LIVRE PREMIER
en Espagne sous le nom de Mainet. On en a conclu 1 qu’il existait avant 1215 un poëme allemand sur ce sujet, et M. Bartsch croit vraisemblable que c’est dans ce poëme que le Stricker a puisé le résumé de la jeunesse de Charlemagne qu’il a mis en tête de son Karl Ce dernier critique convient cependant qu’il n’est pas impossible que Thomasin fasse allusion à un poëme français, et nous sommes d’autant plus disposé à le croire qu’avec Galienne il cite Pénélope, OEnone et Blanchcflor, qui, à l’époque où il écrivait, n’étaient pas célébrées dans des poëmes allemands*; quant à admettre que le poëme qu’il avait dans la pensée soit le modèle de cette partie du Karl, nous ne pouvons nous y résoudre. Le Stricker ne nomme pas la Sarrasine éprise de Charlemagne, et Thomasin l’appelle Galienne; mais surtout dans le récit du Stricker Charles, bien loin de l’épouser, quitte la cour de Marsile pour fuir ses séductions et les conséquences dangereuses qu’il en prévoit (v. 223) et on ne dit pas qu’il l’ait jamais revue. Ce n’est donc point une femme ainsi présentée qui aurait pu être proposée en exemple aux nobles dames; Thomasin devait connaître un poëme où Galienne épousait Charlemagne et donnait le modèle de toutes les vertus *.
Nous pensons donc que le récit du Stricker est la plus ancienne version allemande de cette histoire : nous parlerons ailleurs des sources où il a puisé et de la valeur que nous lui attribuons.
11 passa dans plusieurs chroniques, entre autres dans la chronique de Weihcnstephan *.
La compilation de Karl Meinet s’ouvre par cette histoire de Mainet, qui a fait désigner l'œuvre entière du nom qui ne convient qu'à la première partie. Mais, d’après M. Bartsch (p. 385), le Mainet allemand n’est que le calque d’un poëme néerlandais
4 Entre autres Lachmann, Wolfram, p. xxxvn.
* Veber Karl Meinet, p. 23-24.
* Le Fins utul Hlankflot de Conrad Fleck a Hé écrit vers 1230. < Enoric ne ligure pas dans le Trojanerki iry dllcrbort de FriUlar, et Pénélope n'y estmentionnée qu’en passant.
* Peut-être avait-il même en vue un poème où, comme dans la deuxième branche de Kurl Meinet, Galienne était injustement persécutée et longtemps sé-
parée de son époux; la comparaison avec Pénélope et OEnone semble seconder cette opinion.
s Ch. v-vii. C’est du moins ce que dit M. Bartsch (p. 24); mais ni lui ni Wackemagel ( Literaturgeschickte , p. 416) ne donnent leurs raisons. Il semble au premier abord bien plus vraisemblable que le Stricker et la chronique ont eu une source commune, et c'est l’opinion de Wilhelm Grimm ( Introduction au Ruolamles Liet, p. CV).
LES SOURCES
bien plus ancien, et, comme nous acceptons pleinement ce jugement, nous remettrons à plus tard à en parler 3° Morant et Galienne. Ce petit poème, écrit en dialecte basrhénan, entre H98 et 1210, d’après un original français inconnu (Bartsch, Ueber K. M., p. 387), forme la seconde branche du Karl Meinet. 11 n’a pas eu, que nous sachions, d’autres remaniements à subir que celui du compilateur de cet ouvrage.
4' Ospinel. Ce poème épisodique, intercalé par le compilateur dans son récit de Roncevaux (voy. p. 125, note 1), est primitivement une œuvre traduite du français en bas-rhénan comme Morant et Galienne (Bartsch, ibid. , p. 388) et à la même époque, et dont l’original est également perdu.
5“ Guillaume au cow-t Nez. Plusieurs des romans du cycle de Guillaume ont été imités en allemand, par trois poètes successifs, Wolfram d’Eschenbach, Ulrich de Türheim et Ulrich du Türlin. Le troisième est le seul dont l’œuvre rentre dans notre sujet, parce que seul il nous parle de Charlemagne, dont il raconte la mort. ' 11 a rimé vers 1260 les branches intitulées le Département des enfants Aimeri et le Couronnement de Louis ’.
6° Le Karl Meinet. Là se bornent en réalité les imitations allemandes des poèmes français relatifs à Charlemagne. Mais au moyen âge les diverses nations suivent dans leur développement littéraire une marche parallèle, et presque à la même époque où Girard d’Amiens écrivait son Charlemagne , un rimeur d’outre- Ithin exécutait aussi sur lui une composition cyclique. Son procédé toutefois est différent, et bien plus élémentaire; il ne revêt pas ses originaux, comme Girard, de la couleur à la mode de son temps; il ne cherche pas à donner à l'ensemble de ses rhapsodies au moins une apparence d’unité; sa tâche se borne à coudre les uns au bout des autres, en en rajeunissant un peu le style et les vers, les différents poèmes qu’il a réunis, et à les relier par quelques morceaux de son cru où il suit les historiens latins. Il laisse subsister dans les diverses parties de son livre des contradictions faciles à remarquer, et procède en général avec la plus grande inintelligence. Nous avons déjà mentionné les poèmes qu’il a admis : 1" néerlandais, Mainet, Charles et Elegast; 2° allemands, mais
1 Nous en dirons autant du Charles et de Wolfram, par Casparson, Cassel, Etegast, 4* branche du Karl Meinet. 1781. line courte analyse est dans Gô- * Son poème a été publié, avec celui deke, p. 694.