‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 20 sur 246 · I.IVRK PH KM IKK · texte numérisé non relu

I.IVRK PH KM IKK

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pas pou à répandre dans l’Église l’idée de la sainteté de Charlemagne. Cette opinion ne tarda pas à recevoir un puissant secours d'une autre couvre apocryphe, plus célèbre que la première, et qui exerça sur tout le moyen âge une grande et. fâcheuse influence. Nous voulons parler du Pscudo-Turpin, sorti aussi de mains monastiques et fabriqué dans des vues parfaitement analogues à celles qui avaient guidé l'auteur du Voyage à Jérusalem.

Nous renvoyons, pour les questions de critique, si nombreuses et si délicates, que soulève cet ouvrage singulier, à la dissertation spéciale que nous lui avons consacrée 1 ; nous nous bornons à résumer ici les faits qui nous semblent acquis. La chronique faussement attribuée à Turpin est l’œuvre de plusieurs auteursqui écrivaient dans des lieux et des temps divers, mais tous entre le commencement du onzième siècle et le milieu du douzième. Si le décret de Calixte 11 qui la déclare authentique (1122) a été supposé, si la lettre où ce pape la recommande aux fidèles, en têle du livre des Miracles de saint Jacques, est également apocryphe, la plus ancienne mention qui eu soit faite remonte à 1165; elle est plus d’une fois citée avant la fin du douzième siècle. Le treizième siècle en produit dès ses premières années trois traductions différentes, et dès 1203 les grandes compilations historiques l’admettent sans scrupule; ce n’est qu’à la Renaissance que Papire Masson, le premier, la déclare apocryphe et fabuleuse. Elle s'appuie en partie sur des traditions historiques, en partie sur des poèmes français; elle est en partie de pure invention. Consacrée originairement a prouver l’authenticité des reliques de Saint-Jacques et à encourager lo pèlerinage de Compostelle, elle se prête ensuite à divers intérêts qui accusent autant de continuateurs ou d’interpolateurs. Elle contribua plus qu’aucun autre ouvrage à donner à Charlemagne ce caractère d’apôtre armé que lui attribuait Jocundus dès 1088 ; facilement accepté par les laïques, que les chansons de gestes avaient habitués à admirer la piété de Charlemagne et à croire aux miracles que Dieu faisait pour lui , ce caractère devint de plus en plus prédominant dans l’image qu'on se fit de lui, et bien des gens s’étonnèrent sans doute que l’Église ne l’eût pas admis au nombre de ses saints.

Ce ne fut donc pour personne un scandale ou une surprise, ce

1 Tte Pseudo-Turpino.

LES SOURCES

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fut au contraire une satisfaction donnée aux idées générales et au sentiment des fidèles que la cérémonie qui eut lieu à Aix-la-Chapelle le 28 décembre U64.

Frédéric Barberousse, alors empereur d’Allemagne, était le plus passionné des admirateurs de Charlemagne. Non content de le prendre pour modèle comme empereur *, il le vénérait comme saint et souhaitait ardemment de voir l’autorité ecclésiastique reconnaître officiellement ses droits à ce titre. Ce désir doublement pieux était, h ce qu’il nous apprend lui-même ’, vivement encouragé par le roi d’Angleterre Henri II, grand enthousiaste, comme on sait, de poésie chevaleresque, et qui ne lisait sans doute pas les chansons de gestes moins assidûment que les romansdela Table- Bonde. Malheureusement ni l’un ni l’autre de ces princes n’était en faveur auprès de la cour de Rome; en H64, Thomas Becket demandait en France au pape Alexandre III justice de Henri II, et Frédéric, qui avait chassé le pontife de Itome, venait de perdre son pape particulier, l'antipape Victor IV. Mais cette perte n'était pas irréparable, et la même année le cardinal Gui de Crème, se laissant séduire par l’empereur, se fit proclamer par lui pape sous le nom de Pascal III.

C’est à lui que Frédéric s’adressa pour arriver îi son but et faire passer Charlemagne du rang des héros dans celui des saints. On sent que Pascal III n’avait rien à refuser à celui qui l’avait mis et le soutenait sur le trône pontifical ; il partageait probablement d’ailleurs les opinions de son temps et regardait Charlemagne comme très-digne des honneurs qu'on demandait pour lui. Au reste, nous l'avons dit au début de ce chapitre, Charlemagne méritait par plusieurs côté* d’être recommandé au souvenir reconnaissantde l'Eglise ; cependant le moine Wettin le plaçait en purgatoire, et le vice que lui reprochaient ses contemporains est aussi celui qu’on a toujours opposé depuis à la vraisemblance de sa sainteté. Baronius prétend, il est vrai, que dans la fin de sa vie il expia ses péchés passés par de dures pénitences il n’en est pas moins vrai que sur certains chapitres le très-glorieux empereur avait conservé la facilité des mœurs barbares, et il ne se faisait

1 DiplAme de Frédéric de H65, dans J La vision de Wettindit positivement les AA. SS. Januarii, t. Il, p. S88 ei suiv. le contraire : vitam voluit fimre suelis

1 td., Md. mrdibus.

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LiVKE l'ItLMIUt.

sans doute pas un grand scrupule de céder au penchant de son naturel à la fois impétueux et tendre' .

Quoi qu’il en soit, Pascal III, cédant aux désirs de Frédéric, canonisa Charlemagne, et à partir du 28 janvier 1*65 les saints inscrits au calendrier pour ce jour-là durent faire place au nouveau venu. Le premier soin de l'empereur fut de rechercher les ossements, devenus des reliques par la canonisation ; sans doute à sa dévotion se joignait le désir de contempler les restes de ce grand homme et de s’assurer de la véracité des récits qu’on faisait sur les proportions colossales de sa personne physique. Dans le diplôme qu'il octroya à l’église d’Aix-la-Chapelle quelque temps après et dont nous aurons à reparler, Frédéric nous apprend que res recherches n’avaient aucun point de départ assuré. «Le corps, dit-il, avait été soigneusement caché, de peur des sacrilèges ou des ennemis, et nous n’aurions pu le trouver sans une illumination spéciale de Dieu’.» Quand on se rappelle ce qu’Eginhard nous dit de la sépulture de Charlemagne, de l are triomphal qui la décorait , de l’assemblée immense qui assista aux funérailles, on a peine à comprendre l’ignorance où on se trouvait au douzième siècle sur l’emplacement de cette sépulture; on arrive toutefois à se l’expliquer, et voici comment’.

Soixante-quatorze ans après la mort de Charlemagne, les Normands envahissaient sa capitale, sous le commandement d’un certain Ordvig. Ils détruisirent son palais et firent l'écurie de leurs chevaux de la basilique où il reposait*. L’arc doré qui, d’après Eginhard, marquait le lieu de la sépulture, disparut dans cette dévastation , cl quand plus tard, dans le courant du dixième siècle, on restaura la cathédrale, on ne releva pas cet insigne funéraire. Aussi le lieu précis où reposaient les glorieux restes n'élait-il pas bien connu en l’an 1000, où l'empereur Othon 111 eut. envie de les contempler. On ouvrit le pavé de la cathédrale un peu au hasard, où l'on crut qu’était le tombeau , et on finit par

‘ La légende de sainte A ma u berge a conservé le souvenir de ce penchant. Au reste, une autre légende monastique, grossissant ce péché jusqu’au crime, avait déjà couvert du pardon de Dieu, miraculeusement obtenu, la faute de l’empereur. Nous reparlerons plus tard de ce curieux épisode de l’histoire poétique de Charlemagne; il se trouve dans la lé-

gende de saint Gilles et remonte pour le moins au douzième siècle.

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