‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 189 sur 246 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

néerlandais est plus concis et contient même des épisodes entiers en moins. La source commune de ces deux récits est sans aucun doute le poëme français résumé par Albéric; ce que l’espagnol a de plus que le néerlandais était aussi dans ce poëme, puisqu'on en retrouve le plus souvent la mention dans Albéric C’est donc le roman espagnol que nous choisissons pour notre analyse*; il a en maints endroits des traits qui indiquent une traduction littérale du français *.

Un jour que Charlemagne tenait sa cour à Saint-Denis, un nain vint se présenter devant lui et l'impératrice, et leur offrir ses services qui furent acceptés. Mais le déloyal nain s’éprend pour la reine d'une passion aussi ridicule qu’odieuse, et ose bien, un jour que l’empereur est à la chasse, pénétrer dans la chambre où elle dort encore et lui faire d’infâmes propositions. La reine le traite avec dégoût et lui répond enfin par un vigoureux soufflet qui met son visage en sang. Le nain dissimule devant tous la cause de cet accident et jure de se venger de la reine, et de la posséder à tout prix. Un jour il parvient à se glisser dans sa couche pendant que Charlemagne est à l’église ; mais, avant d’avoir accompli ses projets coupables, il s’endort à côté de Sibile, et l’empereur à son retour le trouve dans cette situation. Indigné et stupéfait de ce crime inconcevable, il rend tous ses barons témoins de son déshonneur, et leur demande conseil sur ce qu’il doit faire. Les traîtres de la famille de Ganelon, qui haïssent en secret toute la race royale, opinent, Macaire à leur tète, pour le supplice immédiat des deux adultères. On va en effet jeter Sibile dans le bûcher préparé à la hâte, quand les plus sages conseillers de Charles, surtout Naime de Bavière, le supplient de ne pas faire ainsi périr une épouse peut-être innocente, et qui va bientôt être mère. Charles veut alors examiner l’affaire plus à fond, et fait venir le nain qu’il adjure de dire la vérité. Mais les traîtres lui avaient promis sa grâce et de grandes richesses pour accuser la reine, et il soutient obstinément qu’il n’a fait que céder malgré lui aux désirs de Sibile. L’empereur rentre en fureur; il fait brûler immédiate-

* Cl. Wolf, Niederl. Volksbifclter, p. 9, note 1 ; — ou bien dans les fragments publiés par HeilTenberg et Wolf ; voy.

par exemple Wolf, I. p. 13.

’ D'après celle de Wolf, Leùtvngen (fer Pran nwe/i, p. 125 et suiv.

* lats exemples en sont nombreux ; il semble presque dans quelques endroits qu'on pourrait retrouver le vers français traduit ; nous renvoyons par exemple A la page 144 de Wolf, Leisitmge», dernières lignes.

LES RÉCITS

ment l'odieux nain, mais par considération pour l’enfant dont Sibile est enceinte, il la condamne seulement à quitter ses États sans retard, et pour l’escorter jusqu’à la frontière il lui donne un de ses meilleurs vassaux, Auberi de Montdidier (Auberin de Mondiser). Ils se mettent en route, mais, au milieu de la forêt, le traître Macaire, qu’a enflammé la beauté de Sibile, les atteint et enjoint à Auberi de le laisser faire sa volonté de la reine. Auberi s’y refuse, mais il est sans armure, tandis que Macaire est armé de pied en cap ; aussi après une brave résistance le noble défenseur de Sibile est étendu mort sur la poussière. Quant à elle, voyant la funeste tournure que prenait le combat, elle s’est enfuie dans la forêt et échappe à toutes les recherches de Macaire, qui revient à Paris sans autre résultat de son crime que ses remords.

Cependant le cadavre du loyal Auberi n'est pas abandonné aux bêtes fauves. Son chien fidèle, après avoir pris sa part de la lutte contre Macaire, s'est dérobé aux coups des traîtres, et revient près du corps de son maître; quand il voit qu’il est bien mort, après des hurlements plaintifs, il creuse avec ses pattes une fosse où il le recouvre de terre', et s'étend dessus pour le défendre de tout « outrage. 11 reste là jusqu’à ce qu’au bout de. quatre jours la faim l’oblige à aller chercher pâture. L’habitude l’amène à Paris au palais du roi, qui est précisément à table. Le chien s’approche pour prendre quelque nourriture, mais, apercevant près de Charles l'assassin de son maître, il oublie la faim poursa fureur, s’élance sur Macaire, lui enfonce, ses crocs dans l’épaule et ne lâche prise qu’à forcede coups. Chacun s’étonne de cet incident, surtout l’empereur, qui reconnaît le chien d’Auberi, et qui était déjà inquiet de l’absence trop prolongée de celui-ci. Macaire, prévoyant que le chien reviendra au palais, prie ses parents de le guetter et de l’assommer dès qu’il entrera ; mais Naime,le lendemain, l’arrache de leurs mains et le remet à la garde de plusieurs chevaliers. Puis il conseille à l’empereur de se laisser guider par le chien, qui le conduira où est Auberi, mort ou vivant. C’est ce qui a lieu en effet; le fidèle chien mène l’empereur et ses barons à l’endroit où gît son maître, et, écartant de ses pattes la terre qu’il a amas-

1 Cette exagération, qui fausse inal à propos te ton excellent de ce récit, en rappelle une autre bien plus forte qui te trouve dans le Chexmlier au Lion de

Chrettien de Troycs. Le lion délivré par train accomplit, pour lui montrer sa reconnaissance, tontes les formalités de Vhommage-liye.

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