‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 40 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

popularité plus ou moins grande des divers poèmes. Or ce n'étaient pas toujours les meilleurs qui avaient réussi à se maintenir en faveur depuis le douzième siècle. Nous ne retrouvons pas, par exemple, la Chanson de Roland, tout à fait détrônée par la chronique de Turpin, qui a trouvé place et dans la Conqueste du grand Charlemagne et dans Galyen le Rhétoré. On n’a mis en prose ni Asprcmont, ni aucun des Guiteclins , ni les poèmes consacrés à Onillaume au court Nez. En revanche, les plus récentes élucubrations des gesteurs de la troisième période , comme Doon de Mayence , ont été refaites par les arrangeurs, et les anciens poèmes n'ont été admis par eux qu’avec tout le cortège de leurs continuations :/Juon de Bordeaux , Oyier le Danois , Renaud de Montanhan , Amis et Amile, ont passé à la postérité avec toutes les additions qu’ils avaient reçues pendant trois siècles.

Quant aux continuations qui sont l’œuvre originale des prosateurs eux-mêmes, elles se réduisent en somme à peu de chose : on peut leur attribuer des livres comme la Conquête de Trébizonde, Mabrian, Meurvin, Galien, qui ne leur font pas grand honneur, et qui d’ailleurs sont trop étrangers h toute tradition et laissent trop complètement Charlemagne dans l’ombre pour que nous nous y arrêtions ici.

§ TV. — Les Compositions cycliques.

Les différents poèmes dont nous avons jusqu’ici raconté trèssommairement l’histoire générale trouveront leur place dans notre second livre, et nous donnerons sur chacun d’eux les détails qui sont nécessaires pour les apprécier. Nous devons au contraire parler ici de quelques ouvrages ofi on a essayé de réunir les divers poèmes dont Charlemagne est le centre en un seul tout, d’en faire une histoire suivie, d’écrire en un mot la Vie de Charlemagne d’après les chansons de gestes et les légendes. Ces ouvrages toutefois n’ont pas exclu toutes les données historiques; ils les ont tous admises, bien que dans des proportions plus ou moins fortes. Le premier qui nous occupera n’a même cru écrire qu’une histoire, et si les fables dont sa mémoire était pleine se sont introduites dans son récit, c’est pour ainsi dire malgré lui.

1 Ces deuir romans sont des suites n'est peut être qu’une traduction de ride Rnuiud de Muntautjnn. Le premier talien.

LES SOURCES

!' Cet auteur est Philippe Mousket, que nous rangeons ici, parce que la vie de Charlemagne tient dans sa chronique une place tout à fait exceptionnelle, et sort si souvent de la réalité historique qu’elle peut être regardée comme fabuleuse dans son ensemble. Philippe Mousket était un habitant de Tournai, qui a sans doute terminé sa chronique en 1243, l'année même où s’arrête son récit L’histoire de Charlemagne occupe près du tiers de son ouvrage, c'est-à-dire environ dix mille vers. Mousket n’est qu’un rimeur qui n’a aucune vue d ensemble; aussi a-t-il complètement échoué dans sa tentative de concilier l’histoire et les chansons de gestes. Non-seulement la vie de son héros est beaucoup trop courte pour avoir pu contenir tous les exploits qu’il lui prête ; mais encore les deux ordres de faits qu’il raconte sont d'un caractère si différent qu’il ne parvient pas à. les harmoniser, bien qu’il les recouvre également de son style monotone. Il tombe même dans des contradictions qui d'ailleurs étaient à prévoir, mais qui ne le gênent guère * ; il ne se soucie d'aucun ordre chronologique, ou du moins n’arrive-t-il à en conserver aucun, Les chansons de gestes le débordent : quand il en introduit une, l’autre la suit, et il ne sait plus comment reprendre le fil de son récit régulier. Aussi de temps en temps se détermine-t-il à se débarrasser à la fois d’un certain nombre; il fait alors de grandes énumérations de héros ou de conquêtes, sans se demander si elles viennent bien à son propos *. 11 faut cependant lui reconnaître une précieuse qualité : il n’altère pas les textes qu’il cite ; il donne en général des résumés très-üdèles des chansons qu'il rapporte, et pour quelques-unes, que le temps n’a pas épargnées, on peut se fier à ses indications, qui deviennent très-précieuses. On doit aussi avouer qu'il a pour Charlemagne une admiration passionnée qui se répand dans un éloge trop empreint de l'esprit monacal ‘, mai-, qui le soutient un peu au-dessus de son niveau ordinaire quand il raconte les hauts faits de l’empereur.

Les textes que Mousket a connus sont nécessairement antérieurs à 1240, et nous relèverons dans notre second livre le profit qu’on peut souvent tirer de ses allusions ou de ses récits. En dehors des. chansons de gestes et. des documents réellement histori-

' Voy. Hist. tilt., t. XXI, p. 698. 3 V. 463t et suiv., 8426 et suiv., 11974

1 Cf. les vers 4724-5 avec le» vers 3130 et suiv. et suiv. 4 V. 3480 et suiv.

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