‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 47 sur 246 · IOK · texte numérisé non relu

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longs siècles. L’influence exercée sur la mémoire populaire par une gloire consacrée se marque de deux façons : on retient, en les développant d’après une certaine tendance, les grandes actions des personnages devenus légendaires, on y ajoute même des exploits fantastiques mais fondés sur l’esprit général de la tradition ; et d'un autre côté on rapporte à ces personnages une foule de choses que l’histoire ou des traditions plus anciennes, effacées par une renommée nouvelle, attribuaient à d’autres qu'à eux. Ce dernier effet se produit particulièrement dans les traditions locales, qui se groupent volontiers autour d'un petit nombre de noms. On l’a constaté pour tous les récits fabuleux de l’antiquité; on peut aussi le remarquer dans le sujet qui nous occupe. Non-seulement, comme nous le montrerons plus tard, les aïeux de Charlemagne ont disparu dans son unique personnalité, mais il est bien probable que des souvenirs extrêmement anciens, peut-être même mythiques, ont changé d’attribution, et que les habitant' des villes où ils se conservaient, ne rattachant plus aux antiques noms aucune idée bien nette, leur ont substitué souvent celui qui était le plus familier à leur admiration. De là ces noms de Charlemagne et de Roland, appliqués à des localités ou à des monuments qui n’avaient rien de commun avec eux ’. D’autres fois c’est le nom même qui a donné lieu à une confusion première, sur laquelle s’est ensuite appuyé un récit, comme il est arrivé si souvent dans l’histoire des légendes. Nous ne pouvons nous arrêter à toutes ces dénominations, dont l’énumération serait fastidieuse et nécessairement incomplète; nous ne les signalerons que quand elles nous sembleront offrir un intérêt spécial. En dehors de ces souvenirs vagues, plusieurs villes ont conservé des traditions relatives à Charlemagne, qui sont généralement rapportées dans les histoires particulières de ces villes ; mais il faut être sur ses gardes en face de tous les récits de ce genre : il y a eu de tout temps des écrivains patriotes qui ont inventé à la gloire de leurs villes respectives des fables qui n’ont aucune valeur traditionnelle. 11 faudrait remonter au déluge pour trouver les plus anciens exemples de ce genre de mensonge; il a été très-usité en Grèce, et, si nous possédions les divers auteurs d’ouvrages intitulés K-ràm,- UoXcuv, nous verrions sans doute de quoi justifier le mot de Gracia

* Citons la lande Charlemagne , près sons (F. Michel, Chanson de Roland , de Tours; le fief Roland, près de Sois- p. 210); la tour Charlemagne , à Nice, etc

LES SOUKCEs.

mendux; d'ailleurs les Romains, si sévères en apparence pour ces contes*, ne s’en sont pas fait faute, comme on sait, et la majeure partie des origines de leur histoire n'est plus même considérée comme reposant sur des poésies populaires : ce sont des inventions d’écrivains jaloux de ne pas rester au-dessous des Grecs. Si l’idée d’une origine asiatique se retrouve vaguement dans la conscience de tous les peuples âryens, il n’en est pas moins certain que toutes , les généalogies troyennes, les fondations de royaumes et de villes par divers descendants de Priam, sont des fabrications trè>-étrangères au sentiment populaire. Nous avons vu divers écrivains monastiques employer le même moyen pour établir l’authenticité des reliques de leur couvent, et l’interpolateur saintongeais de Turpiu l’appliquer sur une grande échelle à toutes les églises de son pays. Plus tard, cette détestable espèce de roman historique devint une véritable manie ; elle sévit surtout dans le Brabant et leHainaut, et nous valut une masse d’ouvrages indigestes, moitié histoire, moitié fable, qui ont longtemps obscurci les origines de la France et spécialement des provinces septentrionales.

Le couronnement fut, au quinzième siècle, le livre de Jean le Maire de Belges, V Illustration des Guides , ouvrage dont l’immense succès suscita une foule d’imitateurs et donna une sorte de popularité à toutes ces insipides rapsodies de Francus, de Remus, de Samothès, de Bavus, et autres rois gaulois, qui vont de pair avec les rois bretons de Geoffroi de Monmouth, les rois écossais de Buchanan, et les rois suédois de Johannes Magnus. La naissance de la science historique a empêché, depuis le dix-septième siècle, de pareilles choses de se produire; mais le manque de critique, trop commun même chez d’illustres savants, s’est joint aux pré- «

ventions patriotiques pour faire souvent enregistrer des traditions qui n’avaient aucune antiquité. Le Midi est particulièrement riche en légendes locales; quelques-unes sont anciennes et ont de la valeur, mais beaucoup d'autres sont des inventions relativement récentes, et la plupart ont été recueillies trop tardivement pour être acceptées sans méfiance.

§ VIII. — U Théâtre.

L’épopée grecque se transforma en drame à un moment donné.

Quand l’activité du génie national arriva à sa période dramatique,

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