‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 234 sur 246 · ANALYSE DU KARL MEINET · texte numérisé non relu

ANALYSE DU KARL MEINET

(Voy. psye lîg.)

I. Mat>-et|Fo 1-215). — A Balduch, village près de Paris, prèsdu ruisseau, demeuraient deux frères, Uainfroi (Haenfrait) et Heudri (Hoderich), fils de Pépin, roi de France, ou, suivant d'autres, descendants de laboureurs. Le frère aîné, Heudri, eut au milieu de la nuit une vision : un nain lui dit de se lever à la pointe du jour et d’aller à Paris ■ ur le pont, où il lui arriverait une chose agréable et une chose désagréable. Heudri ne se décida à accomplir cet ordre qu’après qu’il eut été répété la seconde et la troisième nuit. Un changeur qui allait à ses affaires le rencontre sur le pont, l'interroge et apprend de lu' la cause de sa présence & cet endroit. « Moi aussi, dit le changeur, j'ai eu dans le temps la visite d'un nain, qui m’a dit qu’à Balduch, sous le saule vert, près du ruisseau, je^rouverais un grand trésor ; mais je ne suis pas si sot que toi pour écouter ce que disent leg nains. » Là-dessus il lui donna un soufflet et s'en alla. Ainsi fut accomplie pour Heudri la prophétie du nain- Les frères trouvèrent en effet le trésor à la place indiquée, construisirent une maison en ce même endroit, allèrent à Paris, et bientôt, par l’usure et l’acquisition de nombreux domaines, ils devinrent de plus en plus riches.

Dans ce temps-là Pépin était roi de France. Les deux frères l’aidèrent de leur argent, et par là ils s’insinuèrent si avant dans sa confiance que Pépin à son lit de mort confia à leur tutelle son fils Charles, âgé de douze ans, et les nomma régents du royaume. Les parvenus ne cherchèrent qu’à grossir par leurs largesses le nombre de leurs partisans, pour arriver à enlever à leur pupille la royauté qui lui appartenait. L’enfant fut accoutumé à se tenir plus dans les cuisines que dans la salle. Cependantun ancien chasseur de Pépin, David, que le feu roi avait donné pour maitre à son fils, en prenait toujours fidèlement soin. Les frères essayèrent de lui persuader de les débarrasser de Charles au moyen dn poison. David, tout en entrant en apparence dans leurs vues, prétexte un pèlerinage à Saint -Jacques de Galice qu'il ne peut retarder, et emploie le temps qu'il s’est ainsi procuré à aller chez les hauts barons de France auxquels il révèle le danger où est le jeune roi : il ne dit seulement rien de la proposition d’empoisonnement. Il décide les barons à demander sans retard que Charles soit couronné et fait chevalier. Il avait en quittant Paris mis dans sa confidence réchanson Thierri (Dederich) et lui avait recommandé Charles. Un des barons, Gerfin, entre-

1 D'après celle dont M. Adalbert Keller a fait suivre son édition.

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prend, déguisé en messager, de se rendre lui-mème à Paris, pour voir où en sont, les choses. En effet, David, revenu avec lui, le présente aux deux frères comme harpeur des rois de Galice. Pendant un séjour d'une semaine il remarque facilement qu’on ne rend pas à Charles les honneurs qui hn sont dus et qu'il est presque toujours confiné dans la cuisine. Il se retire chargé de présents, sans avoir été reconnu. Les frères pressent de nouveau David d'en finir avec Charles ; il parvient à gagner quelques semaines, sous prétexte qu'il lui faut attendre le mois de mars, époque où croit la plante qu’il compte employer à l'empoisonnement. Sur le conseil de Gertin, les princes de l'empire font dire à Heudri et Hainfroi qu'ils veulent tenir une cour et couronner Charles. Pendant que les douze princes se préparaient, ainsi que leurs fils qu'ils voulaient armer chevaliers en même temps que Charles, les frères ont réuni leurs forces, pour être prêts en cas d'attaque, et ordonné au cuisinier de garder Charles auprès de lui et de le faire passer pour faible d'esprit. Les princes arrivent à la cour : leurs enfants trouvent Charlesdans lacuisine, occupés rôtir un paon, et se mettent tous à imiter cet acte de leur seigneur. Guidés par Heudri et Hainfroi, les princes les surprennent dans cet exercice, et sur l’avis d'Hoël (Huwel) le couronnement est remis à l'année suivante.

(Lacune d'un feuillet dans le manuscrit.)

Au banquet il ne manque plus que le paon rôti par Charles.Thierri l’engage à profiter de cette occasion pour frapper un coup décisif contre ses oppresseurs, et lui promet son appui. C'est Charles lui-mème qui doit servir le paon à table ; mais il en soufflette Heudri, ce qui devient le signal du combat. Thierri protège le jeune roi ; les princes prennent aussi sa défenst . La lutte se renforce; mais Heudri saitl'apaiser en promcttantde pardonner à Charles son action puérile.

Mais le fidèle David ne se fie pas à cette paix et délibère avec Thierri sur les mesures à prendre pour la sécurité de Charles. Thierri lui raconte qu’en Espagne il y a un roi appelé Galafre (Galafers), engagé dans une guerre contre un autre roi païen, Uraimant (Bremunt) d'Afrique, qui veut épouser la fille de Galafre, la belle Galiennc (Galia); celle-ci a refuse sa main à ce géant hideux, et il prétend l'enlever par force à son père. On convient de mener Charles chez Galafre et de l'aider contre Braiuiarit ; Morant et Evrard (Everhart) les accompagneront. Ceux-ci, et deux cents hommes avec eux, s'engagent à accomplir ce dessein ; au malin du troisième jour iis se rencontreront avec Charles près du grand tilleul à Saint-Denis. Là Thierri leur expose le plan concerté, et tous prennent le chemin de l'Espagne. Heudri et Hainfroi se réjouissent de la disparition de Charles,et le, premier se met ta couronne sur la tète.

Charles et les siens arrivent à Tolède, chez Galafre. Thierri offre à Galafre son service et celui de ses amis, qui est très-vulontiers accepté. Le roi paien leur jure de les protéger en frappant sa dent de son doigt; alors Thierri nomme son jeune seigneur, et Galafre, bien que Pépin lui eût fait la guerre, reste fidèle à son serment.

Galiennc, de crainte de Braimant, avait été enfermée par son père dans

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une salle du palais. Auprès d'elle étaient vingt-cinq pueelks et sa mal- I reste Florette, qui lui parle des Français proscrits et de la beauté de Charles. Les dames regardent les étrangers de leur fenêtre, et Galienne s'éprend si bien de Charles que d’émotion elle tombe pâmée.

Braimant menace Tolède avec quarante mille hommes. Galafre et les Français s'arment pour défendre la ville. Avant la sortie qu'on veut faire, on confie Charles à la garde spéciale de David. Galafre ne peut opposer à l’ennemi que dix-neuf mille hommes et les deux cents Français. Les Français combattent vaillamment; le combat est longtemps indécis. Braimant, blessé par Evrard, est mis en fuite, cl les vainqueurs restent dans Tolède, où Galafre. fait de riches présents aux Français. Ceux-ci se divertissent à la pèche, à la chasse, et dans l'intérieur de la ville à des jeux guerriers et chevaleresques. Galienne nourrit toujours pour Charks un amour caché.

Au bout d’un an, Braimant, guéri de sa blessure, prépare une nouvelle expédition contre Galafre. 11 donne d’abord l’accolade de chevalier à son neveu Kaiphas, géant de dix-neuf ans. Puis il s’avance avec une grande armée et campe sur les bords du Tagc. Kaiphas, à la tète d’une division, traverse le fleuve pour engager la lutte. Charles est très-affligé et se plaint à David de n’ètrc pas encore chevalier. Galienne entend ses plaintes de sa fenêtre et forme le projet de faire donner satisfaction aux vœux du jeune homme.

Le combat s’engage entre Kaiphas et les gens de Galafre ; des deux côtés il y a de grandes pertes. Le lendemain Braimant envoie un messager à f.alafre pour lui dire de lui livrer sa fille; sinon il le chassera du pays. I! lui offre en outre sept jours de trêve. Le message est repoussé avec énergie.

Pendant la trêve, Galienne fait venir son père chez elle et lui demande de faire Charles chevalier. Galafre y consent : il annonce aux Français qu'il veut armer Charles de sa main et lui faire présent de l’épée Galosevele et du cheval blanc Alfeleir. Charles est armé : il monte, à cheval, et on exécute, des jeux guerriers, auxquels Galienne assiste de sa fenêtre. Charles s’en tire avec éclat et gagne glorieusement ses éperons. Galienne vient prendre part au banquet qui termine la fête. Sa parure et sa beauté sont également incomparables; elle n'aqu'uuc seule tache, c’est une marque à la main gauche, sur laquelle dans son enfance était tombé un flambeau. Depuis ce jour tous deux se portèrent dans le cœur un amour réciproque. Galienne est de nouveau enfermée dans son appartement.

La trêve expire : les Français se préparent au combat pour le lendemain; mais l’amour ne laisse pas dormir Charles. Il se lève, revêt son armure, tire AfTeleir de l’écurie et décide le portier à le laisser sortir. Il chevauche le long du fleuve du Tage, qui est couvert de brouillard : sur l’autre rive Kaiphas en fait autant. U entend le cheval de Charles hennir : là-dessus il s'engage entre eux deux une conversation ensuite de laquelle ils conviennent que Charles traversera le fleuve et aura le temps de sécher ses armes. Charles, arrivé sur l’autre rive, s'agenouille et prie. Ils combattent ensuite; Charles est vainqueur; il tranche la tète de Kaiphas, l'attache K sa selle et repasse le fleuve.

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