‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 182 sur 246 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

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rentes, Aix-la-Chapelle, Montloon ou Laon, et Paris. Dans l’ordre où nous venons de les énumérer, elles correspondent à peu près aux degrés d’antiquité des poèmes ou au moins de la forme qui nous en a été conservée. L'ancienne Chanson de Roland, sauf une strophe interpolée (voy. ci-dessus, p. 22), ne connaît qu’Aix. la chapelle d’Aix. Il en est de même de toute la première branche de la Karlamagnùs-Saga : c’est à Aix que se passe le Couronnement de Charles '. C’est à Aix aussi qu’est la scène du Couronnement de Louis, ce poème si ancien, rattaché, dans sa forme actuelle, au cycle de Guillaume nu court Nez, et dont nous parlerons plus loin; cnGn, dans Aspremont, c’est à Aix que CharlemBgne tient sa cour \ Les chansons sur lesquelles s’appuient ces divers poèmes remontent à des temps où on regardait encore Aix comme la capitale de l’einpire.

C’est vers la seconde moitié du dixième siècle que la ville de Laon joua un grand rôle dans notre histoire et fut la vraie capitale des Carolingiens. Elle est celle de Charlemagne dans tous les textes rajeunis du Roland, dans la dernière branche d'Ogier le Danois, celle de Louis, fils de Charles, dans la Bataille d’AlLschans et les autres poèmes du cycle de Guillaume au court Nez. Elle partage ce rang avec Aix dans Aspremont. Dans les autres poèmes, où Paris la remplace généralement, Charles est néanmoins souvent appelé le roi de Montloon, formule faite et conservée.

Enfin Paris, devenu avec les Capétiens la première ville de France, a déjà ce rang sous Charlemagne, d’après quelques poèmes anciens, mais renouvelés, tels que les branches I et Xll d’Ogier, Renaud de MontauJtan , Guitalin , et tous les romans de la seconde époque, Age d’Avignon , Gaidon, Uuon de Bordeaux, Jehan de Lanson, Otinel , etc.

De ces trois résidences, la seule qui ait donné lieu à des légendes est celle d’Aix-la-Chapelle '. Les sources d'eau chaude et sa-

* Le poème néerlandais de Charles et Eleçast remplace Aix par Jngelheim.

* Keller, Romvart, p. 160.

* Il y a cependant d'autres lieux qui font remonter à ( harlemagne leur nom ou leur origine Nous en avons mentionné plusieurs : Karisiadt en Bavière, où la tradition qu’a suivie la chronique de Weihenstephan plaçait sa naissance ;

Ingelheim, où Godefroi de Viterbe le fait naître (Panthéon, col. 439, dans Pistorins), et dont le nom vient de son aventure avec Elegast, d’apres le poème flamand cité plus haut ; le Siegberg, en Bavière (voy. ci-dessus, p. 194; ; le val Charlon, les bornes de Charles, dans les Pyrénées(voy. p. 274); Plaisance en Italie (voy. p. 309) ; Francfort (voy. p. 286), etc.

LES RECITS

lutaire qui y existaient depuis les Romains furent censées avoir été découvertes par Charles ou même créées pour lui. Dans la Chanson de Roland, Blancandin, s'adressant à l’empereur lui dit : Marsile se rendra auprès de vous à Aix

Enz en vos bains que Deus pur vos i fist.

( Str. X, v. 154.)

Cette tradition ne se retrouve pas ailleurs. Les chanoines d’Aix, dans le prétendu diplôme de Charlemagne qu’ils présentèrent à l’approbation de Frédéric 1" (voy. p. 62), le font parler ainsi : « Vous savez comment près du lieu qui, à cause de ses eaux chaudes, porte le nom d’Aix, je vins un jour chasser selon ma coutume ; mais au milieu des forêts touffues, ayant perdu mon chemin et séparé de mes compagnons , je trouvai des bains de fontaines chaudes, et un palais que jadis Granus, un des princes romains, frère de Néron et d’Agrippa, avait construit à cet endroit. Grâce à mon cheval, dont le pied rencontra les eaux chaudes, je retrouvai ces fontaines, et je fis reconstruire le palais, désert depuis longtemps et ruiné par l'âge, et envahi par les ronces et les épines (Holland, Jan. t. I, p. 889). » Cette légende est reproduite par Philippe Mousket (v. 2410 et suiv.). Une autre version, plus poétique, se rattache à un récit que nous retrouverons plus loin (ch. VIII).

Les légendes sur le palais d’Aix commencent de bonne heure. D’après le moine de Saint-Gall, tout alentour s'étendaient de vastes bâtiments pour loger les gens de toute condition attachés à la cour, et ie palais était construit avec tant d’artifice que Charles, en montant dans l’appartement le plus élevé, pouvait voir par une grille ce qui se passait de plus caché dans toutes les demeures (1. I, c. 30). Autour du palais de l’empereur, suivant la Karlamagnùs-Saga (I, 12, 20), s’élevaient douze autres palais splendides; on ne peut dire la multitude d’ouvriers qui avaient été employés à les construire. Là logeaient tous les hôtes de l’empereur, mais lui-même était au milieu, et devant son palais il avait fait dresser une grande aigle, pour montrer que c’était le premier de l’empire. Cette aigle, d après l'historien Richer, était fixée au sommet du palais ; elle avait les ailes éployées, et elle semblait prendre son essor 1 .

1 Hicheri Historia, 111, 71 (Peru, SS. 111,622).

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