‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 186 sur 246 · LIVRE · texte numérisé non relu

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ceux qui le lurent, et l'église elle-même l’adopta -ans scrupule. Ou disait en effet dans l’ofQce de saint Charlemagne, composé en HGB (vuy. p. 64) :

ln cvthara et tympano (Omni.’*) laudcmus Domino Qui cul [Me immisit rcgiie Chartam latricem vcni.T1.

Gilles de Paris, dans son Carolinus, rapporte cette histoire d’après la légende latine ; il l’attribue à Charles le Chauve, prétendant que saint Gilles vivait longtemps après Charlemagne, et qu'on n'a pu les faire contemporains que par erreur (Ms. Bib. imp., 6191, P 28-29). Philippe Mousket n’est pas de cette opinion; car il raconte tout au long, dans la vie de Charlemagne, l'histoire de la charte envoyée d'en haut \ Mais son récit se rapproche plus de celui de la Karlamaynùs Saga; dans l’un et dans l’autre l’ange apporte la lettre à saint Gilles sans que celui-ci sache rien du péché de l'empereur, tandis que dans la légende citée plus haut il lui en a parlé sans avouer quel il est. Il est donc probable qu’il existait une autre version latine de cette légende, suivie par nos deux textes ; d'autant plus que Mousket fait faire à Charlemagne la connaissance de saint Gilles tout autrement : un jour qu'il est h la chasse, un de ses archers poursuit une biche qui se réfugie dans l’ermitage du saint homme : de là sa première entrevue avec l’empereur.

Ces divers récits, toutefois, ue connaissent pas, sauf la compilation islandaise, ce péché horrible que Charlas n'osait confier à saint Gilles ; le poème de lluon de Bordeaux sait comme eux que l'empereur est coupable d’un péché odieux, mais il ne le désigne pas plus qu’eux. Quand l'c mpereur veut boire dans la coupe merveilleuse d’Auberon, le vin s’enfuit de devant ses lèvres :

* Œuvres de S. Charlemagne, l. Il, pag. 1305 La Kaiserxhnmik (v. 150.10 et sutv.) suit le récit de la légende latine Le Huol amies iiet. (p. 108, v. 9) y fait allusion.

* Entre plusieurs reliques que l'église de Sainte-Croix d'Orl ans possédait au seizième siècle, et dont un grand nombre avaient été envoyées 6 Charlemagne par Constantin, on remarquait, outre la banmère et estent art de Charlemagne , « la châsse d'or des propres o&umes sur les-

quels N. S. marcha, quand il fit son entrée en Jérusalem, en laquelle ch.Lsse éloit aussi enclose la cédule de l'empereur Charlemagne , ajtortée du ciel par l’ange d sainct Gilles (Lemaire, Histoire de la ville et duché (f Orléans , in-fol., 1048, 2* éd., t. Il, p. 35). » Ce précieux document est-il encore conservé à la cathédrale d'Orléans? Il nous renseignerait d'une façon authentique sur le péché qu'avait commis l'empereur.

LES RÉCITS

« Vasal, dist Karlcs, vous m'avés encanté ! »

Rist Aubemns : « Ains fait vo mauvaisté.

Car li hanas est de tel ilisnitc,

Nus n’i puet boire s’il n'est preudom damé,

Et nés et purs et sans pecié mortel.

Drois emperere, se me puist Üius sauver,

Jou en sai .1. ki moult est crimineus.

Que vous fcsistes moult a lonc tant passé.

Ne aine n’eu fustes à prestre.confessés.

S'il ne m’estoit por vo cors avieuter.

Je le diroie saus point de demorer. »

Li rois l'entent, moult est espoentés.

(V. 10217 et suiv.)

Mais pondant que la moitié du récit de la Karlamagnùs-Saga se retrouve ainsi dans plusieurs textes qui ne disent rien de l'autre moitié, cette première partie à son tour est rapportée dans d’autres documents qui ne parlent pas de la seconde. Le roman de Il prie en prose, conservé à la Bibliothèque de Berlin, nous dit (p. 100) : « Pépin celle nuyl engendra une fille, nommée sur fous Cille, et d’icelle Cille vinst le noble combattant Raoulant.... Et veulent racompter les histoires que Charlemagne, qui aussi fut filz au roy Pépin et qu’il engendra en la noble Berthe après, l’engendra, celuv Raoulant, en icelle sa sœurCuille 1 » .La chronique de Weihenstephan dit de même, d’après l’analyse de von Arfetin (chap. vin): «Un autre favori de Charles était Roland, fils de sa sœur, qui était mariée au duc Ganelon, mais que Charles aimait si fort que beaucoup croyaient qu’il avait engendré Roland avec elle *. »

On peut donc croire que le compilateur islandais a eu de son chef la pensée de réunir ces deux légendes en une ; l’auteur du poème de Tristan de Nanteuil, qui écrivait au quatorzième siècle, est certainement indépendant du récit de la karlamayniis-Saga, bien qu’il soit arrivé à la même idée, mais sous forme hypothétique. Il raconte l’histoire de saint Gilles, à peu près comme Philippe Mousket, mais en parlant du péché que l’empereur n’ose pas avouer, il ajoute :

Le péché fu orribles, on ne le sot néant;

Mais ly aucun espoirent, et tous ly plus sachant,

1 Dans Schmidt, liai. Heldengcdichtc, • Von Aretin , Aeiltfte Sage, etc., p. 19. p. 83.

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