LIVRE n
Que se fut le péché quant engendra Roulant Eu sa sereur germaine, se va on espérant ;
Car il n'est nul qu’au vrai vous en voit recordant;
Mais ensement le vont plusieurs signiffiant 1 .
Ce passage indique évidemment que ce récit se trouvait dans plusieurs textes aujourd’hui perdus ; c’est sans doute à un de ceuxlà que l’auteur de la Karlamagnits-Saga l’avait emprunté. Toutefois l’hésitation du Tristan semble bien prouver que dans aucun il n’était mis en rapport avec l’aventure de la charte divine envoyée à saint Gilles *.
La légende de saint Amaubcrge (Amalberga) rapporte une autre aventure qui fait peu d’houneur aux mœurs de Charlemagne et à son caractère. D’après cette légende, dont le fond remonte au neuvième siècle, et qui nous est parvenue dans une rédaction qui semble appartenir au onzième, Pépin, de son vivant, avait destiné Amauberge, jeune fille de haute naissance, à être la femme de son fils ; mais celle-ci était toute en Dieu et se refusa à ce projet. Une première tentative de Charles pour l’arracher à l’asile qu elle avait choisi la détermina à s’enfuir ; mais plus tard, quand il fut sur le trône, il la retrouva et l’assaillit de nouveau. Un jour ilia pressa si fort qu’elle se réfugia dans une chapelle, où le roi la suivit; en vain elle se prosterna devant l’autel, il la saisit violemment par le bras, et la tira si brutalement que le bras se rompit. Mais Notre- Dame, émue des prières de la pieuse vierge, la guérit aussitôt, et Charles, touché de ce miracle et vaincu par la résistance de la sainte, cessa de la tourmenter *.
Une troisième histoire, où l’empereur est représenté sous un jour encore moins favorable, est plus célèbre. C’est celle de son amour pour une femme morte. Elle est doublement intéressante, parce qu’elle se relie, dans ses différentes versions, à deux autres traits de la vie poétique de l’empereur, dont l’un est son amour pour la
• Ms. Bibl. lmp. 75835, fol. 311 v». Ce passage est cité dans le sommaire en tête de lluon de Bordeaux , note I ,
p. cxxtij.
* Dans le récit d’Enenkel (Massmann, Koisrrehrmik, III, 1020) et dans le Karl Ueinet (f* 321», v. Î6-32), ce péché rapporté dans la charte divine est autre; c’est celui que nous rapporterons à la page suivante. .
* AA. SS. mentir Julii, t. III, p. 100. Ce récit, avec celui du comliat contre l’ourse que nous avons rapporté plus haut (p. 376), forme l’un des chapitres supplémentaires de quelques textes de Turpin (entre antres de celui du manuscrit 133 Notre-Dame); c'est là sans doute que l a pris Pli. Mousket (v. 4122 etsuiv.). Comme nous l avons déjà dit, le Charles qui v figure n’est pas autrement spécifié.