LA LÉGENDE DE CHARLEMAGNE EN FRANCE
La nationalité française se constitua au neuvième siècle par la formation d’un royaume spécial pour une branche des Carolingiens, et reçut au siècle suivant le couronnement de la forme hiérarchique qu’elle avait revêtue par l’adoption d’une nouvelle dynastie royale. Au moment où s’opérait ce grand travail, se forma aussi la langue française : si l’on compare entre eux les deux plus anciens monuments de notre idiome, les Serments de 842 et la cantilène de sainte Eulalie, séparés par un demi-siècle à peine, on est surpris des immenses progrès accomplis dans cet intervalle. « Il semble, a dit M. Diez, que le dialecte français, devenu langue nationale par le partage de l’empire, ait rapidement pris la conscience et l'initiative de son développement, à peine en germe dans les Serments '. » L’art chrétien, qui devait arriver dans l’ancienne Neustrie à sa forme définitive, se dégageait en même temps des liens de l’imitation dégénérée et s'acheminait par des tâtonnements successifs vers la belle période romane. Peu d’époques sont plus désolées et en apparence plus stériles que celle qui s’étend de Charles le Chauve aux croisades ; il en est peu cependant qui aient été plus fécondes, qui aient exercé sur les temps suivants une plus durable influence.
Ce fut aussi dans cette période que la poésie française sortit de l’état rudimentaire où nous l’ont montrée les cantilènes héroïques, et s’éleva à l’épopée. Elle se constitua naturellement sur la base des souvenirs qui étaient alors les plus vivants dans les masses, et que consacraient les chansons de l'âge précédent. Ces souvenirs étaient ceux qui se rattachaient à Charlemagne, qui retraçaient les splendeurs de son règne et la gloire de sa personne.
Ce n’est point ici que nous avons l’intention d’exposer les causes
* AUromanische Sprachdenkrtuile, p. 16.
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