‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 218 sur 246 · LIVRE 111. — VERITE ET POÉSIE · texte numérisé non relu

LIVRE 111. — VERITE ET POÉSIE

pas propre, qu’elle tenait de conditions antérieures à sou existence. Qu’elle ait emprunté et renouvelé quelques faits poétiques aux chansons qui l’ont devancée, ce n’est pas là l’important; il est au contraire essentiel de noter que les peuples qui l’ont faite étaient dès longtemps accoutumés à une certaine forme épique et devaient nécessairement transporter leurs habitudes poétiques dans les nouveaux sujets qui s’empareraient de leur imagination. Cette circonstance est grave; elle nous inspire envers nous-mêmes une défiance salutaire au moment d’aborder l’examen des rapports de la légende carolingienne avec l’histoire de Charlemagne; nous ne connaissons en effet presque rien des poèmes qui l’ont précédée, et nous ne pouvons prétendre en expliquer tous les traits sans cette connaissance qui nous manquera toujours. Il ne faudra donc pas demander à l’histoire plus qu’elle ne peut nous donner, et déclarer capricieux ou anormaux les faits dont l’explication ne se trouvera pas ; eussions-nous des renseignements historiques plus complets que ceux qui sont à notre disposition, eussions-nous surtout les monuments de l’épopée carolingienne dans un état plus primitif et moins défectueux, nous serions encore privés d’une source d’informations qu’on ne peut négliger sans grand dommage. Cette lacune n’est pas particulière à notre sujet; elle se retrouve au moins aussi forte dans l’étude d’autres épopées : mais nous la regrettons ici d’autant plus vivement que nos moyens d'analyse sont d’ailleurs plus puissants que dans la plupart des autres cas, et que, si nous possédions aussi celui-là, il nous serait possible d’arriver, sur une des questions les plus intéressantes de l’histoire de la poésie, à une solution beaucoup plus précise que celle dont nous devrons nous contenter.

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