‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 36 sur 246 · U VUE PREMIER · texte numérisé non relu

U VUE PREMIER

l'origine dans la plupart des poèmes provençaux ; la gloire de Guillaume au court Nez éclipsa tellement par la suite celle de ses prédécesseurs qu’on reporta au temps où on le faisait vivre, c’està-dire sous Louis le Pieux toutes les guerres que la tradition primitive mettait à l’époque de Charlemagne. La conquête de Narbonne se termine par le don que l’empereur fait de la cité à celui qui a le plus contribué à la prendre ; il en devait être ainsi pour les autres villes conquises sur les païens. Or parmi les enfants d’Aimc’ri nous en remarquons un qui porte le nom d'une ville que bien des traditions diverses s'accordent à faire prendre par Charlemagne: c'est Ernaud de Girone; nous avons déjà montré plus haut que les Sarrasins l’avaient assiégé-dans sa cité, trèsprobablement celle qu’il leur avait enlevée ; et si on considère enfin que ceux qui l’v assiégeaient étaient précisément ces fils de Borel qui figurent dans notre fragment , on regardera comme très-vraisemblable que la chanson de geste originale avait pour sujet et sans doute pour titre ta Prise de Girone.

Nous avons insisté trop longuementpeut-ôtre sur le fragment de La Haye. Ce qui nous y a décidé, c’est qu’on n’avait pas encore remarqué son intérêt pour l’histoire poétique et que cet intérêt nous semble capital. Qu’on adopte ou non notre opinion sur l’origine provençale des traditions qu’il suit, il nous montre les chansons de gestes constituées dès le dixième siècle, époque où il a été écrit. Déjà les souvenirs de la délivrance des provinces méridionales étaient poétiquement fixés; déjà, et c’est là le plus remarquable, ces souvenirs, qui se rapportent en réalité à l’époque de Charles-Martel, avaient été groupés autour de Charlemagne. Les héros de cette lutte nationale étaient choisis ; les ennemis avaient leurs noms, et tout nous permet d’affirmer que la forme épique elle-même était déjà déterminée.

Si ce que nous avons dit plus haut sur l’épopée provençale n’a pas semblé dénué de fondement, il y a lieu de s’étonner de sa disparition complète. Seul, lo Girard de Roussillon nous permet de reconnaître scs principaux caractères ; le Fierabras n’est, comme on le sait, qu’une traduction ou plutôt qu’un calque servile du français. Nous croyons pouvoir attribuer à la désastreuse

• Au reste, d'autres traditions taisaient (branche IX), et son récit suppose évivivre Guillaume sous Charlemagne. C’est demment d’autres poèmes qui avaient la la version de la Karlamagnùs ■ Saga même donnée.

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