LIVRE PREMIER
à une histoire toute poétique de Charlemagne*. Cette chronique passa d’ailleurs dans d’autres textes, qui en reproduisirent les traits principaux ; nous ne citerons que le Viennois Enenkel, qui écrivait dans la première partie du treizième siècle, et qui a même ajouté de son chef quelques légendes qui ne se trouvent pas dans la Kaiserchronik Les sources de cgg compilations ne paraissent pas être françaises; un passage de la Kaiserchronik semblerait même indiquer qu’elle s’appuyait sur des poèmes allemands antérieurs5, mais il est trop isolé pour qu’on ose l’affirmer, et nous n’avons nulle part aucune trace de semblables charmons. Le voyage de Charles à Jérusalem et le Pseudo-Turpin sont inconnus à la Chronique des Empereurs ; mais elle connaît la Vie de saint Gilles et d’autres sources latines \
§ IL — Les imitations du français.
1" Im Chanson de Roland. La plus ancienne traduction qu’on en possède est celle qui porte le nom du curé Conrad (Chuonrat); il dit lui-même avoir traduit ce poème du français , d’abord en latin et ensuite en allemand, à la prière du duc Henri, qui, sur le désir de sa femme, fille d'un roi puissant, lui demanda de traduire le livre écrit au pays de Karlingen (France). Wilhelm Grimm, éditeur de ce texte, a reconnu dans ce duc Henri le célèbre Henri le Lion , époux de Mathilde, fille du roi d’Angleterre Henri II, et fixé la composition du poème entre 1173 et 1177 ( Introduction , p. xxxi et suiv.); mais il est assez probable qu’il faut reculer cette date et que Conrad a écrit vers le milieu du douzième siècle, du côté de la Bavière ou de la Souabe*. Nous ne pouvons pas discuter ici cette question chronologique, et rc-
(t. I, p. 180), c'est 1 Annolietl qui a fait Allemagne; il fournit de nombreux mades emprunts h la Kaiserchronik, et que tériaux, rassembles et rapproches avec d'autres sa ants pensent, avec raison se- une grande érudition.
Ion nous, que les deux textes ont puisé * La Wettchronik de Enenkel est inédans un original commun (Koberstcin, dite ; plusieurs fragments sur Charlema- L I, p. 100 j Güdeke, p. 860). F.n tout cas, gne se trouvent dans iiagen, Gcsammtles traces d’une influence française sur ahenleuer, tome II, et dans Massmann, la Chronique ne sont pas visibles. tome 111.
t La Kaiserchr’mik a été publiée par 3 Karl ha! oveh nnderc Cet (v. 15088}, Massmann, Quedlinburg, 1849, in-8*, *« Charles a encore d'autres chansons, b 3 vol. Le tome 111 esl tres-précieox pour ‘ Vo\. Massmann, 1. 1. l'histoire poétique de Charlemagne en 8 Cf. Gbdeke, Mitlelalter, p . 683.
LES SOURCES
chercher si l'épilogue où il est parlé du duc Henri est une interpolation ou si ce duc Henri n’est pas le père d’Henri le Lion, en 1139; Grimm lui-même a avoué que le style de l'ouvrage lui assignait une date plus reculée que celle qu’il avait d’abord admise
Quoi qu’il en soit, le Ritolandes Lift est la plus ancienne imitation allemande d’une chanson de gestes française. Aucun des textes que nous avons conservés ne peut être considéré comme la source de Conrad ; c’est toutefois du texte d’Oxford qu’il se rapproche le plus; il y a même des endroits qui semblent littéralement traduits; mais dans d’autres passages il s’en éloigne trop pour qu’on ne soit pas obligé d’admettre qu’il avait sous les yeux une rédaction assez différente du même texte. Il ne connaît aucune des additions des textes rajeunis, ce qui contribue à démontrer son antiquité
Le trait le plus remarquable de Conrad est la modification qu’il a fait subir à l’esprit du poème français: cette modification est toute religieuse. Le poème débute par une invocation à Dieu, qui depuis a été bien souvent imitée par les auteurs allemands du moyen âge: « Créateur de toutes choses, empereur de tous les rois, maître souverain, apprends-moi toi-même ta parole, envoie à ma bouche la sainte science, pour que j’évite le mensonge, et que je n’écrive que la vérité ; je veux dire comment Charles l’empereur conquit le royaume de Dieu, etc. (vers. 1 — H). » Le poëme français portait déjà l'empreinte bien marquée d’une dévotion guerrière qui faisait croire aux héros qu’ils gagnaient le ciel en mourant; mais ce sentiment n’était pas le seul mobile de leurs actions ; ils étaient poussés par l’amour de la patrie (cf. vers 1090, 1693, et pass.), de l’empereur leur seigneur (vers 1117, 1128, etc.), de leur famille (vers 1076, etc.), et surtout de la gloire :
Male chançun n'en deit estre eantée.
Tout cela est effacé dans le poème de Conrad pour faire place à la seule piété et au désir du martyre. Cette différence, qui
* Haupt’s Zeitschrift, III, 281 et suiv. cinzelnen Gedichte :u einander , p. xnv et
* Le rapport exact de Conrad avec le ^uiv.). Le texte de Conrad se rapproche manuscrit d’Oxford et les autres versions souvent du nôtre assez pour pouvoir être est marqué en détail dans Y Introduction utile A la critique ; cf. par exemple l’éüc Wilhelm Grimm (VI. VerhtLltnis* der dition de M. Th. Muller, sur le vers 202.