FRAGMENT DE LA CR0N1CA ALPONSI VI
(Voy. page 203.)
(Çité dans Wolf, Studicn, p. 186, 497; en partie dans Dozy, Recherches, t. 11, p. 218; dans Damas-Hinard, Poème du Cid, p. xv; dans tous d'après Fierez, Bspafta sagrada, t. XXI, p. 405).
Nous avons traduit les seuls vers qui se rapportent à notre sujet dans le morceau qui suit: mais, comme ce morceau est très-important pour l'histoire poétique du Cid et qu’il nous semble avoir besoin de corrections, nous le donnons ci-dessous avec quelques rectifications. Nous nous étonnons que tant de savants distingués aient reproduit ce texte sans y rien changer ; il choque en plusieurs endroits le sens et la mesure :
Audio sicdici, quod et 1 Alvarus ille Fanici Hismaelitarum gente3 domuit, nec earum Oppida vel turres potuerunt jam 1 stare fortes :
Fortia franpebat, sic fortis illo premebat!
Tempore Holdani si trrtius Alvarus esset Post Oliverum, fateorsine crimine verum *,
Sub juga Francorura fuerat gens Agarenorum Nec socii chari jacuissent morte perempti;
Nuliaque sub cœlo melior fuit hasta sereuo :
Ipse Roderions, mio Cid sæpe 4 vocatus
De quo cantatur, quod ab hostibus haud superatur,
Qui domuit Mauros, comités domuit quoque nostros,
Hune extollebat, se laude minore ferebat.
Sed fateor verum *, quod tollet nulla dierum,
Meo (’idi primus fuit, Alvarus atque secundus Morte Roderici Valentia plaugit amici,
Nec valuit Christi famulis ea plus retiiieri 6.
• Edd. est, ce qui ne peut aller ni avec le vers ni avec la phrase.
3 Les édition* ne donnent pas jam, nécessaire pour le ver» ; il est vrai qu’alow stare doit avoir l'a bref ; mais pareille chose est admissible dans la poésie de ce temps.
* Edd. rerum, qui n'a pas de sens.
♦ Edd. aemper ; on ne peut admettre une si grossière faute contre la mesure. D'ailleurs satpe convient beaucoup mieux que semper. M. du Méril avait proposé usque.
4 Edd. viru m ; M. Dozy lit cirûtn, et traduit
parmi le» héros. C’est la même locution que plus haut, où elle est aussi déügurée, fattor verum.
* Edd. AVc valuit Christi famulus ea plus rstinere. M. Doiy a conjecturé eam ; on voit qu'il n'accorde pas au chroniqueur les notions élémentaires de la versification. M. Damas-Hinard propose voluit et retineri ; il est vrai que de la sorte on obtient l'assonance que présentent tous les vers ; mais le sens est loin d «tre satisfaisant. La leçon que nous adoptons nous semble ne pouvoir faire doute.
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(Vojr. page 217.)
Nous avons déjàdit plus liant (page 94) que Girard d'Amiens, dans le troisième livre de son Charlemagne , invoque l'autorité de saint Léon, qui aurait raconté la guerre d'Espagne dans des décrets authentiques (voyez, le passage même ci-dessus, p. 482). Cepe.ndant son récit ne contient rien qui ne se trouve dans Turpin, et aucun autre teste ne parle de ces prétendues décrétales de saint Léon. Girard a sans doute entendu le pape Mon III, contemporain et ami de Charlemagne, et s’est avisé de son chef de le prendre pour garant de ce qu'il raconte. 11 en a fait autant pour les chroniques d' Aix (voyez ci-dessus, p. 478) où il dit avoir puisé tout ce que ne lui fournissaient pas les chroniques de Saint-Denis.
Le Pulci, dans son Morgante Maggiore, prétend souvent s’appuyer sur l'autorité d’Alcuin ; et comme il suit généralement les Reali di francia, on a pensé qu'il les attribuait plus ou moins sérieusement à Alcuin. Cependant dans le dernier livre de son poème il fait successivement prononcer l'oraison funèbre de Charles par deux panégyristes, l'un clerc, Alcuin, l'autre jongleur, Lattanzio ; ces deux orateurs racontent chacun une vie toute différente de leur héros ; l’un suit l'histoire, l'autre au contraire ne fait que donner un résumé des Reali (voyez ci-dessus, p. 181) ; mais c'est Alcuin qui fait le récit historique, c'est Lattanzio qui débite les fables populaires. Dans la pensée de Pulci, Alcuin représentait donc l'histoire réelle de Charlemagne; il est très-possible qu'il lui ait attribué la I ita Caroli Magni d’Eginbard ; cette confusion a été faite plus d'une fois au moyen âge; Albéric des Trois- Eontaines, entre autres, citant (fol. 33 v° B, s. a. 780) un passage d'Eginhard, le fait précéder de ces mots : Sequltur secundum Alcuinum.
Ce qui est plus difficile à expliquer, c’est la phrase que nous avons citéi page 50 d'après un manuscrit d’Eginhard du onzième siècle : Reliqua acluum ejus gesta, tel quæ de eo in carminibus canuntur, hic non pleniter deseripta,sed require in citaquam Alçhuinusde eo scribit. Courait-il donc au onzième siècle, sous le nom d’Alcuin, une histoire de Charlemagne compilée en latin d'après les poèmes populaires? Le faux Turpin et le faux Pbilomena avaient-ilseu un prédécesseur? C'est peu probable, vu l'absence complète de toute autre trace d’un semblable ouvrage. Cette phrase reste pour uous une énigme ; ou plutét elle prouve seulement chez celui qui l’a écrite le besoin de justifier l'absence, dans la fie de Charlemagne qu'il venait de copier, des récits consacrés par la poésie ; à ce titre et vu sa date, nous avons
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signalé son intérêt. L’auteur aura sans doute purement etsimplcment attribué à Alcuin ce qui ne se trouvait pas dans Eginhard, parce que c'étaient les deux clercs les plus célèbres de l’entourage de Charlemagne.
Nous ne croyons pas davantage à l’authenticité de l’écrit que sembleraient indiquer ces vers de la Chanson de Roland (str. CLV111 ) :
Ço dist la geste et cil ki el camp fut,
Li ber seins Gilie por qui Deus fait vertuz,
E list la chartre el muster de Loüm :
Ki tant ne set ne l’ad prud entendu!.
Ce passage complètement isolé, auquel rien ne se rapporte dans tout le poème, nous semble une interpolation évidente. Ce soupçon se confirme par la mention de Laon (cf. ci-dessus, p. 22, 568) et par certaines particularités de versification qu’il serait trop long d’exposer ici. Quoi qu’il en soit, il existait une tradition qui plaçait pendant l'expédition d’Espagne l’entrevue de saint Gilles et de l’empereur (voy. ci-dessus, p. 379) et représentait le premier comme ayant séjourné au camp; cette tradition se retrouve, si nos souvenirs ne nous trompent pas, dans Tristan de Santeull; elle a servi pour ainsi dire de point d’attache à l’auteur de ces vers. M. Bormans, dans une note de son livre sur les rédactions tioises du Roland (voy. ci-dcssus, p. 137), a présenté sur ces vers des hypothèses qui ne sont pas admissibles.
11 n’est pas facile de dire précisément à quelle époque furent fabriquées les histoires de llanco Forteman, Sulco Forteman et Occo, dont parle Suffrid Pétri dans son livre de Scriptoribus Frisiæ (Francfort, 1619), p. 45, 49, 52 et pass. Ces prétendus auteurs frisons, contemporains ou peu éloignés de Charlemagne, avaient été recueillis par Andréas Cornélius (1389) quiles transmit à Suffrid Pétri (voyez son livre de Frisiorum antiquitate et origine, Cologne, 1596). Ces histoires rentrent dans la classe des romans patriotiques dont nous avons parlé ailleurs (p. 108). Voyez l’excellente critique d’Emmius, qui réduisit au néant ces misérables fables (De origine atque antiquitatibus Frisiorum, dans sa Rerûm Frisicarum historia, Leyde, 1616).
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ANSÉIS DE CARTHAGE.
(Voj. page J77.)
Ce poëme offre une particularité très-digne de remarque. Voici ce qu'il raconte en commençant : Charles a laissé auprès du jeune roi Anséis, pour l’aider à gouverner l’Espagne, un sage et puissant baron, Isoré de Coninbre; celui-ci parle de la beauté et du courage d Anséis à sa fille, qui s'en éprend aussitôt. Anséis envoie Isoré comme ambassadeur auprès de Marsile, en Afrique; pendant son absence, sa fille vient à la cour, et quand Isore revient de sa mission, il apprend que le roi l’a di shonoré. Furieux, il se rembarque pour l'Afrique, otfre à Marsilc son alliance, et le ramène en Espagne, avec une immense armée de Sarrasins, pour se venger de l'outrage que lui a infligé Anséis (voy. Ilist. lit., t. XVI).
On ne peut méconnaître la parenté de ce récit avec, la célébré légende du roi Rodrigue et de Florinde, ou la Cava, la fille du comte Julien. Julien est en ambassade en Afrique, comme Isoré, quand le roi d’Espagne séduit sa fille ; il revient de même, apprend l'insulte qu’on lui a faite, et repart chercher de l’autre côté de la Méditerranée des vengeurs chez les infidèles. i.a principale différence est dans le caractère de la jeune fille ; la plupart des traditions espagnoles veulent qu'elle ait été violée ; cependant le surnom injurieux qui lui est resté semble indiquer une autre version où elle était plus coupable ; et on voit en effet des romances où elle se laisse très-facilement séduire.
Le plus ancicD auteur espagnol qui rapporte cette histoire est le moine de Silo (fin du onzième siècle et commencement du douzième; voy. Florcz, Espana tagrada, XVII, 278). 11 est fort probable que, racontée plus ou moins confusément à un Français, elle aura servi de base au poëme d’Anséis, qui se déroule ensuite à travers une longue série d'aventures beaucoup moins originales. Cet emprunt en France d’une tradition espagnole méritait d'être signalé.
Au reste le poëme d 'Anséis de Carthage appelle une étude ; on s'est borné à en donner des analyses plus ou moins rapides ; il soulève diverses questions intéressantes. Par exemple il y a deux rédactions tout-à-fait différentes; ou ne s'est jusqu'à présent occupé que d'une.
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