‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 192 sur 246 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

par le moyeu d’uu diable qu’il a évoqué, grâce à la science magique qu’il a apprise dans ses voyages. Sur l’ordre de Roland, le diable emporte Charlemagne et l’amène en une nuit à Paris; l’empereur manque de faire naufrage au port, car en se voyant si vite rendu il a la malencontreuse idée de faire un signe de croix, et le diable le laisse tomber sur les degrés du palais, mais heureusement d’une faible hauteur. Déguisé en pèlerin, il se rend dans les cuisines, où il demande à manger aux cuisiniers; ceuxci le repoussent et le raillent, sur quoi il les assomme de son bourdon. Au milieu de ces rustres, il trouve un fidèle partisan, Guron, fils de Salomon de Bretagne, qui a fait le fou pour échapper aux persécutions de Macaire ; le pèlerin lui apprend que l’empereur vit encore et qu’il en apporte des nouvelles. Guron le conduit à La reine, avec laquelle il a une longue conférence. Elle ne le reconnaît pas, car il est défiguré ', mais une petite chienne que l’empereur aimait, et qui depuis son départ ne soulTrait de caresses que de la reine, fait fête au pèlerin dès qu’elle le voit, lui lèche les pieds et donne les plus grandes marques de joie \ La reine étonnée lui demande qui il est; il se nomme ; mais l’impératrice est aussi méfiante que Pénélope, et elle ne se rend qu'après que Charles lui a donné divers signes de sa véracité. On devine la suite : Macaire et les Mavençais sont punis, et Guron fait gouverneur.

Ces deux récits semblent indiquer une source commune ; car il est difficile d’admettre la concordance fortuite d’Enenkel au treizième siècle, et de Nicolas de Padoue au quatorzième. Cette source était-elle française *? Nous n’osons le décider ; mais il ne se trouve en France, â notre connaissance, aucune trace de cette légende *.

< C'est un exemple de plus & joindre aux déguisements énumérés plus haut (ch. vu).

* Ce trait rappelle naturellement celui du chien d’Ulysse ,0d. XVII, 291) ; mais nous pensons avec Schmidt II. Heldeng., p. 9ü), que la ressemblance est fortuite. « Les deux poètes, dit-il, ont puisé dans la nature. »

* Le burlesque épisode de l'âne de Varocher, que nous avons raconté plus

haut (p. 393), ne semble-t-il pas être une parodie de i’histoiro de la chienne de Charlemagne1! Cette conjecture parait s'appuyer du rapprochement qu’on peut fitirc avec d'autres imitations du même genre contenues dans la Reine SiMIe; nous en avons relevé quelques-;. nés.

4 La Karltxmagniie-Saga donne à Charles une femme que ne connaît aucun autre texte, Aude, soeur de Nairnc et mère de Lohier.

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