LES SOI H CES
guerre des Albigeois la perle d'un grand nombre de poèmes provençaux ; il est certain qu’on détruisit alors beaucoup de monuments de la langue d’oc; ceux de la langue d'oïl, à l’abri d’une semblable catastrophe, se conservèrent mieux. Toutefois cette raison ne suffit pas à expliquer l’oubli où semblent tombés de bonne heure les anciens poèmes provençaux ; il faut admettre de la part des Provençaux eux-mêmes une grande négligence de leurs traditions poétiques. Nous pensons que cette négligence a eu pour principale cause le développement de la poésie lyrique; les troubadours élégants dédaignèrent la poésie populaire comme le firent plus tard leurs imitateurs en France et en Allemagne. Seulement les poèmes provençaux n'étaient sans doute pas aussi profondément entrés dans le cœur du peuple que les poèmes français ou allemands; peut-être aussi leur forme était-elle moins en état de les conserver que celle de ces derniers, exposés seulement plus tard à la terrible concurrence de la poésie courtoise. Ce fut de France que les Provençaux reçurent leurs poèmes ; presque toutes leurs allusions se rapportent à des chansons qu’ils ne connaissaient peut-être qu’en langue d’oïl, ou dont les originaux étaient français1 * 3 * *; ils accordaient eux-mêmes à leurs voisins du Nord, dans la poésie épique, la primauté qu’ils réclamaient dans la poésie lyrique*. Quoi qu’il en soit, et pour une raison ou pour une autre, l’épopée provençale a péri, et ne s’est conservée qu’avec de graves altérations, des lacunes considérables et des interpolations énormes dans le cycle que les jongleurs français ont rattaché à Gnrin de Monglane.
En effet nous ne pouvons espérer retrouver la tradition provençale dans les deux monuments bizarres dont il nous reste à parler. Le plus ancien est la Vie de saint Honorât, composée en 1300 par Ramon Fcraud, moine de l’abbaye de Lérins *. Ce trouba-
1 Voyez la liste donnée par Fauriel /. Franck, 1858) : « La parladura francesca Les Provençaux faisaient comme les Al- val mais et es plus avinenz a far romani lemands; ceux-ci, en effet, méprisaient et pasturellas; mas cella de Lemosiu val profondément leurs poèmes nationaux, mas per far vers et causons et serventes qui nous ont été heureusement conser- (p. 7!).»
vés, et trouvaient, au contraire, les poé- 8 Ms. de la Bibl Impér. La Val. 152, mes français fort dignes d'éloges et d’imi- XV* s.; fr. 1350Î), XIV* s.; fr. 2098, talion. ' XVI* s. M. Fauriel indique le ms. fr.
3 Itamon Vidal dit par exemple dans 79S8, mais il contient tout autre chose,
sa Dreitn matdeira de trobar (Guessard, Nous nous sommes servi du ms. La Val-
encienne* grammaires provtnçaJes, Paris, lière. Des fragments ont été publiés, tra-