I.ES SOURCES
Au quatorzième siècle, ce système est complètement établi. L’auteur de Doon de Mayence nous dit au début de son poème :
Bien seivent !i plirsor, n'en suis pas en doutanchc,
Que ii n'eut que .Ut. gestes u rcaumc de franche :
Si fu la preméraine de Pépin et de l ange.
L'autre après de l'.arin de Monglane la franche,
Et la tierclie si fu de Doun de Maience.
(V. 3 et suiv.)
Ce fut la troisième geste, nous l’avons dit, qui se constitua le plus tard, et qui fut aussi le plus complètement l’ouvrage des arrangeurs. La geste du Roi était tout naturellement indiquée; celle des Provençaux s'appuyait sur une réalité historique et poétique; celle de Doon de Mayence joua un rôle qui dans toute classification échoit à une catégorie quelconque ; on y mit un peu pêlemêle tout ce qui ne rentrait pas dans les deux autres. Le noyau originaire de cette famille, c'étaient les quatre grands représentants de la lutte féodale, Beuve d'Aigremont, Aiinon d’Ardenne, Doon de Nanteuil et Girard de Roussillon avec leurs enfants ; on y rattacha tous les vassaux rebelles, et on arriva, en donnant à Doon de Mayence douze fils, à embrasser à peu près tout le cercle des traditions poétiques '. Dans ces douze tils on comprit Griffon d'Hautefcuille, père de Ganelon, aïeul de tous les traîtres ; l’auteur de Girart de Viane connaît déjà leur parenté avec les héros de la geste de Mayence et cherche à expliquer leur félonie par l’excès de leur orgueil, qui les perdit comme il avait jadis perdu les anges. Cependant on trouve des traces de tentatives faites pour constituer une quatrième geste, et séparer nettement les traîtres, ennemis perpétuels et perfides de Charlemagne, d’avec les vassaux simplement rebelles, mais le plus souvent fondés en droit et finissant d’ailleurs par une franche réconciliation. Nous avons vu Mousket faire des traîtres une race à part ; d’autres poètes agirent de même *, et cette conception passa en
1 Cela même ne suffit pas; les remanieurs d’anciennes gestes ne trouvèrent pas moyen d’intercaler tous leurs héros dans la descendance de ces douze fils ; ils y ajoutèrent douze filles :
Doon ot XI! fieux de sa femme en^cnret.
Et « ot autant de fille# où moult ot de biauté# ;
De l'une de ces fille* y#«y en Tenté Cieux de qui che roman: d'Amtilei est fondé#. [Jourdain de Bltvje du quinzième siècle, dans Heiffcuberg, Phil. Mousk.t 11, CCLVII.)
1 Les auteurs de Guidon , de Parité la Duchés te, d ’Aye d Avignon , de Gui de