst défigurez :

Le col vers les espaulles commença à trembler.

Et ot la bouche torte contremont vers le nez...

Il traîne sa hanche com se il fust quassez.

(V. 1324 et suiv.)

C'est aussi sous le costume d'un pèlerin que , dans Guidon, il s’introduit dans la ville d’Angers, qu'il assiège :

Charles li rois à la barbe chenue Avoit sa robe maintenant desvestue :

Une esclavinne, qui fu noire et velue,

Vest en son dos sans nulle aresteüe ;

Son vis a taint de suie bien molue ;

Prcnt .1. chapel de grant roc tortue Et .1. bordon dont la pointe ierl aigue,

L’escharpe au col qui bien estoit couzue.

François en rient, quant l'ont aperceiie.

(V. 9770 et suiv.)

Mais cette tradition a suivi la même marche que les autres; dans Turpin, le déguisement de Charles lui réussit à merveille; il voit ce qu’il voulait, trompe Agoland et lui échappe habilement. Dans Gaidon, son déguisement n’aboutit qu’à le faire prendre par ses ennemis; dans Doon de Maienee et dans Gui de Bourgogne il est aussi découvert, et l’entralnc dans les plu» grands dangers, dont le tire à peine le secours de ses amis plus prudents.

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