LIVRE PREMIER
sa chronique ne fut guère répandue; car, s’ils l’avaient eue sous les yeux, les compilateurs qui lui ont succédé n’auraient pas manqué de reproduire ses citations, les trouvant dans la langue savante.
Un auteur français qui écrivait au commencement du treizième siècle avait déjà admis quelques fragments épiques. C’est un chroniqueur saintongeais dont l’ouvrage est contenu dans le même manuscrit qu’une traduction interpolécdeTurpin dont nous avons parlé ailleurs 1 et dont on peut le regarder également comme l’auteur. Le dialecte des deux ouvrages est en effet le même ; et on trouve mentionnés dans l’un et dans l’autre des héros du cru, tels que Taillefer de Léon, comte de Saintonge, qui ne sont nommés nulle part ailleurs. L’auteur, qui ne doit sans doute pu- être appelé Nicolas de Senlis *, a résumé dans sa singulière petite chronique la chanson de ïterle au grand pied; il contient en outre quelques allusions que nous rappellerons plus loin 11 s’est donné encore plus large carrière dans sa traduction de Turpin, qu’il a interpolée, comme nous l’avons dit, de la façon la plus bizarre. Cette interpolation, qui comprend environ la matière de vingt pages, et correspond aux chapitres tx-x du latin (édition Ciampi), réunit, dans la confusion la plus étrange, de;, récits empruntés aux chansons de gestes, des traditions locales, des citations de chartes fausses, des légendes pieuses et surtout des histoires de reliques supposées. Le moinedeSaintongcqui l’a fabriquée a consacré quelques mots à presque toutes les localités de son pays; aussi son étonnant pot-pourri serait-il fort intéressant pour l’histoire de cette province; mais il a rarement de la valeur pour nous, parce qu'il ne repose trop souvent que sur la grossière invention du traducteur. Il correspond d'ailleurs à un passage parfaitement analogue de la chronique ci-dessus mentionnée, et confirme la conclusion, déjà suggérée par d'autres motifs, que ces deux productions ont le même auteur.
M. (Juessarda le premier signalé une autre chronique française qui a fait aux chansons de gestes de larges emprunts et serait aussi
' De Pseud(hTurpino,% V.— Ms. Ir. 5714.
* De Pteudo-Turpino, 1. 1.
3 Donnons nn exemple de l'intelligence de l'auteur. Il raconte l'expédition de Koneevanx d'après Fxrinhard ; mais il ap-
pelle l’Espagne Pavie, et prend les Pyr.' nées pour un homme, Pirenei. « E quant ot surmonté la landa Pirenei e veneux, etc. . . E quant sont ce Pirenei, aparelia la traison en Guasconia. »
LES SOURCES
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précieuse que celle d'Albéric, si elle n’était d’une date bien postérieure. Elle ne peut en effet remonter plus haut que la fin du quatorzième siècle « L’auteur, pour écrire les règnes de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, a pris à pleines mains scs matériaux dans la plupart des chansons de gestes *. » Il les abrège dans une prose terne, plate et délayée qui est le style le plus habituel de son temps; mais il est cependant utile à consulter, surtout parce qu’il nous a seul conservé au moins l’analyse de quelques chansons perdues; il offre en outre sur d’autres des variantes intéressantes Il semble être resté parfaitement inconnu aux chroniqueurs qui l’ont suivi.
§ VI. — La Poésie latine.
Les clercs ne s’occupèrent pas seulement dans leurs chroniques de l’histoire de Charlemagne; ils lui consacrèrent aussi quelquesunes de leurs élucubrations poétiques. Ces travaux se divisent naturellement en deux classes : les uns sont inspirés par des poèmes populaires ; les autres sont ou croient être historiques.
Nous avons déjà énuméré la plupart des œuvres de la première catégorie ; en première ligne, nous rappellerons le fragment de la Haye, sur lequel nous n’avons pas à revenir. Nous avons aussi mentionné l'abrégé du Roland , en distiques latins, que M. Francisque Michel a publié *. Cette composition, qui remonte peut-être au douzième siècle, est d’un style et d’une versification bizarres. L’auteur a eu sous les yeux un texte dont quelques variantes ne se retrouvent dans auci^n de ceux qui nous sont parvenus *. A la fin du même siècle, un moine de Tegernsee, appelé Metellus, consacra une sorte d'élégie aux aventures d’Ogier e; ce petit poème est écrit
1 Guessard , Préface de Macaire , dans la Bibl, de l’École des chartes , 5* série, I. V, p. 504. Le manuscrit n’est que du seizième siècle. C’est le ms. franç. 5003.
* Guessard, /. /.
* Nous donnons à V Appendice, n® V, l’indication des passages qui se rapportent à l’histoire poétique de Charlemagne.
4 Dans son édition de la Chanson de Roland , p. 228.
* Il appelle Bravimunda la femme de Marsile, que les versions françaises nom-
ment toutes Bramimunde. Ce qui est plus curieux, c’est qu’il ne suit pas Turpin (puisqu’il le fait mourir dans le com bat), et qu’il a en commun avec lui un trait qui manque dans le poème (v. 1. Il, ch. iv). Au reste, il suit le texte de Turold avec une fidélité quelquefois parfaite; cr. par exemple la description du cheval de Turpin, dans le français (éd. Michel, str. CXIII) et le latin (p. 239).
• Vers 1060, au dire de Canisius [Antiquæ lecliones , 1. 1, app., p. 36), sou premier et presque unique éditeur ; mais il
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