‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 46 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

dans un mètre singulier il est précieux pour la légende particulière d’Ogior, sur laquelle il offre de grandes variantes, tout en conservant un des traits essentiels. Dès le siècle précédent, Raoul Tortaire avait versifié la légende d’Amtï et Amile; mais, comme dans son récit elle n'est pas encore rattachée au cycle carolingien, elle ne nous offre pas d’intérêt spécial.

Les poèmes historiques sont pour nous d'une importance trèssecondaire. Nous avons parlé ailleurs ’ du versificateur inconnu qui a mis en sept livres d’hexamètres latins la Chronique de Turpin; son poème a été imprimé au quinzième siècle plus d'une fois*, mais on n’avait pas encore reconnu l'identité du livre intitulé DeGestis Cnroli Magni avec le Karolellus que M. Francisque Michel avait signalé comme traduction de Turpin *.

A la fin du douzième siècle, un clerc nommé Gilles de Paris composa un poème sur Charlemagne, qui est connu sous le nom de Camlinus \ Il l’écrivit pour l'instruction de Louis VIII, de 1193 à 1200 V

Le début de son œuvre a été souvent cité en preuve, de la popularité des chansons de gestes :

De Karolo, clari prcrelara proie Pipini,

Cujus apud populos vcncrabilc nnmen in omni Ore sat is rlaret, et dccanlata per orbem Gesta soient melicis aures sopire vieHis’.

On pourrait croire d’après ces vers que Gilles de Paris a suivi les poèmes épiques; il n'en est rien toutefois; il s’appuie exclusivement sur les autorités historiques, et n’est pas en conséquence

faut le rajeunir d’un siècle environ (cf. Pertz, Arehiv, X, 635).

* Il est tout entier en grands asck'piades; publié par Canisius, /. p 68.

* Dans notre dissertation latine : De Pseudo-Turpino, § V.

* Cf. le meme ouvrage, et le Manuel du libraire.

4 Dans son édition de la Chanson de Ho! and, p. 244.

4 Sur Gilles de Paris et ses ouvrages, voy. Histoire littéraire , t. XVII, p. 36-69. Le Carohnus se trouve à la Bibl. Impér. dans le ms. 6191.

* Sur cette date, sur le caractère péda-

gogique et la tendance do livre, voyez

Hi*t. lût., I. !.

7 L’Histoire littéraire , dont l’impression est loin d’étre toujours correcte, a imprimé melitis ; ce mot qui n’a aucun sens n’eti a pas moins été soigneusement conservé par la plupart des savants qui ont reproduit ce passage. Il y en a un qui a proposé de lire mellitis, ce qui d» .■«lierait bien un sens, mais serait contraire au vers; un autre a conjecturé multn.

Seul, M. E. du Méril (Mélange* archéologiques , p. 312) avait rétabli melicis ; c’est la leçon indubitable du manuscrit (I* i v*).

LES SOURCES

de notre ressort. Quelques allusions seules laissent voir l'influence des chansons de gestes sur lui; ces allusions ne sont pas sans valeur et permettent de retrouver certains traits disparus d’autres monuments; tel est surtout le morceau qu’il a ajouté à son récit, exact en généra', de la déroute deRoncevaux; il est remarquable que pour cette addition il n’a pas suivi Turpin, mais les poëmes, puisqu’il fait mourir l’archevêque de Reims dans la bataille

A la fin du quatorzième siècle, Aimeri de Peyrat, abbé de Moissac, dédia à Jean, duc de Berry, un ouvrage à la louange de Charlemagne, auquel il donna le titre bizarre de Stromatheus tragicus degestis Karoli Magni Ce livre est écrit dans une sorte de prose poétiqne entremêlée de vers rhythmîques; l’une de ces petites pièces de vers est un éloge de Charlemagne *. Le tout est une composition absolument artificielle et de pure rhétorique ; l’auteur ne cherche ni la vérité historique, ni l’intérêt du récit; il se complaît uniquement dans les évolutions de son style prétentieux, fatigant et obscur *. Il n’a aucune valeur pour l’histoire ni pour la poésie s.

Nous n’avons pas connaissance d’autres poëmes latins consacrés soit à la légende, soit à l’histoire de Charlemagne; toutefois nous ne pouvons affirmer qu’il n’en existe aucun autre. Ces productions ont d’ailleurs trop peu d’importance pour que nous les ayons recherchées avec beaucoup de soin.

§ VII. — Les traditions locales.

Une légende aussi populaire, aussi profondément nationale que celle de Charlemagne l’a été eu France, ne se dépose pas seulement dans les épopées ; elle laisse nécessairement dans le souvenir des peuples des traces qui se retrouvent marquées encore après de

1 Tout le passage sur la bataille de Roncevaux a été imprimé par M. F. Michel, dans la Chanson de Roland, p. 213.

* Ms. Bibl. Irnpér. lat. 5945, et, avec glose, lat. 5944.

» Ms. 5945, f* 36 v*.

1 Igitur suscipite asm goudio predido rum verborurn nnrmtionem, diversitate plunduum intermixtam. Ea veroquee fa-

bulas? fuerunt elicita , pensate , paliado ni s gratta, omatus et sotatii {causa) in • terposita fuisse , et ut venusto cotore ad laudem imperatoris et regis noitri Karoli Magni condam procederem gratiose [t° 6! v«).

4 Nous y avons remarqué, f* 34, une curieuse énumération d'instruments de musique.

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