LIVRE II
plus de splendeur encore. Suivant les Hessois, c’est dans le Gudensberg, dans leur pays, que dort l’empereur 1 * * 4 ; mais les Bavarois revendiquent cet honneur pour l’Untcrsberg ’. Là, d’après eux, est assis Charles, comme il l'était jadis à Aix ; il dort, et souvent on l’a vu branler la tête, comme dans un rêve pénible ; sa barbe blanche pousse toujours et enveloppe la table de marbre qui est devant lui; quand elle en aura fait trois fois le tour, suivant les uns, ce sera la fin du monde 5; suivant les autres, il se lèvera et ira suspendre son écu au vieux poirier qui est dans la plaine de Wals; le poirier desséché reverdira, et dans la plaine se livrera une terrible bataille, la plus sanglante que l’humanité doive voir; tous les bons lutteront contre tous les méchants, qui seront vaincus, et Charles, l’empereur d’Allemagne, régnera sur le monde régénéré *. En attendant, sa présence dans la montagne est bien attestée; car en 1529 un homme appelé Lazare Aisner entra dans l’Untersberg, et parmi beaucoup d’autres merveilles il y vit l’empereur Charles ; à côté de lui était Frédéric Barberousse D’autres cependant racontent que c’est dans le Desenberg qu’il attend le jour du réveil ; voici ce qu’en dit un poète moderne, François Oebecke :
« Écoutez, je vais vous raconter merveilles, d’après une vieille légende; Charles, l’empereur, il vit encore avec ses preux.
« C’est dans le Desenberg qu’il se repose de ses victoires, et des nains féés gardent sa demeure.
« Là aussi, dans les vastes salles, ses héros reposent étendus, plongés dans un profond sommeil, liés par un charme puissant.
« Autour d’eux des armures étincelantes semblent inviter à la guerre ; ils respirent doucement, et rêvent combats et victoire.
« Et à la table de pierre , la tête appuyée sur son bras , sur le visage l’éclat de la jeunesse, Charles est assis au milieu de la salle.
« En blanches vagues tombent jusqu’à terre ses longs cheveux et sa barbe; avec ses compagnons il attend depuis longtemps déjà.
1 Grimm, Deutsche Mythologie, p. 139.
* On l’appelle aussi Vnderberg, et un dem , en dialecte rhénan, veut dire faire la sieste.
* Holland, Geschichte ( 1er altdeutschen Dichtkunst in Baiern , p. 29.
4 Voy. Sim rock, Kerl. Ileldenbuch ,
p. 219. Cette légende est au fond la même que celle qui avait rendu si célèbre, au moyen âge, Y Arbre-Sec en Orient; elle remonte à une très -haute antiquité.
1 Massrnann, Bairische Sagcn (Munich, 1831), p. 42 et suiv.
LES RÉCITS
« Souvent ils semblent pressentir le jour de leur vie nouvelle; alors un joyeux frémissement court par les salies.
« Tous les guerriers se lèvent, saisissent la lance et 1 ecu ; mais leur regard demeure éteint et leur âme assoupie.
« Seul, l'empereur sent revenir la clarté dans ses yeux et dans son esprit; il crie, et le son retentit au loin : Nains, quelle est la date de l'année ?
« Il écoute, et l'ombre ressaisit ses traits : Recouchez-vous, compagnons, notre heure n’est pas venue!
« Avec un bruit sourd ils s’étendent l’un après l’autre sur le sol; ils dorment et attendent l’heure qui rompra l’enchantement.
« Il se rassied à la table, avec sa barbe et ses cheveux blancs, l’empereur brillant de jeunesse, au visage merveilleux '. »
1 Simrock, Kerl. Heldmbuch, p. 215.