‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 68 sur 246 · UVRE PREMIER · texte numérisé non relu

UVRE PREMIER

En Danemark, la Karlamagnùs-Saga fut traduite ou plutôt abrégée, et devint sous cette forme et avec le titre de Chronique de F empereur Charlemagne ( Kejser Karl Magnus kro/ùle) extrêmement populaire. Elle l’est restée jusqu’à nos jours et se réimprime encore souvent. Cette traduction fut longtemps attribuée à Christiern Pederscn , écrivain célèbre à divers titres ; mais le dernier éditeur des œuvres de Pedersen, M. Brandt, a montré qu’il n’avait été que le réviseur d'un travail plus ancien. 11 existe * en effet dans la bibliothèque de Stockholm un manuscrit de ce même ouvrage, daté de 1480, c’est-à-dire antérieur à la naissance de Pedersen, et uue édition en avait été donnée dès 1 '>01 . D’ailleurs, Pedersen dit lui-même, dans sa conclusion, que son travail s’est borné à rajeunir le style et à corriger les fautes d’impression de l’édition précédente

La Chronique danoise est, avons-nous dit, un abrégé du livre . islandais. Elle suit la rédaction la plus ancienne, ce qui fait qu’à partir de la fin de la neuvième branche, où s’arrêtent les manuscrits de celle-là, elle offre un intérêt particulier. Elle montre que la défectuosité des manuscrits nous a seule privés de la suite de la première rédaction islandaise ; en effet certains traits que le livre danois n’a en commun qu’avec le texte d’Oxford du Roland ne peuvent lui avoir été empruntés au quinzième siècle, mais viennent certainement de l'islandais, qui est généralement d’accord avec ce texte. 11 est donc probable que la Karlamagnùs-Saga contenait originairement , comme la Kronikc, mais plus développées, les trois branches suivantes, qu’il faut intercaler après la huitième :

r Le roi Ivein ou Vivien; résumé d’un très -ancien poème français, dont on ne connaissait l’existence que par une obscure allusion des derniers vers de la Chanson de Roland.

2° Baudouin et Sibile; épisode de la guerre de Saxe, qui manque à la fin de la cinquième branche, et que le compilateur en avait séparé plus ou moins arbitrairement.

3° Ogier le Danois; très-importante variante de la partie du poème postérieure à la première branche.

Vient ensuite, comme dans le texte conservé de la Karlamagnùs-Saga, l’épisode de Guillaume au court Nez (branche IX),

• Voy. Brandi, /. iwrucrkninyer, p. 523 et suiv.

LES SOURCES

et enfin la Mort Je Charlemagne, mais assez différente de celle de l’islandais, plus populaire et moins empruntée aux sources latines. Le livre danois, outre qu’il a le mérite d’un récit attrayant et d'une forme qui lui a assuré une popularité durable, est d’une assez grande importance pour l’iûstoire de la légende, et vient heureusement compléter la Karlamagnù&Saga. Pendant que son original était oublié dans les bibliothèques, il se conservait dans la mémoire du peuple , et passait même, par une singulière fortune, dans le dialecte actuel de cette langue islandaise à laquelle il avait été emprunté. Les bibliothèques de Stockholm et de Copenhague renferment des manuscrits de cette rétro-traduction exécutée au dix-septième siècle, et elle vient d’être récemment imprimée 1 * * * 5 .

Pedersen, le réviseur de la Chronique de Charlemagne , est l’auteur d’un autre livre non moins populaire, Ogier le Danois (Holger Danske), dans lequel il a compilé et raccordé avec assez d’adresse tous les romans français sur ce guerrier, depuis les plus primitifs jusqu’à ceux où l’élément historique a tout à fait disparu devant la féérie. Le nom du héros assurait déjà à ce livre, en Danemark, un succès qui ne s’est pas démenti depuis trois siècles

La littérature Scandinave nous aurait offert un plus riche butin s’il nous avait été possible d’en étudier tous les monuments, de comparer, par exemple, les Sagas dont nous avons énuméré quelques-unes avec leurs originaux français. Malheureusement la plupart sont encore inédites, et d’autres sources, où nous espérions trouver plus d’une indication utile, sont inacessibles en France ’. Nous avons souvent déploré, dans tout le cours de notre travail, l’insuffisance des ressources qu’offrent nos grandes bibliothèques pour l’étude des littératures étrangères; mais cette lacune ne nous a été nulle part plus sensible que pour celte partie de nos recherches.

1 A Reikiavig en Islande ( Unger, K.

Saga, p. xil. ).

1 Publié par M. Brandi, avec la Chro-

nique de Charlemagne, dans le tome V de* œuvres de Pedersen.

5 Ainsi nuus n’avons pu trouver deux livres de première importance et de dimensions considérables : Atterbom , Svenska Siare ok Skalder ( nouv. édit., Stockholm, 1863, 6 vol. in -S1'), et S. Gnmdtvig, Danmarkt garnie Folke-

viser (Copenhague, 1833, in-t"). Les livres qui existent A la Bibliothèque Impériale août trop souvent défectueux ; on n’a par exemple de Rictx (voyez plus haut) que les tomes II et 111, de Bâckstrtim (Sueruka FolkhOcker, Stock 11. 1845, in-8") que le tome I. 11 est difllcile de dire si ces défectuosités doivent être attribuées h des acquisitions incomplètes, A des pertes accidentelles, ou simplement au désordre du classement.

Page 1