‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 38 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

SR

dour1 nous dit dans son prologue qu’il traduit un oridnal latin, apport!'' de Rome à Lérins par un moine, et qui ne contient que la vérité pure. Il existe en effet une vie latinede saint Honorât, qui a été imprimée à Paris, chez Petit, en tait. Nous n’avons pu voir cette Vie, que les Bollandistes déclarent pleine des fables les plus puc'riles * ; mais la Bibliothèque de Lyon en possède une traduction provençale qui paraît exacte. Nous avons sous les yeux les rubriques de cette traduction ’, et el'es ne contiennent rien qui *e rapporte à Charlemagne k. Tous les récits qui le font intervenir, dans le poème de Ramon Feraud, sont donc du fait de cet auteur, et il n’a pu les intercaler que par un incroyable anachronisme. Se fondent-ils, comme le pense M. Fauriel, sur des chansons de gestes en langue d’oc? Ramon nous dit dans son prologue qu’il a lu, pour écrire son livre, plusieurs romans, entre autres la sainte geste de la Itataillc gui fut en Honcevautr . Il est à présumer que ces romans étaient provençaux, car rien n’indique d’une part que l'auteur ait eu connaissance du français, et d’autre part les quelques récits qu’il leur emprunte diffèrent notablement de ceux des poëmes en langue d’oïl sur le même sujet. I! y aurait donc eu, vers la fin du treizième siècle, des chansons de gestes provençales encore existantes; le fait est surprenant, mais il paraît difficile de le révoquer en doute. D’ailleurs les récits de

duits et commentas par M. Sardou (ta qui sont la Vie de saint Alton, un ou- Vie de saint Honorât, Paris, Janet, 8. d. vrage didactique sur le Compost, un lai (1858), in-8°). sur la passion, et une chanson ou plainte

* M. Kauriel lui a consacré une notice sur la mort du roi Charles ( E del rvy dans Y Histoire littéraire (XXII, 236). mais Karlle play sa mort en la ronron ) ; cette elle est pleine d erreurset d'inexactitudes. dcrniorecomposition devient pour M.Fau- II dit d’abord que « c’est l'auteur qui riel un roman sur la mort de CharJenous a appris de lui tout ce que nous en magne, tandis que c‘est très-probable savons.» Il est bien étonnant que Fauriel ment une lamentation ou planh sur la n’ait pas connu la notice de Nostredame mort de Charles d'Anjou (1285;. L’anasur Ramon Feraud (elle est donnée tout lyse de quelques épisodes de la Vida de au long dans Sardou, /. /., p. vi). Il an- sont Honorai, par Fauriel, est aussi trèsrait appris dans cette notice que Ramon infidèle.

composa son poème en f3üû, et qu’il le * AA. SR. 16 J an., fabulis et délira dédia à Marie, reine de Naples, femme mentis conferta. de Charles II, et non à Marie, femme de * Nous tes devons à l'obligeant do Pierre III d’Aragon; au reste, le poème M. Paul Meyer, qui nous a signalé ce lui-même aurait dit l’instruire là-dessus, manuscrit.

puisqu’elle y est appelée filin de rey * Le premier chapitre dit d'ailleurs exd'Ongria , qualité qui ne convient qu’à pressérnent que saint Honorât /tarit e Marie de Naples. — Dans son prologue, nasquet en 428 ou 430 apres J.-C., sous Ramon parle de ses ouvrages précédents, les empereurs Théodose et Valentinien.

LES SOUHCES.

Ramon sont trop altérés pour qu’on puisse s’v fier; ils sont remplis de confusions qui doivent être mises sur le compte de Feraud et qui ne peuvent être attribués aux originaux qu'il avait lus Quelques faits se détachent pourtant de tout cela et peuvent être pris en considération pour l’histoire poétique de Charles, si on ne les regarde que comme d’assez douteuses variantes.

On peut encore moins accepter les récits d’un autre ouvrage provençal, qui a plus d’un rapport avec la chronique du Psetido- Turpin, mais qui lui est bien postérieur. C’est le récit Des gestes de Charlemagne devant Carcassonne et Narbonne, attribué à un prétendu Philomena, qui aurait été secrétaire de Charlemagne. On a beaucoup discuté sur la date de cet ouvrage; les bénédictins l’avaient fait remonter jusqu’au dixième siècle *; l'abbé Lebeuf ne le croyait pas antérieur au treizième ’, et ftochegude le déclare du quatorzième *. 11 en existe une traduction latine, publiée par Ciampi *, qui a été exécutée, dit son prologue, par un certain Guillelmus Padtumus, sur l’ordre de Bernard, abbé de la Grasse; or ce Bernard ne peut être que Bernard III, abbé de 1237 à 1253 *, donc, l’original provençal est au moins de la première moitié du treizième siècle1 * * 4 * * * *. Nous ne pensons pas qu’il soit plus ancien, et les quelques arguments qu’on a déjà présentés pour établir ce point 9 se fortifient surtout à nos yeux par le ton et le style du livre ’.

La Bibliothèque Impériale en possède deux manuscrits; l’un 111 remonte au quatorzième siècle; l’autre " n’est qu’une copie faite au dix-septième siècle d'un original qui se trouvait anciennement aux archives de Narbonne et qui est maintenant en Angleterre

1 Ainsi Ramon confond Sibile, fille d’Agoland, avec Sibile, femme de Guiteclin de Sassoigne et plus tard de Baudouin (cf. Wolf, Niederlündische Volktbücher, page dem.), la bataille d’Aleschans, où fut tué Vivien, avec la prise d'Arles par Charlemagne, et o.

* Voy. Histoire fitt t. IV, 211-212; t. VI, 13; t. Vil, 16.

1 Ilist. Acad. Inter., t. XXI.

4 Glossaire oca ionien, p. LUI.

* De gestis Carnli Matjtu ad Can.-asso-

nam et Sarbonarn , Florence, Il ®23, in-8®.

* Bernard Irr fut abbé en Ber-

nard U en 1206, un an seulement, et de-

puis Bernard 1(1 H n’y eut plus h la Grasse d'abbés de ce nom.

’ Rot hegude se fonde, il est vrai, sur la mention de lYvéché de Castres, dont h création est de 1317; ruais voyez ci-dessous.

‘ Voy. Lebeuf, /. /.; Ciampi, Préface, p. Xll.

* Voy. encore sur ce livre Fauriel, dans Ylhstoirc htt ., I. XXII; Die*, Poesie d-'r Troubadours , p. .17.

14 Fr. 2232.

11 Fonds Doat 7, intitulé au dos : « Affaires de France, 81 1-1294. »

11 British Muséum, coté Ad dit. Mss. 21,

on

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