LIVRE PREMIER
Souabe, inconnu aux textes français, et des privilèges que l’empereur accorda aux Souabes 1 ; l’opinion que le pape Léon était frère de Charles *. L’addition la plus considérable est une introduction où sont racontées les aventures fabuleuses de l’enfance et de la jeunesse de Charlemagne; nous parlerons ailleurs de la source probable où le Stricker avait puisé ce récit *.
Quant au rapport de forme qui existe entre Conrad et le Stricker, nous ne saurions mieux faire que de laisser sur ce point la parole h M. Bartsch. « Les exigences de la versification et surtout de la rime s’étaient tellement accrues depuis le développement de la poésie courtoise * que l'on peut regarderie remaniement au treizième siècle d’un poème du douzième comme une traduction d'une langue dans une autre : le Stricker a donc vis-à-vis de Conrad le désavantage d’un traducteur en face de son original. Au lieu de la peinture chaude et vivante de Conrad nous ne trouvons ici trop souvent qu’un pâle reflet; le style ne prend çà et là un essor poétique que quand le renouveleur trouvait sa besogne toute faite, c’est-à-dire quand les vers du poète du douzième siècle étaient déjà à peu près réguliers. En somme cependant, il faut le dire, le Stricker s’est habilement tiré de sou entreprise (Karl, lntrod. p. xlv). »
L’esprit dévot et presque ascétique du Ruolandes Liet est naturellement conservé dans le Karl; on sent toutefois que le poète n’y croit plus autant ou du moins n’en est pas aussi profondément pénétré ; ce qui est dans le curé Conrad un enthousiasme ardent et passionné devient trop souvent dans son imitateur un pieux verbiage sans grande couleur \
Le travail du Stricker n’est pas le seul auquel le Ruolandes Liet ait été soumis; on en trouve un autre rajeunissement intercalé dans l’ouvrage cyclique qu’on désigne sous le nom de Karl Meinet
1 Ce duc Gerold figure dans presque tous les textes allemands qui parlent de Charlemagne L'histoire du privilège de combattre au premier rang de l'armée impériale, que Charlemagne aurait accordé aux Souabes à Ronccvaux, est déjà dans Conrad (p. 268, v. 8); mais le Stricker v insiste et y revient plusieurs fois. Elle se trouve aussi dans la Kairerrhronik (v. 14639-41643), et on la rencontresouvent plus tard, entre autres dans le poème
de Frédéric de Souabe, dans le Scbcabenspiegel (Massroann, Kchr. 111, p. 990), et dans la Weihenstephaner Chronik.
* Cl. livre 11, ch. x.
8 Liv. Il, ch. lit.
* * llùfisch.
8 Le Karl a été admirablement publié par M. Bartsch (Quedlinburg, 1857); on regrette même un peu de voir tant de travail et de talent employé à une tâche si peu intéressante.
LES SOURCES. 125
et dont nous parlerons plus tard. L'étude minutieuse à laquelle M. Bartsch s’est livré sur cette compilation lui a fait admettre pour la partie qui raconte l’expédition d’Kspagne une complication de sources qui est peut-être excessive. D'après lui ( Ueber Karl Meinet, p. 87-208, p. 388-390) cette partie repose en substance sur un texte du Ruolandes Lict un peu différent de celui que nous possédons, rajeuni au commencement du treizième siècle par un poète inconnu, appartenant aux contrées bas-rhénanes; ce poète devait avoir sous les yeux, outre l’ouvrage de Conrad, les textes rajeunis du poème français, peut-être aussi le texte ancien; mais il est plus probable qu’entre son poème et celui de Conrad il en faut placer un autre, servant d’intermédiaire, et composé à la lin du douzième siècle : c’est ce poème intermédiaire qui, en plusieurs endroits, se rapprochait plus des renouvellements français que de Conrad, et c’est de lui que le second rajeunissement du commencement du treizième siècle a pris les rapprochements de ce genre qui se fait sentir pariieulièreraent dans une partie de son récit (V c). Mais le compilateur qui l’a incorporé à son œuvre n’avait sous les yeux qu’un manuscrit incomplet; il y a suppléé en empruntant un long fragment (V b) non pas directement au français, mais à un autre poème allemand inconnu, qui aurait été composé d’après les textes français renouvelés à la lin du douzième siècle ’. Nous ne pouvons discuter ici ce système, appuyé sur une critique extrêmement fine, mais qui nous semble un peu trop microscopique ; on ne saurait d’ailleurs en révoquer en doute que certains détails, notamment la dernière hypothèse, qui présente des difficultés de l’aveu même de M. Bartsch. Il est incontestable que le Roncevaux du Karl Meinet est un poème du treizième siècle, rajeuni pour la plus grande partie de celui de Conrad, augmenté çà et là de quelques traits empruntés au français, et inséré, avec trèspeu de changements, dans la compilation dont nous parlerons cidessous.
2° Mainel. Le poète Thomasin de Zirclære, qui écrivait en 1213-16 le traité de morale courtoise auquel il a donné le nom du Welsche Gast ’, cite aux dames, entre autres exemples à imiter, celui de Galienne (Galjenâ),la maltresse de Charles dans son séjour
* Le compilateur a en outre intercalé du français, Otpinel. Voyez l’analyse à dans son récit un petit poème tout à fait Y Appendice. indépendant et qui est certainement imité * L’Hôte italien.