‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 61 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

tation par la réunion dos autres, et les Néerlandais seraient d’ailleurs les moins bien fondés à prétendre à l’originalité.

C’est en vain, en effet, que des critiques ont voulu retrouver dans le poème d’Otfrid et dans le Heliand, production du neuvième siècle, des textes néerlandais; ils appartiennent au bas-allemand, séparé par une nuance bien tranchée du dialecte des Pays-Bas jn.ipreincnt dits. Les plus anciens monuments néerlandais qu'on possède ne sont pas antérieurs au treizième siècle, et ne font allusion à aucun ouvrage antérieur. On n’a pas mieux réussi à établir la provenance néerlandaise de. quelques légendes : si celle de Gudrun a dû être primitivement populaire en Frise, cette contrée est trop distincte du reste des Pays-Bas par sa langue, son histoire et ses traditions pour qu’on puisse en rien conclure. Trois poèmes seuls ont été regardés comme reposant sur des légendes néerlandaises : Charles et Eleyast , Wiz/au et /tenait. Le premier est incontestablement français; nous le démontrerons ailleurs; le second n'est connu que par une allusion et un fragment qui ne permettent pas d’en rien dire de sérieux; pour le troisième, la question n’est peut-être pas encore bien tranchée, mais l’origine française de la forme qui nous est parvenue a pour elle tant de probabilités qu’elle a été reconnue même en Hollande, et les légendes sur lesquelles s’appuie le récit peuvent bien être germaniques, mais non néerlandaises Nous ne pouvons, on le conçoit, indiquer tout cela que très-rapidement ; nous ne prétendons pas démontrer ce que nous disons ici; nous espérons seulement que ces quelques observations suffisent à nous dispenser de chercher dans les Pays-Bas autre chose que les imitations du français qu'ils ont produites.

De ces imitations, les unes remontent au treizième siècle, les autres sont du quatorzième. Les plus importantes ne nous sont parvenues qu’en fragments, la plupart assez insignifiants, et servent moins par conséquent à éclaircir l'histoire poétique de Charlemagne qu’à ajouter une preuve de plus à toutes celles qui attestent le succès de nos poèmes à l’étranger. Nous allons énumérer celles que nous connaissons.

1 Les vivants hollandais ou belles af- à’ A valoir (la vieille traduction française fectent de confondre ce qui est francique de XHierlandr-i, bien que ce mot désiavec ce qui est néerlandais. Ue même ils gîte le plus souvent les Allemands en Réemploient tioù dans le sens restreint itérai. Voy. BiU.de l'Èc. des Chartes, l.t.

LES SOURCES

1 ^Roland. Les quatre fragments, du treizième et du quatorzième siècle, qu’on eu a découverts, sont réunis et publiés avec soin dans le livre de M. Bormans : la Chanson de Ronceraux, fragment s d'anciennes rédactions thioises. Nous avons examiné ailleurs Y Introduction de l’éditeur De ces fragments, deux (Let H) suivent, mais en l'abrégeant et en le modiliant sensiblement, le texte de Turold; les deux autres (It et B) semblent appartenir à des poèmes faits d'après les textes français renouvelés. C’est à cette dernière classe que se rapportent aussi les morceaux en vers d'un livre populaire du seizième siècle, la Bataille de Roncevaux les morceaux en prose paraissent être empruntés à Turpin; peut-être ne sont-ils eux-même? que les altérations d’un texte en vers Tout cela n'a poétiquement que peu de valeur. Les additions et changements que les versions néerlandaises font au texte français, portent généralement le caractère édifiant que nous avons déjà signalé dans l’Allemand Conrad ; seulement ici il est moins exalté et plus banal. Le livret en prose n’est pus seul à prouver la popularité de ces poèmes; les poètes du treizième siècle y font de fréquentes allusions; la plus importante est celle de Jan de Heelu (1292), qui parle d’un récit écrit de la bataille de Roncevaux. (Mone, Uebersicht, p. 36.)

2" O j 1er de Danemark. Ce poëme est un de ceux sur lesquels les savants néerlandais ont le plus exercé leur imaginative. D’après eux k, le texte français le plus ancien, celui qui se réclame de Raimbert et qui, selon toute apparence, remonte au douzième siècle, serait imité du flamand, et on le reconnaîtrait encore à certains mots qu’il a conservés \ Ces mots ou sont très-français ou se retrouvent dans plusieurs textes écrits dans nos provinces du Nord ; en aucun cas ils ne peuvent appuyer la thèse dont ils sont la seule preuve. 11 existe des fragments néerlandais très-peu considérables que M. Jonckbloet fait remonter au douzième siècle * : ces fragments offrent un texte plus court que celui de

• Bibl. de V École tlet Charles, I. t. CL * Mone, I. I.

aussi Jonckbloet. Geschiedenii, I, 258. * MM. Willetns (Belgische* M us-ru ni,

* </ Hier beghint den droetlijcken strijt II, 334), Bormans ( Bulletins de la coinopten berch van den Ronceualc, etc. » mission d'histoire), Jonckbloet (Gesehie- On n’en possède qu’un exemplaire de déni*, t. I, p.280 et suiv.). Cf. Gttdeke, 1576 ; mais ce doit être une 6e<coude édi- Mittelaller , p. 704.

lion; car le privilège est de 1352; voy. 1 Tels que mllecome et autres.

Mone, Leàersicht, p. 37. • Gcschfciems, I, p. 287 et suiv.

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