‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 41 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ques, il a encore consulté diverses légendes monastiques, telles que la vie de saint Gilles, celle de sainte Amauberge, et d'autres, qui contenaient sur Charlemagne des traits qu’il a ineorjorés à sa compilation. Sa chronique a été imprimée par M. de Reiffenberg avec un grand luxe de commentaires, où se déploie une érudition plus variée que critique '.

2” Le poi'me de Girard d’Amiens est spécialement consacré à Charlemagne, dont il raconte la vie, divisée en trois livres *. 11 semble avoir voulu être historique, et cependant il a admis plusieurs chansons de gestes; il n’a peut-être eu sous les yeux, en fait d’histoire, que les chroniques de Saint-Denis. Il avoue leur devoir le second et le troisième livre ; mais il prétend tenir le premier, qui est entièrement fabuleux, des chronique- d’Aix il cite un autre ouvrage qui semblerait être une falsification analogue à celle de Turpin, mais qui n’est mentionné, à notre connaissance, nulle part ailleurs : ce sont de prétendues décrétales de saint Léon (c’est-à-dire sans doute du pape Léon III), dans lesquelles il aurait raconté l’histoire de Charlemagne et principalement la guerre d’Espagne * ; le troisième livre, et le passage même où il cite cette prétendue autorité, sont néanmoins calqués sur le Pscudo-Turpin.

Le Roman de Charlemagne a été écrit de 1285 à 1314; il est dédié à Charles de Valois *. Il est divisé eu trois livres ; dans lo premier, l’ancienne chanson de Mainet est travestie à la mode du temps; dans le second, l’auteur essaye de donner, d’après les chroniques de Saint-Denis*, une vie de Charlemagne qui u’cst qu’une éternelle succession de guerres racontées sans aucune intelligence et dans un style d’une étonnante platitude ; les seuls morceaux qui aient quelque intérêt sont ceux où l’auteur abandonne l’histoire et emprunte un épisode aux chansons de gestes; il y a certains traits qu’on ne trouve même que chez lui. Enfin le troisième livre fait subir à Turpin la

* Bruxelles, 1836-35,2 vol. in-4®. L’£ditenr avait d’abord vu dans Mousket an évoque de Tournai; il a reconnu son erreur dans le Supplément (Bruxelles, 1845, in-4°).

* Le Roman t/e Charlemagne (Üibl.

lmpér., ms. fr. 778, anc. 7188).

4 Derniers vers du livre 1.

Et ce dist Min* Lyon* qui doüs en en garant Qui de Cballe» *ot bien tous les fez apparani. Par quoi decrez en flst, qui noua est esclemnt Los fez que Cbalkes fis». Traiz est en ce romans.

1 Voy. P. Paris, Mu. français, t. V, p. 149 et suiv.

« Fol. 70.

LES SOURCES

même opération qu’aux originaux des deux livres précédents.

Girard ne mérite pas la confiance que nous avons accordée à Mousket. Il altère les poèmes qu’il a sous les yeux par deux raisons : d’abord parce qu’il a voulu rendre son récit aussi historique que possible et a changé les traits qui ne pouvaient s’accorder avec les chroniques ; ensuite, parce qu’il veut accommoder ses récits au goût de son temps. Or le goût était mauvais et l’écrivain pire encore. 11 appartenait à l'école d’Adenès, dont il prétend dès l’abord continuer la Berte aus gratis piés, et il en exagère tous les défauts sans les compenser par aucune de ses qualités. 11 essaye comme Adenès de soumettre la forme épique à des lois plus rigoureuses : non-seulement il rime avec une exactitude assommante, mais il fait suivre une tirade masculine d’une tirade féminine sur la même voyelle, à l’imitation de son maître ; toutefois cette alternance est loin d'être régulière, et n’est même guère tentée que dans la première partie du poème. Une innovation qui lui est propre, et qui, réunie aux autres, arrive à faire de la vieille forme du Roland , si libre et si rude, la psalmodie la plus uniformément ennuyeuse du monde, c’est de donner à tontes les tirades le même nombre de vers, à savoir vingt; mais il n’a pas mis plus de suite dans ce raffinement que dans l'autre, et il s'en est heureusement lassé assez vite.

L’ouvrage de Girard d’Amiens est inédit et ne sera jamais publié. La Bibliothèque des Romans a donné du premier livre une analyse qui, pour être courte, n’en est pas moins très-infidèle L’auteur de cette analyse a eu certainement sous les yeux, en racontant d’après Girard les aventures de Mainet, le récit assez différent qu’en donnent les Reali di Francia, et il a emprunté à ces derniers divers traits qui ne sont point du tout dans Girard et qui depuis lui ont été attribués *.

3° Quand les vieilles chansons de gestes eurent tout à fait perdu leur vogue séculaire et que la prose eut envahi le domaine de l’imagination, il se trouva des amateurs de poésie chevaleresque qui souhaitèrent de posséder sous cette nouvelle forme les histoires de Charlemagne et de ses plus illustres guerriers. L’un des plus passionnés était Philippe le lion, le célèbre duc de Bourgogne, dont le règne n’est pas moins important dans l’histoire litté-

* Bibl. des Romans, 1777, octobre. donnons à \' Appendice, n“ IV, l'analysa

’ Voyez notre livre 11, chap. m. Non» complète de Uirard.

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