‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 69 sur 246 · LA LÉGENDE DE CHARLEMAGNE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DE CHARLEMAGNE EN ANGLETERRE

Bretons, Anglo-Saxons et Danois se disputent l’Angleterre depuis Charlemagne jusqu’à l’expédition de Guillaume le Bâtard. Au milieu de ces guerres perpétuelles, il ne pouvait se former, parmi ces peuples morcelés, une légende poétique, et Charlemagne leur était d’ailleurs trop étranger pour qu’ils en eussent fait le centre de leurs récits. Quelques témoignages de chroniqueurs nous montrent seulement que la figure imposante et grandiose de l’empereur d’Occident avait fait sur les insulaires, séparés de son empire par la nature, une assez forte impression au reste, il entretint des relations avec plusieurs de leurs mis, et, peu d’années après sa mort, Alfred le Grand le prenait évidemment pour modèle. Plus tard, Hugues Capet, voulant être agréable à Ethclstane, lui envoyait la lance de Charlemagne, à laquelle lui-même, qui avait détrôné les descendants du grand empereur, ne tenait sans doute pas beaucoup *. Mais l'Angleterre n’entre pour rien dans la création de l’idéal poétique du grand empereur.

Quand les Normands eurent apporté dans la Grande-Bretagne les mœurs et lalanguc delà France, notre littérature s’y transplanta naturellement aussi. Pendant deux siècles, elle régna seule; il fallut ce laps de temps pour que l’anglo-saxon se relevât de sa défaite, et, s'appropriant une notable partie de l’idiome vainqueur, commençât à revivre sous cette forme nouvelle qui devait devenir la langue la plus répandue du monde entier. Les premiers essais de l’anglais furent naturellement fout à fait soumis à l’influence française : ce furent des traductions ou des imitations de la littérature qui seule encore était à l’usage des classes

1 Voy. l'anecdote rapportée dans noire * Guillaume de Malmesbury, dans livre 11, ch. xu. Pertx, SS., t. X, p. 460.

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