‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 63 sur 246 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Renaud, frère de celui-ci, s’approche de la table impériale, et, après avoir salué Charles, saisit Louis par les cheveux, lui tranche la tète, et la lance contre la muraille si violemment que le sang jaillit sur le père; — quand les fils d’Aimon sont entrés dans le château de leur père, celui-ci, qui a juré de les livrer à Charles, veut tenir sa promesse : Renaud veut d’abord le tuer, mais, retenu par ses frères, il se contente de lui lier les pieds et les mains et de l’envoyer ainsi à Charles; l’écuyer qu’il charge de cette mission s’v refuse, alors Renaud lui abat une main et lui crève un œil; dans la version allemande, il coupe à son père même la main, le nez et les lèvres, et l’envoie ainsi mutilé à l’empereur. Tous ces traits n’existent pas dans les poèmes français, et leur présence dans les versions tioises a généralement été regardée comme une preuve de la haute antiquité de ces versions Les critiques même que d'autres raisons ont engagés à ne pas faire remonter ces versions trèshaut ont regardé ces traits comme fort antiques*. Nous pensons différemment. Ces brutalités énormes nous font l’effet d’exagérations postérieures; il ne faudrait pas chercher beaucoup pour trouver des faits analogues dans l'histoire de plusieurs légendes. Nos vieux poèmes ont été dénaturés de deux façons : si d’une part ils se sont adoucis et polis entre les mains des poètes courtois comme Adcnès et autres, il ont pris souvent, dans leur extension populaire, une forme plus grossière que leur forme primitive. L'esprit général de la légende des quatre fils Aimon a été grossi jusqu'à la caricature dans les rédactions qui ont servi de type aux imitations étrangères, et nous sommes très-disposé à ne pas assigner à ces rédactions une date antérieure au quatorzième siècle; l’allusion de Maerlant se rapporterait ainsi à un antre poème, ce qui n’aurait rien de bien surprenant. 11 y a dans le moyen âge, après une première époque brutale, mais sévère et simple, et la brillante période qui comprend la moitié du douzième siècle et le treizième, une nouvelle barbarie, qui se fait sentir dans beaucoup de productions et qui a été plus d’une' fois confondue avec la rudesse primitive. Nous croyons que cette confusion a été faite ici ; mais on comprend que nous ne pouvons développer les raisons qui nous engagent à

lente allemand : « Hugues de Dordotic la tète sans autre forme de procès (tîer-

demande des fiefs pour scs parenls, Ai- vinus, 11,88). »

mon et Aimcri; Charlemagne s' y refuse, 1 Voy. par exemple Güdeke, 1. I.

et sur les plaintes de Hugues il lui coupe 1 Jonckbloel, Gf'tdurtl.. H, 355 et suiv.

LES SOURCES

lit

avancer cette opinion ; elles ne trouveraient leur place que dans une étude spéciale sur la légende des fils d’Aimon.

5* Maugis, On a quelques fragments de ce roman (voyez Moue, Uebersicfit, p. 42), qui a été traduit en mauvais allemand comme Ogier et Renaud de Montanban (Ms. d’Heidelberg, 340 et 31 •”). Il s’annonce comme traduit du français (Mone, /. /. 44), et l'est en effet d’un des derniers romans du cycle (voyez JJist. littéraire , t. XXII, p.444). C'est à tort que Mone l'a confondu avec le po8me intitulé Madoc, et l’a attribué à Willem, l’auteur du Reinaert Vos.

0° Girard de Vienne. Des fragment? do ce poème ont été publiés par Bilderdijk (Verscheidenheden, t. IV, p. 120 et suiv.), qui l’a appelé Garin de Montglave. Ce qui l'a trompé, c’est que le roman français en prose, à certains passages duquel correspondaient ses fragments, porte en effet ce titre; mais il ne contient qu’une faible partie de ce poème et ne s'occupe que des enfants de Garin ; sa partie la plus considérable est tirée de Girard de Vienne ', et c'est à ce poème que répondent les fragments néerlandais. M. Jonckbloct n’aurait donc pas dû analyser à ce propos le poërne français de Garin de Monglane comme nécessaire à l’appréciation de la traduction néerlandaise*.

7” Iluon de Bardeaux. On possède deux fragments de ce poème *; le roman en prose qui en est issu a été publié par M. W’olf *, qui l’a en outre soigneusement comparé avec le poème français *.

8“ Ma inet. Ce poème s’est conservé dans le calque allemand dont nous avons parlé au chapitre précédent. Voici le jugement définitif qu’en porte M. Bartsck ( l’eber Karl Meinet, page 387) : «Un poète errant de la seconde moitié du douzième siècle composa en néerlandais, d’après un texte français qu’il avait entendu lire, l’histoire de la jeunesse de Charlemagne jusqu’à son retour d'Espagne et son mariage avec Galie (Galienne).» La date assignée ici semble un peu trop reculée; elle ne s'appuie que sur un passage d’Albéric qui prouve seulement l’existence d’un poème français sur le même sujet : le poème néerlandais doit être environ du milieu du treizième siècle. Son récit ne s’accorde complètement avec aucun autre ", et il y intercale comme épisode

* Voy. Hist. littéraire y t. XXII, p. !9i, 4 Dans la Bibliothèque du Liter. Ve-

et plus bas, livre II, chap. v. rein de Stuttgart, 1862, iu-8°.

* Geschiedems, II, 375. 4 Dans son ouvrage intitulé : Ueber

* Jonrkbloet, Geschiedems t II, 380. — zwti nied. Voik*i>i*cher.

cf. aussi Mone, Uebersicht, p. 61. • Voy. ce récit plus bas, ). II, ch. UI.

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