‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 62 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Raimbert, et nous sommes disposé à admettre,’ avec le savant professeur de Leyde, qu’ils accusent un original plus archaïque; mais nous ne pouvons lui accorder que cet original soit néerlandais. Notre texte français n’est qu’un remaniement et s’annonce comme tel 1 ; l'imitateur flamand a pu en avoir un plus ancien sous les yeux. A la fin du treizième siècle, un poète nommé Jan le Clerc {de Clerk), qu’il ne faut pas confondre avec l’auteur du Lekenspiegel , composa un Ogier beaucoup plus long d’après des originaux français * ; son poème n’existe plus en néerlandais, mais on en a conservé une transcription allemande, trop maladroitement faite pour que le néerlandais original ne se trahisse pas à chaque page *. Cette traduction, exécutée en 1479, est manuscrite (Heidelberg, n° 363); elle est extrêmement longue et oITre un grand épisode inconnu au texte de Raimbert, mais emprunté à quelque composition française postérieure (la guerre d’Ogier contre Blancardiu de Saxe). Ogier ne fut pas moins populaire en Néerlande que Roland; sa légende, altérée fort arbitrairement et compliquée de falsifications intéressées par les chroniqueurs locaux, est cependant restée vivante dans certaines parties, tioises aussi bien que wallonnes, de la Belgique actuelle 3° GuiUquin. Il n’en reste qu’un fragment, du treizième siècle, publié par M. Bormans *, qui naturellement y voit le débris d’un poème néerlandais antérieur au français; c’était simplement la traduction d’une des chansons de gestes qui ont précédé le Gutteclin de Jean Bodel, écrit à la fin du douzième siècle; il nous semble se rapprocher beaucoup de celle que nous désignons sous le nom de Guitalin , qui ne s’est conservée, comme nous le disons ailleurs, que dans une traduction islandaise. La forme Guitequin ( Ghidekccn ) indique cependant une version différente; et en effet cette forme se retrouve dans une allusion du Renaud de Montauban, qui renvoie à un poème analogue au Guiteelin ,

1 Raimbert la flst à l’aduré courage :

Jouglierres fu, si vesqui son raye.

* Le manuscrit d'Heidelberg dit :

Ut dem vrcltcb von wort zu won,

Kit gemischt, ait icb hort.

(Moue, Lebersicht, p. 39.)

1 Le jugement de Gervinus sur ce livre est curieux : « C'est, dit-il, la dernière

décadence : les plus pitoyables avemures, reliées de la façon la plus maladroite, y sont racontées dans le style le plus ennuyeux et avec la rimailWie la plus glaciale. » ( D . Dichtung , II, 70.)

4 Voy. Y Introduction de M. Barrois au texte français.

* Bulletins de fa commission <f histoire de Belgique, première série. Lune XIV, p. 253

LES SOURCES

mai» différent en plusieurs points'. (Vov. liv. II, ch. iv, p. 3.)

4" Renaud de Mcmtauban. De longs fragments de la rédaction néerlandaise ont été imprimés dans les Horœ Belcjieœ d’Hoffmann (tome V, p. 45 et suiv.); et le poème dont ils faisaient partie remonte certainement au treizième siècle, puisque Maerlant dit qu’il a lu l’histoire des quatre fils Aimon ’. De ce poème est issu le livre populaire néerlandais du seizième siècle, d’après lequel on en connaît le contenu. Il en existe à Heidelberg (manuser. 340 et 399, datés de 1474 et de 1480) une espèce de traduction allemande, aussi peu habile que celle d Ogier, d’où est sorti le livre populaire allemand imprimé souvent depuis le commencement du dix-septième siècle.

Ce poème est un de ceux dont la forme néerlandaise offre le plus d'intérêt. De trois rédactions françaises que l’on connaît aucune ne semble s’y rapporter, et les différences ne sont pas de simple» variantes : les événements sont souvent tout autres l *, et surtout le ton est très-différent. Le poème français, dont nous ne possédons que des remaniements peu anciens, est encore un des plus violents, des plus barbares de notre cycle ; la force individuelle, l’orgueilleuse résistance et la vengeance implacable en sont les principales inspirations, à peine tempérées par des idées d’honneur et de fidélité à la foi jurée. Mais ce n’est rien auprès des versions néerlandaises et allemandes ; là les guerriers sont des géants, « dont le cœur est de fer comme l'armure (Jonckbloet) ; » pour eux il n’y a pas d'autre jouissance qua le combat, pas d’autre puissance que la force brutale, pas d'autre mobile qu'une passion désordonnée. « Les héros agissent comme des forces physiques , comme l'ouragan qui ne connaît pas de pitié, comme la foudre qui frappe sans menacer (Gôdeke, Mittelaller, 705). » Donnons quelques exemples : dès le début du poème, Aimeri de Narbonne, frère d'Aimon,se plaint à Charlemagne de n’avoir pas reçu de fiefs de lui ; l'empereur irrité, pour toute réponse, lui abat la tête l; — quand Louis, le fils de l’empereur, a outragé Alard,

1 N’est-ce pas X ce poème qne fait allusion le Renaul d > Montaulxm traduit du néerlandais en allemand (vov. ci-dessous}, dans an passage cité par Mone, l'ebtrsichl, p. *7 1

’ Van . 1111. Heinis kindre dut te las ISp. histor., IV, 1. 29).

* 1 3 Celle que M Michelanta publiée;

2» celle du ms. fr. 764, dont Bekker a donné des fragments dans les préliminaires du Pierubras ; 3" celle du British Muséum, qui semble dilïércnte des deux autres.

* Voy. l'analyse du poème néerlandais dans Güdeke, p. 705 et suiv.

1 Le récit est un pou différent dans le

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