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§ V. — £e» Chroniques.
L’immense mouvement poétique qui se produisit en France autour du nom de Charlemagne ne pouvait laisser indifférent aucun de ceux qui s’occupaient du passé. A une époque où il n > avait pas de critique, il semble même que les chansons de gesteeussent dû faire loi pour tout le monde, et s imposer aux auteur; de chroniques; dans ce ras-là, l'histoire réelle, nous serait peutêtre impossible à reconstruire aujourd’hui, mais notre épopée nationale y aurait sans doute gagné. Il n'en fut pas ainsi : la division établie entre les clercs et la tjml laie, la persuasion où étaient les premiers que toute science était seulement transmissible eu langue latine, le mépris qu’ils faisaient des jongleurs, le; mirent en garde contre leurs récits. Ils souffraient cependant de ne rien trouver dans leurs livres qui ressemblât aux belles choses que racontaient les gestes; aussi accueillirent-ils avec satisfaction la chronique de Turpin, qui leur présentait, revêtues de toutes les garanties d'authenticité qu'ils pouvaient désirer, et écrites en latin, les merveilleuses histoires que jusque-là ils n'avaient pas osé admettre dans leurs compilations. Ueoffroi, le prieur de Yigcois, l’envoyait au clergéde Limoges après l’avoir soigneusement revue : « Je l’ai lue avec d’autant plus de joie, disait-il, que nous avions ignoré jusqu’à présent ces choses, hormis ce que les jongleurs en colportaient dans leurs chansons. » Depuis ce moment, la chronique de Turpin, plus ou moins complète, est insérée dans toutes les compilations; aucun historien ne songe à la révoquer en doute ou à exclure même tacitement la partie que tous, sans doute, regardent comme la plus précieuse de l'histoire de Charlemagne. Il en est de même de la relation légendaire du vov âge de Charles à Jérusalem, insérée aussi régulièrement dans toutes lehistoires successives.
Ces faits n’ont besoin que d’être signalés; mais il n’en est pa.de même de certains cas où des chroniqueurs admettent dans leurs récits d’autres traits fabuleux relatifs à Charlemagne; ce? cas méritent d’être examinés avec plus de soin. Les traits dont il s'agit peuvent provenir ou de légendes particulières, ou de chansons de gestes : nous trouverons des exemples de ces deux hypothèses.
LES SOURCES
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1° Nous avons déjà parlé en général des chroniques écrites peu de temps après la mort de Charlemagne, ou même de son vivant, dans lesquelles on rencontre des traits fabuleux. Ces légendes sont indiquées dans le cours de cet ouvrage, et nous n’avons pas besoin de nous en occuper ici. A mesure qu’on s’éloigne de l’époque carolingienne, les anecdotes rapportées sur le grand empereur deviennent naturellement plus rares, les chroniqueurs ayant l'habitude de se transcrire simplement les uns les autres, et les cloîtres restant fermés aux récits qui couraient parmi le peuple. Il y a cependant quelques traditions monastiques que nous voyons apparaître pour la première fois dans des écrits postérieurs de plusieurs siècles à Charlemagne : les auteurs les plus riches sous ce rapport sont les hagiographes, et ces légendes sont le plus souvent relatives à la provenance de certaines reliques. Nous retrouverons aussi, par la suite de notre travail, ces documents épars, trop peu importants pour être passés en revue '.
2° Les chansons de gestes on ^trouvé accès dans quelques écrivains latins d’assez bonne heure, soit sous forme d'allusions, soit même comme récits plus détaillés. Pour la première catégorie, il est inutile de distinguer des chroniques proprement dites les écrivains de tout genre; car leur témoignage a surtout du prix en ce qu’il nous permet de constater, à une certaine date, l’existence de poèmes dont la forme conservée est postérieure à cette date. C’est ainsi que la Vie de saint Guillaume de Gellone, les l>oésies de Raoul Tortaire, les Quirinalia de Metellus de Tegernsee nous fournissent de précieux renseignements sur l’époque à laquelle étaient chantées les gestes de Guillaume au court nez , de Roland et à'Ogier le Danois. Plus tard, ces allusions perdent de leur valeur et ne sont plus guère que des indices de la popularité que bien d’autres raisons assignent aux poèmes héroïques.
Il en est autrement quand les chroniqueurs admettent dans leur texte les récits mêmes des chansons de gestes ; ils nous rendent alors un double service, d’abord en nous permettant de reconnaître précisément la forme sous laquelle ils avaient entendu ces chansons, ensuite en nous en faisant parfois connaître, au moins en substance, qui ne sont pas parvenues jusqu’à nous. Le
*• Il faut joindre aux récita des chro- prédicateurs. On en trouve par exemple niqueurs les anecdotes qui se rencontrent plus d'une dans le livre de M. Wright, fréquemment dans les moralistes ou les Popuiar latin slnrie*.