‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 194 sur 246 · LIVRE · texte numérisé non relu

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réussir, quand Guillaume sauve le jeune prince en tuant le chef des conjurés. Plus tard, après la mort de son père, Louis est détrôné par le même parti ; il se cache dans la crypte d’un moutier; c’est de là que Guillaume le tire encore et lui sauve une seconde fois la vie et la couronne'. Mais quand il est sur le trône, Louis tient tout ce qu’il avait promis; sa lâcheté, son manque de foi, sa perfidie, contrastent perpétuellement avec la grandeur d’âme et l'héroïsme de Guillaume.

Tel est le caractère de Loeys dans les poèmes où il est placé au premier plan. 11 faut en excepter le poème perdu de Gormond et Isembart, où il se couvrait de gloire en tuant le terrible Gormond, chef des Sarrasins envahisseurs de la France; mais ce poème était originairement consacré à Louis III, le héros de la bataille de Saucour, et ce n’est que par une confusion postérieure qu’on l’a rapporté au fils de Charlemagne’. Un autre poème encore nous le montre sous le jour le plus favorable ; c’est la Reine Sibile (voy. ci-dessus, p. 393) ; mais il est fort probable que l’auteur de ce roman a inventé tout son personnage, que ne lui fournissait aucune tradition populaire. Il l’a rattaché au Louis de Guillaume au court Nez en lui faisant épouser Blancfiefleur , sœur de Guillaume, qui est en effet sa femme dans le grand cycle dont celui-ci est le centre.

Un autre fils de Charlemagne est Lohier ou Lothaire, plus brave et plus noble que Louis, mais qui meurt jeune, victime de sa témérité, dans Renaud de Montauban (voy. ci-dessus, p. 301). D’autres récits le faisaient cependant survivre à son père, à en

1 Une longue suite de guerres, livrées dans tome la France entre Guillaume et les Normands ennemis du jeune roi, et célébrées sans doute dans de nombreux poèmes, n'a laissé de traces que dans des allusions rapides de cette branche et de la suivante.

* Un fragment de ce poème, remarquable à plusieurs titres, a été publié par M. de Reiffenberg dans le second volume de son Philippe Mousket ( Introd., pag.

x-xxxu). Il devait s'appeler sans doute le Uni Louis, à en juger par un vers du fabliau des Deux Troveors ribauds '.Roquefort, Étal de la Poésie au douzième siècle, p. 290). La confusion dont nous parlons a sans doute été fort ancienne ;

comment les poètes auraient-ils distingué l’un de l'autre ces deux Louis, fils de Charles, dont les noms leur étaient transmis par des chansons sans date?

Elle est constatée par des vers d'Aimtri de Narbonne; Bianchefleur, fille d’Aimeri, épousa, y est-il dit, Louis, le fils Challon :

tJ.cn en avec oy en U cbançoa Que en bataille ociat le roy Gourmon.

(B. lmp., ms. La Val. 23, fol. 27 r* 1).

Dans Hugues Capot, on voit aussi Louis, (ils de Charlemagne, et mari de Blanchefteur, combattre et tuer Gormon ; il est en outre représenté comme le dernier des Carolingiens. (Voy. p. 19-20).

LES RÉCITS

juger par les vers suivants. Us sont tirés du prologue d’un poème ou plutôt d’un fragment fort étrangement intercalé par quelques manuscrits dans le grand cycle de Guillaume au court Net « Oyez, dit le poète,

De Karlemagne le fort roy couronné.

Qui à ses (Hz dona ses héritez,

A Loeys et à Lohier Tainsné.

Lohier en est en Alcmaigne alez,

Et Loeys est en France remés * :

Cil trouveour les ont lessiés ester :

Huimès orrés du Image parler *. »

Ces derniers vers semblent indiquer que le poi te ne s’appuie pas sur la tradition, et qu’il ne lui emprunte, comme tant d’autres, que des noms auxquels il attribue des aventures de son invention *.

Une curieuse petite anecdote, où se retrouve le récit d’un partage fait par Charlemagne entre ses enfants, lui donne, outre Louis et Lohier, un troisième üls, Gobart, qu’aucune tradition ne lui connaît; elle est rapportée ailleurs à d’autres souverains qu'à Charles, entre autres à son fils Louis *.

11 est un fils de Charlemagne qui joue dans divers poèmes un rôle considérable ; c’est Chariot, dont nous avons déjà raconté quelques aventures d’après Ogier le Danois *. Son histoire se complète par un autre poème, tii ton de Bordeaux, qui, dans cette partie du moins, semble reposer 'sur ,des traditions anciennes. Il

f 1 Ms. La Val. 23 A., f» 24 r*. Tout le prologue de ce poème est très-peu intelligible, sans doute par 1a (aute du sente. — M. Sachs a aussi ru les vers que nous citons dans un manuscrit anglais, où Us occupent une autre place (BeitrOge, p. 19).

’ Ce poème met aussi Louis en rapport avec Hugues Capet. Voyez la Préface de M. le marquis de La Grange au poème de ce nom, p. xuv et suiv.

P.* Toutefois il n’est plus parlé de Lohier. 11 est à remarquer que Hamon Ferand connaît aussi Louis et Lohier comme enfants de Charlemagne, et attribue de même l'Allemagne 4 Lohier (voy. aussi ci-dessous, p. 403). Lohier est un des héros du roman allemand de Lother et Maller, composé au quinzième

siècle par la duchesse Marguerite de Lorj raine, voy. Grasse, p. 354.

1 11 dit d’ailleurs en commençant son prologue :

Nus hom ne plot chauçon de geste dire,

Que U ue meute U où il sers délias.

* Dans Wright, Latin Slories, p. 47.

Le dicton populaire qui termine cette anecdote doit être lu : A tari Mt Gobart, et non A tari, bea Gobart. Nous n’indiquons que pour mémoire l'historiette sur le combat de coqs qui présagea 4 Louis le Débonnaire sa royauté future , qni est rapportée dans Grimm-Theil, Traditions allemandes, II, 123, d’après Crusius, Annales Sueoici.

• Ci-dessus, p. 307, et, d’après la Chronique danoise de Charlemagne, p. 311.

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