‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 198 sur 246 · LIVRE · texte numérisé non relu

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Enfin David Aubert, comme on le voit par les titres de chapitres qu’a publiés M. de Reiffenbcrg, donne le nom de Gille à la mère de Roland, épouse de Ganelon après la perte de son premier mari.

Mais en regard de cette série de textes on peut en placer une autre, au moins aussi considérable, qui s’accorde à désigner la mère de Roland sous le nom de Berte ; c'est celui qui est devenu populaire, grâce aux romans italiens, qui depuis la compilation du ms. XIII de Venise ont souvent raconté les aventures de cette princesse. Les versions renouvelées du Roland , sauf le fragment cité plus haut, l’appellent toutes Berte ', d’accord en cela avec le Pscudo-Turpin (ch. 11), et le même nom se retrouve dans Philippe Mousket (v. 2706 sq.) :

S'ot Charles une autre screur,

Bertain : cele prist à signeur Milon d'Anglers, s’en ot Rollaut.

Le Karl Meinet la nomme aussi Berte (344, 55; 496 b, 45), et la plupart des écrivains postérieurs, de même que les Chroniques de Saint-Denis, ont adopté ce nom. En Italie, comme nous l’avons dit, il est le seul qu’on ait connu, et l'Espagne, ayant imité sur ce sujet les romans italiens, a conservé naturellement le nom de Berte à leur héroïne.

Entre ces deux camps opposés, il faut placer deux opinions tout à fait isolées sur le nom de cette même sœur de Charlemagne. Dans le poème d 'Aquin (voy. 1. II, ch. îv, 5), il meurt un personnage appelé Tiori de Vannes, et Charlemagne s’écrie :

Franche personne, gentis dus posleïs.

Far le senrige que jadis me feïs Te donay famé Baqueherl la gentis ;

Ma scrour est la bele o le cler vis :

Or en est veuve et Rolans orfenins.

[Hist. litt., XXII, 404.)

On voit que cet auteur change le père de Roland aussi bien que sa mère. C'est ce que fait aussi Ulrich Fütrer (voy. à Y Appendice, n* xin); d’après lui, Pépin eut de la fausse Berte une fille appelée Martona; « elle fut mariée à un noble prince de Cornouailles et mit au monde une fleur de toutes vertus chevaleresques, le glorieux chevalier Roland (dansAretin, Aelteste Sage, p. 115). »

LES RÉCITS

L’histoire de Berte (nous choisissons ce nom comme le plus connu) n’est pas moins diversement transmise que son nom. Nous ne pouvons raconter ici en détail toutes ces variantes, qui seraient mieux à leur place dans une histoire de Roland ; nous nous contenterons de les indiquer.

Sauf Flitrer et Aquin, tous les textes sont d'accord sur un point, c’est qu’elle épousa le duc Milon d’Anglers '. Mais de queUe façon? c’est ici que commencent les différences. Nous avons vu (p. 378, 381) que, d'après un récit plusieurs fois répété, Charlemagne aurait eu avec sa sœur des relations coupables, et que, sur l’ordre d’un ange, il l’aurait donnée & Milon quand elle était déjà enceinte. L’ange prit soin probablement de rassurer le buen duc (T Anglers, caron ne voit pas qu’il ait conçu de soupçons sur la naissance un peu prématurée de Roland. Il eut même pource filsde son beau-frère une extrême tendresse, à en croire la Karlamagnùs-Saga (ch. 37), et voulut absolument l’élever auprès de lui.

Girard d’Amiens ne sait rien de cette histoire étrange; son honnêteté s’en serait assurément effarouchée. Suivant lui, Milon avait épousé la fille de Pépin de son vivant, et aucun nuage ne troubla leur union, si ce n’est que pendant le séjour de Charles en Espagne sous le nom de Mainet, Rainfroi et Heudri retinrent Milon en prison pendant des années; ils assiégeaient même sa femme dans Montdidier pour la faire périr avec Roland, au moment où Charles revint les punir (fol. 61 r° A).

C’est en Italie, et en Italie seulement, que nous trouvons sur la mère de Roland une légende qui est devenue célèbre. D’après les Reali di Francia, et, avant eux, d’après le ms. XIII de Venise (voy. ci-dessus, p. 170), Milon, simple chevalier de la cour de Charlemagne, devient amoureux de sa sœur Berte. Celle-ci le paye de retour, et les deux amants ne cherchent plus qu’un moyen de se voir. Milon s’introduit en habit de femme parmi les suivantes de Berte, et bientôt la faute de Berte éclate à tous les yeux. L’empereur furieux fait jeter les coupables en prison. Us trouvent moyen de s’évader, mais pour mener la vie la plus misérable : Milon est réduit à se faire bûcheron, et Berte, dans une caverne sauvage, donne le jour à Roland, ainsi appelé (Rouland) parce qu’il roule

1 C’est la meilleure et la plus ancienne dans le ms. XIII de Venise on trouve forme (dans Turpin Anglrris ou Angu • Anglnnt t qui s’est conservé ( Anglonte) lariis). Girard d’Amiens donne Ayglent; dans tous les poèmes italiens.

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