LES PRÉDÉCESSEURS DE CHARLEMAGNE
Si les peuples, en entourant de l’auréole épique la figure d’un grand homme, oublient souvent pour lui leurs héros les plus anciennement chéris et dérobent à leur gloire les rayons dont ils décorent la sienne, à plus forte raison doivent-ils déposséder les guerriers qu’ils ont pris longtemps pour sujet de leurs chants au profit d’un descendant plus illustre qu’eux. Vixere fortes ante Ajamemnona mufti ; de même avant Charlemagne bien d’autres avaient vécu et avaient été célébrés qui perdirent leur splendeur poétique quand il fut devenu le centre de tous les souvenirs héroïques et nationaux. Nous avons déjà cité (page 42) les vers du Poëte saxon qui nous apprennent que les Francs chantaient les aïeux et prédécesseurs de Louis le Pieux :
Pippinos, Carolos, Hludowicos et Thcodricos Et Carlomannos Hlotbariosque canunt.
Les Romans avaient sans doute aussi sur ces princes des poésies populaires ; leur souvenir vécut longtemps parmi eux. Cependant, comme nous l’avons déjà dit (1. II, chap. i), on en retrouve à peine quelque mention dans l’épopée française; ce qu’elle sait des rois mérovingiens est très-vague et se réduit à quelques noms, sur lesquels on brode plus tardées aventures; les premiers Carolingiens ne sont pas aussi ignorés, mais ils n’ont aucun caractère. Seul, le vaste poëtne des Lorrains , réellement étranger au cycle de Charlemagne, a conservé à Charles-Martel son nom, sa physionomie et même quelques traits de sa vie; seul aussi, il a fait de Pépin, mais cette fois en ne lui laissant que son nom et en le défigurant de la façon la plus étrange, le centre de toute son action. Le Charles-Martel de Girartzde Rossilho est sans doute Charles le Chauve ; le Pépin de Doon de la Roche est tout à fait épisodique. En face de ces quelques mentions isolées si on place