AGOLAND ET LES PAUVRES DANS TURPIN
(Voy. p»gc 292.)
CaputXIV. Pe ordinibus qui erant in co nvMo Carnli et de pauperibv» ; unde Jlgolandus scandalum sumpsit et renuit baptizari.
Crastina vcro die circa horam tertiam, data treba eundi et redeundi, venit baptizandi causa Aigolandtis ad Carolum prandentem, et mensas multas circa eum paratas, disenmbentesque, quosdam hahitu militari indutos, quosdam habitu monachali atro tectos, quosdam canonicali habitu allai indutos, quosdam clcricali habitu tectos ; interrogavit Carolum de unnquoque ordine cujusmodi gens erat ; eui Carolus inquit : « Quos vides unius coloris indutos, episcopi et sacerdoles nostræ legis sunt, qui nobis legis præccpta eiponunt, et a pcccatis absolvunt, et benedictionem nobis dominicain tribuunt. Quos habitu atro vides, monacbi et abbates illi sancliorcs sunt, qui dominicam majestatem semper pro nobis implorare non cessant Quos habitu candido vides, cauonici regulares dicuntur, qui meliorem sæcularium sectam tenent, et pro nobis similiter implorant, et missas matutinas et horas domioieas decantant. » Intcrea videns Aigolandus in quadam parte duodecim pauperes miserrimo habitu indutos ad terram residentes, sine niensa et linteaminibus comedentes, parvo cibo et pane utentes, interrogavit cujusmodi essent. At ipse Carolus ait : « Ha c est gensDei ; nuntii domini Jcsu Christi, qui sub numéro Xll aposlolorum Domini per unumquemque diem ex more pascuntur » Tune Aigolandus respondit : « lli qui circa te sedent felicessunt, et tui sunt, et féliciter coinedunt etbibunt etinduuntur;illi vero,quosDei tui omuinoesse dicis,etnuntios Dci esse asseris, curfame pereunt et male vestiuntur, et longe a te projiciuntur, et tur|>iter tractantnr ? Male Domino suo servit, qui sic nuotios ejus turpiter recipit; magnam verecundiara Domino suo facit, qui ejus famulis ita servit. Legem tuam, quam dicebas esse bonam, nunc ostendis falsam. » Et accepta liccntia ab eo, rediit ad suos, et baptizari renuens mandavit ei crastina die bellum. Tune Carolus intelligcns quod propter pauperes, quos male viderat tractari, renuit Aigolandus baptizari, omîtes pauperes, quos iu exercitu invenit, diligenter procuravit optime indui, et cibum et potum bonuriflee itlis ex more præbuit.
( Ed. Ciampi, p. 32-33.)
APPENDICE
LA CHRONIQUE DE WEII1ENSTEPHAN.
(Voy. p«*« SM.)
Par une distraction singulière, nous avons oubliéde donner au chapitre VIII du livre 1" les renseignements nécessaires sur ce document souvent cité. C’est une histoire de Charlemagne, en prose allemande du quinziéme siècle, dont le manuscrit, actuellement à Munich, appartenait auparavant à l'abbaye de Weihenstephan ou Saint-Étienne en Bavière. Le texte original était du quatorzième siècle, maison ne l'a pas retrouvé. Cette curieuse compilation repose en partie sur la tradition orale, plus spécialement bavaroise (comme dans le passage, cité p. 234), en partie sur Turpin et quelques autres textes latins, mais surtout sur un récit, demeuré jusqu'à présent inconnu, de la jeunesse et de diverses aventures de Charlemagne, récit auquel le Stricker semble avoir aussi puise quelques pages qu'il a mises comme introduction à son Karl. Les huit premiers chapitres de la chronique de Weihenstephan, et t’analyse sommaire des autres, ont été publiés par von Arctin, dans son livre intitulé : Très-ancienne légende sur la naissance et la jeunesse de Charlemagne. On trouve à Y Appendice de cette publication l’extrait d'un chroniqueur allemand du quinzième siècle, Ulrich Fütrer, qui a paraphrasé à la mode de son temps le récit de la vieille chronique.
C'est par erreur, page 244, que nous avons attribué au Stricker certains traits relatifs à l'histoire de. Mainet, qui ne figurent en réalité que dans la chronique; cette erreur est d’ailleurs sans importance, puisque les deux textes avaient la même source, et que c'est à celle-ci que s'applique le jugement porté. La seule différence consiste dans quelques détails supprimés dans le récit abrégé de Stricker.
VPPENDICE.
LE CHF.VAGE DE L’ANGLETERRE.
( Vot. page 193.1
Ce vers, où il est dit de l’Angleterre que Charles Ad oes saint Pcre en cunqtiist le rhevage,
nous semble contenir une allusion fort précieuse. Le cherage ou impôt de capitation payé par l'Angleterre à saint Pierre n’est pas une invention de la poésie. C’était Canut le Grand qui, au commencement du onzième siècle, l’avait institué; on lit dans l’article XII de ses Lois : « Kmn-feth, id est Romar census, quem beato Pctro, singulis annis, reddendum, ad laudem et gloriam Dei régis nostra larga henignitas semper instituât, in festo S. Pétri reddatur (Aug. Thierry, Histoire de la Conquête de F Angleterre I éd Fume, 1838, in-8°), t. I, p. 225). » On appelait encore ce tribut Rome-skeat, et il parait qu'il avait primitivement été établi par les rois anglo-saxons, après leur conversiou au christianisme; on l'avait supprimé au neuvième siècle, et Garnit n'avait fait que le restaurer. On l'abolit de nouveau après l'expulsion des Danois, malgré les réclamations et les protestations de la cour de Rome. Quand Guillaume le Bâtard voulut faire valoir ses prétentions sur la couronne d'Angleterre, il intéressa le saint-siége à sa cause eu promettant de rétablir le denier de Saint-Pierre dan,- le royaume qu'il allait conquérir. On sait aussi quel appui lui prêta Alexandre III : l’étendard de Saint-Pierre et la bénédiction qu il lui envoya lui valurent une armée. On parlait donc beaucoup, à ce moment, de ce cherage de Saint-Pierre ; le vers cité doit remonter à cette époque; il est même fort probable qu'il fut intercalé par quelque compagnon de Guillaume; n'est-ce pas une raison de plus pour croire que la rédaction où il se trouve est essentiellement la même, que celle qui fut chantée à la bataille d'Hastingsî
APPENDICE
JACQUES D’ACQUJ.
(Vot. page SIS6.)
Nous avons connu trop tard pour ou parler dans notre premier livre, l'édition complète de ce chroniqueur qu'a donnée M. Avogadro dans le tome III des Monumenl-a Ilistorix Patriæ (Turin, 1848, in-folio). Moriun • dus, dans ses Monument» Aqutntia (Turin, 1789, in-4°, t. 11, col. 198 ss.), n'avait publié que les passages relatifs à la guerre de Lombardie. Jacques d'Acqui vivait à la tin du treizième siècle; il a écrit une Chronique du Monde assez insignifiante au point de vue historique, mais qui nous offre plus d'un trait précieux. Nous en avons cité plusieurs (p. 332, 333, 340, 358, 368). En voici encore quelques-uns.
Au portrait de Charlemagne, qu'il emprunte à Turpin, il ajoute le curieux morceau que voici : « Haro carnaliter reginam eognoscehat, nisi hoc aliquando amore prolis generanda*, velut regine redderet debitum ; de muliere aliqua non curavit, nisi de regina. » Voilà qui contredit assez l'opinion la plus générale sur les mœurs de Charlemagne; dans ce qui soit au contraire elles sont l'objet d’une grave accusation : « Aliqui tamen locuti sunt multa de eo de duabus filiis suis pulclicrrimis, quia post mortem regine nimis stabat cum eis et nunquam voluit eas maritare, diccns quod non possum absque cls; et semper quando equitabat illas voluit habere sccum, et de hoc a multis scrmo fichât omnino (col. 1493). »
Il donne, comme nous l’avons dit, un récit très-vague de l'expédition d’outre-mer; il raconte de nombreux combats entre païens et chrétiens autour d’Antioche, et prétend qu’une colonie de Français s’établit en Terr. - Sainte, et que les Cruisés j retrouvèrent leurs descendants. Il termine son récit en disant : « On raconte que le roi Charlemagne fit outre-mer beaucoup d’exploits et de merveilles; on ne les trouvera pas ici, parce que je n'ai pu en avoir une connaissance exacte; des que je l'aurai, j'entends tout écrire en son lieu (I5U2). » Il parait qu’il ne trouva pas les documents qu’il cherchait.
« Après que Charles eut été couronné empereur, Dieu lui inspira, dit Jacques d'Acqui, d’expulser de toute l'Europe les Sarrasins et les infidèles Car à cette époque les Sarrasins occupaient toute la Galice; ils avaient de fortes positions en Angleterre, en Gaule, en Bavière, en Turingc et en Bourgogne ; ils possédaient une grande partie de l'Italie où comman-
dait le duc Marc, grand et puissant prince des Sarrasins. Quelques-uns
APPENDICE
disent, dans leurs histoires, que ce duc Marc ne fut pas Sarrasin, mais païen (1502). »
Nous avons rapporté (p. 366) le dénoûmcnt de l'expédition de Charles contre ce duc Marc. En voici la première partie dans le texte même du chroniqueur italien. Nous n’avons pu nous orienter dans la double géographie qu’il expose. On remarquera l’épisode d'Otonel, qui offre de très-grands rapports mais aussi plusieurs différences avec notre petit poème d'Otinel- « Descendit imperator in Lombardiam ubi habitahat dux Marchus, ad quem confugerant multi expulsi per imperatorcm in valle Scribie 1 ; ut dicitur ab ystoriographis supradictis, ubi modo dicitur Ptebis Inverni fuit quedam magna rivitas paganorum, nomme Aty lia, hahens castrum in capite ubi dominus et dux contratc morabatur, quod castrum vocabatur Montis Miliantls, et modo dicitur Precipianum, infra autem erat alia rivitas nomme Alba spetia vcl ut alii dicunt Alba Petra, que modo dicitur Tertona, et banc ctiam predictus paganus dux Marchus tune cum tota raontana preoc-
cupabat per magnum tempus et tenebal Tanagrum tune vocabatur
flumen Sylopp, et Frascbeta dieebatur Silva Danea. Transit Karolus Magnus (lumen Sylopp. et vadit potonter ad quendam montetn ubi Sarraceni hahitabant, in loco ubi nunc dicitur Mons Cattri, et ilium locum aggrediens Sarraccnos statim omnes inde fugavit, et ibi super flumen Sylopp magnum ponlem fecit, ut de loco illo facere posait offensionem duci Marche et paganis qui habitahant in locis et montibus supradictis. Krat enim in loco ubi modo est castrum Serratalli quedam custodia que vocabatur caput silve Dance, et ex alia parte quasi in opposito illius alia custodia que vocabatur custodia Hospinclli, qui Hospinellus fuit magnus paganus; et circa ista loca morabatur iilius ducis Marchi supradicti, nomine Flambador, miles potetis, qui cum quingentis militibus totarn iltam contratam custodiebat contra christianos. In silva Danea, que modo dicitur la Frascbeta, erat raaxima multitudo bestiarum et porchorum, et condcinpsam (?) arboribus ad ven&tionem, et in ipso saltu predictus Flambador preliabatur cum militibus Karoli Uagni predieti, et aliquando vmeebat et etiam ipse vinccbatur *.
Stante sic guerra inter imperatorem Karolum Magnum et ducem Marchum regem magnum paganorum, accidit Holandum, pugnatorem magnum, nepotem Karoli, prieliari cum Flambador, filio predieti ducis Marchi, et in isto prelio cecidit cl capitur quidam juvenis paganorum gigas, nomine Ottonellus, de civitate Atyllia supradicta, et per Holandum docetur de fide christiana, et baptizatus factus est socius Holandi et etiam cognatus, cui Kolandus dédit suam sororem, nomine Bcllissaut, in uxorem, et positus est Ottonellus in numéro XII pugnatorum. Post hoc autem factum est prelium magnum christianorum et Sarracenorum circa medium loci Crémone et Brixie in Lombardia, et in illo prelio fuerunt inter alios pugnalores
Jacquet d’Acqoi ne parle pat de cette vallée et de ce qui a'y était paué. Parmi cea fugitif» figurait tant doute cet Anselme de Moule dont il parle plut loin ( voyez ci-dessus ,
p. 366, note 3). Tout ce récit semble tronqué.
* Ici t'intercale une anecdote tur une tour appelée Mox-AIag\atri et tur ce qui lui vaiut ce nom.
APPENDICE
Rolandus et Octonellus de Atyllia cognatus suus, et ibi debellatis Sarracenis, in maiimo furore belli sibi appropinquant Rolandus et Octonellus ; unus autem non eognoscebat alium, et cum diu inter se pugnassent, dure et mortaliter Rolandus percussitOctonellum; qui Octonellus damans dixit : Aut tu es diabolus, qui me percussisti, aut tu es Rolandus. yuod audicns Rolandus, et cognoscvns tn voce cognatum suum. ilium elevavit, et porta tur ad villarn ibf propinquam. Quid accidil? non potest curari, scd ut vcnit uior sua Uellissant non potest sibi loqui et moritur; et statim post ilium uxor sua moritur dolore, et ambo simul sunt ibidem sepulti in ecdesia ville illius nominis inter ISrixiam etCremam, et in pulcro positi monumeuto et decenti {col. 1.102-1305). »
Vient ensuite le récit de la chasse où Charles se fit prendre par Flarnbador, de sa délivrance par les douze pairs et de sa victoire definitive.
APPENDICE