‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 212 sur 246 · LIVRE 111. — VÉRITÉ ET POÉSIE · texte numérisé non relu

LIVRE 111. — VÉRITÉ ET POÉSIE

pas et nous donne les étymologies grecques de tous les noms francs qui lui tombent sous la main ; les deux plus heureuses sont celles de Pépin (nimn, melon, grain de melon) et de Franc (?pa*to«, protégé, abrité, libre). Notons encore la triomphante explication du nom de Mayence. Mayence se dit en latin Moguntiacum; or il y a beaucoup de villes dont on attribue la fondation à Ulysse ; le verbe grec 0.07s, souffrir, avoir de la peine, est souvent appliqué au héros de l'Odyssée ; donc Ulysse est par excellence 6 jxoywv, et c’est en son honneur que Mayence s’appelle ainsi :

.... on ne s'attendait guère

De voir Ulysse en cette affaire.

Nous avouons qu’il nous est impossible de prendre au sérieux le travail de M. Millier, et nous craignons que de pareilles fantaisies ne compromettent gravement la science.

Cette histoire de la femme morte aimée par Charlemagne semble autoriser une explication mythique ; mais nous ne l’avons pas découverte. Nous remarquerons seulement que le grain ou l'anneau sous la langue, qui prolonge la vie ou du moins son apparence, donne tout au contraire à la vie l’apparence de la mort dans un très-beau conte allemand (Grimm, Kindermihrchen, 53: Sneewittchen). Dans un récit Scandinave relativement moderne, la Saga de Harald (chap. xxv, dans le Heimskringla , I, 102) on lit : « Snafrid, femme de Harald aux beaux cheveux, mourut, et son visage ne subit pas la moindre altération, et resta aussi rosé que pendant sa vie. Le roi s’assit près du cadavre, pensant qu’elle reviendrait à la vie, et il y resta trois ans. »

L’histoire de l’enfance de Charlemagne, telle que la raconte la chronique de Weihenstephan (voy. ci-dessus, p. 220), ressemble trop à celle de cent autres héros, depuis Krischna jusqu’à Roland, pour ne pas avoir un fond mythique : le jeune dieu grandit dans l’obscurité, le plus souvent méconnu, exposé même par ses parents, élevé au milieu de bergers, de paysans, reconnu enfin et triomphant ; c’est sans doute encore l’image du soleil sortant des ténèbres de l’hiver *. Si cette partie du récit de la chronique bavaroise était traduite du français, comme la suite, il faudrait modifier le jugement porté plus haut sur notre épopée ; mais il est à peu près certain qu’il n’en est pas ainsi.

ment mis là pour donner une étymolo- de cette légende parlent d'un annean. gie de Aqutr Gram' ; les autres renions 1 Cf. Bréal, le Hyl/ie tfCUdipe.

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