‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 226 sur 246 · LES SUCCESSEURS DE CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

LES SUCCESSEURS DE CHARLEMAGNE

Nous avons déjà eu occasion de le dire plusieurs fois, la chronologie est de sa nature tout à fait étrangère à l’épopée. Les événements ne se présentent point à l’imagination populaire dans l’enchatnement de causes et d’effets qui forme leur série historique; ils la frappent uniquement par leur caractère. La confusion des noms, des lieux et des dates est donc la première marque de toute poésie vraiment spontanée et ne doit pas plus nous surprendre dans les chansons de gestes que dans les autres monuments épiques. Mais il est vrai de dire que celte confusion a eu pour elles des résultats tout particuliers. On pouvait sans grand inconvénient confondre Charles Martel avec Charlemagne : l’un était l’autre agrandi de toutes façons, mais identique à bien des points de vue, et la tendance à laquelle la nation obéissait sous le premier avait trouvé sa plus grande satisfaction sous le second. Il n’en fut pas de même de la confusion qui s’introduisit entre Charlemagne et ses successeurs; car non-seulement ils différaient de lui autant que possible, mais encore ils se trouvaient avec la nation dans un rapport très-différent, et elle était elle-même engagée dans une phase toute nouvelle de son développement.

Nous avons déjà fait remarquer qu’à embrasser les poèmes carolingiens d’un coup d’œil, et sans s’arrêter à les classer chronologiquement, on y distingue aisément deux grandes catégories : dans la première, l’empereur, chef respecté des Français et de l’Europe chrétienne, combat les infidèles qu’il terrasse à l’aide des nombreux héros groupés autour de lui ; dans la seconde, souverain injuste et tyrannique de vassaux presque aussi puissants que lui, il leur livre de longues guerres, où le sentiment du poète est pour les rebelles, et qui se terminent le plus souvent par son humiliation. Dans la première, il représente la royauté

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